| eptembre
est revenu. L’été rentre au port après
une croisière que nous avons trouvée trop courte.
L’été apporte avec lui ses dernières
réserves de chaleur et de lumière. Et, dans
sa générosité, il confie à l’automne
de mûrir ce qu’il a fait germer durant les quelques
semaines qui lui étaient accordées.
L’été rentre au port. Il jette l’ancre.
Il se retrouvera bientôt en cale sèche. Bel été que
nous avons savouré en compagnie du soleil. Exécrable été qui
nous a fouetté l’intérieur de ses pluies
cinglantes et des gros nuages boudeurs. Nous l’aimons
malgré tout, cette saison tout en contraste. Nous
l’aimons pour ce qu’elle nous apporte de rêves
et d’aspirations, d’élans et de tranquillités.
Mais l’été rentre au port. Il jette
l’ancre. L’automne se montre le bout du nez.
Cette nouvelle saison veut prendre le large à son
tour. Elle nous regarde. Elle nous fait de beaux yeux, innocemment
comme un enfant. Elle invite au voyage.
L’été nous suggérait de plier
bagage, de ranger les outils, de serrer les couleurs lumineuses.
L’été nous proposait de nous camoufler
sous les derniers rayons de soleil, de nous laisser envelopper
et caresser par les souffles chaleureux des derniers vents
légers. Nous pensions nous retirer comme l’ours
pour un long sommeil, une retraite comme on dit: «se
mettre en retrait».
Mais l’automne nous fait signe. Il décadenasse
les barrières de mille chantiers. Il pointe du doigt
l’atelier où d’autres outils attendent
des mains habiles d’experts et des doigts hésitants
d’apprentis. Il tend le tablier avec ses odeurs de
travail. Déjà, on entend la chanson des petits
et des gros labeurs.
L’automne nous trace un nouvel itinéraire.
Une autre croisière nous attend. En amont ou en aval,
peu importe. L’océan a ses charmes comme la
source ses richesses. Que nous remontions le courant jusqu’à sa
naissance ou que nous le suivions jusqu’à son
terme, il importe surtout de voguer. La vie se nourrit plus
de la route qu’elle marche que de l’auberge où elle
aboutit. La vie est perpétuel déplacement,
mouvement constant. Nous sommes avant tout des êtres
de désir. Nous nous définissons par la soif
qui nous habite. Nous nous rassasions avant tout de notre
faim. Nous sommes notre pauvreté. Nous ne possédons
vraiment que ce qui nous dépossède.
L’aventure spirituelle que nous avons choisie de vivre
marque notre route. Elle prend la forme du désir qui
nous garde en éveil. C’est le cas pour les disciples
de Jésus Christ. Le philosophe Henri Bergson a dit: «L’élément
stable du christianisme, c’est l’ordre de ne
s’arrêter jamais». Nous croyons en forme
de voyage. La foi à la suite d’Abraham et de
Moïse, à la suite des prophètes, à la
suite des disciples d’Emmaüs nous transforme en
pèlerins à la recherche d’un ailleurs
qui nous est plus proche que nous pouvons l’imaginer.
Nous pensions
rentrer à la maison et nous reposer
des jeux de notre été. Mais la vie nous relance.
Elle nous devance sans cesse. Notre patrie, c’est la
route. La terre est promise, mais jamais acquise.
«Ce
jour-là, le soir venu, Jésus leur
dit: “Passons sur l’autre rive”.» (Marc
4, 35-36) 
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