| hère
maman,
Tu viens de nous quitter. Tu es partie discrètement,
presque sans faire de bruit. À peine une toux que tu
ne parvenais par à contrôler, une toux bizarre
qui a attiré l’attention de Madeleine.
Tu es
partie comme tu as vécu, sans tambour ni trompette.
Tu ne te tenais jamais aux premiers rangs. Et pourtant, tu
occupais une place très importante dans la vie des
tiens comme tu te laissais envahir toi-même par tes
proches. L’amour agit toujours ainsi: il ne s’impose
pas tout en étant séduisant. Il prend de la
place en la laissant toute aux autres.
De toi,
je voudrais garder l’image de la «femme
vaillante», selon l’expression biblique du livre
des Proverbes. Une femme besogneuse, qui a toujours un travail
en marche sur le comptoir de la cuisine, dans le jardin ou
dans la cour de la maison familiale. Tu avais un grand respect
pour la nature. Rien n’était perdu pour toi,
Tout était recyclable. Tes longues journées étaient
toujours bien remplies. Encore mercredi, tu étais à l’oeuvre à planifier
ton jardin, jusque tard en soirée. Non seulement tu
travaillais correctement, mais aussi tu te montrais créatrice
dans tes activités. Tu inventais. Tu faisais du bel
ouvrage. En témoigne aujourd’hui ce couvre-lit,
ces tapis, ces couvertures que tu as patiemment tissés
au cours des longues soirées d’hiver.
Tu n’étais pas du genre à faire des
discours, mais toute ta vie parlait, et parlait avec éloquence
de la vie familiale, des relations humaines, de la nature,
de la vie en société. De l’amour et de
l’amitié surtout, que tu exprimais tout naturellement,
sans ostentation.
Tu vivais
au milieu de nous à la manière de
Dieu: proche sans prendre toute la place, accueillante sans
envahir, solidaire sans t’imposer, respectueuse de
nos cheminements. Tu participais à nos bonheurs et
nourrissais le tien des nôtres.
Je resterai
toujours impressionné par ta foi en Dieu
et au mystère de sa présence dans nos vies.
Tu n’as jamais fait de théologie ni consulter
les livres savants, mais tu vivais ta foi avec beaucoup d’équilibre.
Ce n’étais pas une béquille pour compenser
tes faiblesses ou pour atténuer tes peurs et tes angoisses.
Tu croyais comme le disciple qui se présente au tombeau
de Jésus. L’évangile dit: «Il vit
et il crut». Une foi qui laisse émerger le sens
caché dans toute vie humaine. La foi qui jette un éclairage
particulier sur nos amours, sur nos drames, sur notre quête
de la vérité, sur notre soif de bonheur.
Tu pars
quelques jours à peine après la fête
de Pâques. La liturgie proclame sur tous les tons de
la joie et de l’espérance: «Le Christ
est ressuscité d’entre les morts». Aujourd’hui,
nous te confions à Dieu en espérant qu’il
t’arrive à toi ce qui est arrivé à Jésus
de Nazareth. Nous présentons à Dieu ta mort
en espérant qu’il la transforme en vie, en éternelle
vie, en vie perpétuellement créatrice, auprès
de celui qui fut ton compagnon durant cinquante ans, auprès
des proches qui t’ont précédée
dans l’insondable mystère de l’au-delà.
Nous nous confions à toi comme dans l’ultime
sursaut de l’enfant en nous, cet enfant qui continue
de vivre de l’affection qu’il a reçue
de sa mère.
Maman, femme de cette terre et du mystérieux pays
de Dieu tout à la fois, femme de toute une vie à saveur
d’évangile, nous souhaitons que tu sois heureuse éternellement.
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