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24
mars 2003 |
La guerre
assassine toujours !
par Denis Gagnon, o.p.
a
guerre! La planète est sur le qui-vive. À quelque
part, dans un pays _ un pays d’enfants déjà
maltraités par le pouvoir local _, on bombarde de missiles
sophistiqués des édifices et leurs villes. La planète
est sur le qui-vive. Cela fait tout drôle d’utiliser
l’expression «qui-vive» pour parler de mort et
de ce qui ressemble à la mort.
La guerre
a déjà été une occupation ordinaire,
une activité parmi tant d’autres. Que de chefs d’état,
dans les temps anciens, ont déclaré la guerre pour
affirmer leur pouvoir, imposer leur puissance ou simplement pour
occuper leurs soldats. Oui pour occuper leurs soldats! Le désoeuvrement
était plus catastrophique que la guerre. Celle-ci était
mauvaise à l’époque, mais c’était
une occupation de loisir, une distraction, un moyen de rallier.
Que de
rois, que d’empereurs ont lancé leurs troupes pour
divers motifs. Des motifs inavouables comme de vouloir s’emparer
d’un endroit stratégique ou d’un butin fabuleux.
On faisait alors la guerre comme des brigands dévalisent
les riches. Il existait aussi des motifs avouables: que de guerres
ont eu lieu pour le seul motif de mobiliser le peuple, l’animer
de patriotisme et développer sa fierté, forger son
identité et assurer son appartenance. Les rois ont compris
rapidement qu’on unit un peuple en l’entraînant
dans un projet commun.
La mort
faisait déjà des ravages. Des épidémies,
des maladies raccourcissaient la vie. La mortalité infantile
rendait banal le décès des petits. Quand un homme
atteignait la cinquantaine, il avait fait l’exploit qu’on
admire aujourd’hui chez nos centenaires. Dans ce contexte,
mourir à la guerre paraissait être une mort glorieuse,
moins gaspillée que les autres morts! Après les combats,
les champs de bataille étaient jonchés de cadavres,
mais ces cadavres méritaient les honneurs. Ils étaient
morts pour la patrie.
Aujourd’hui,
nous pouvons retarder la mort, l’éviter pendant un
certain temps. Nous avons agrandi notre espérance de vie.
La vie est devenue précieuse, à préserver avec
soin. Donc, il faut tout faire pour repousser la faucheuse. Les
médecins travaillent d’arrache-pied pour nous garder
en santé.
Et la
guerre rend la mort de moins en moins honorable. D’autant
plus qu’elle tue généreusement. La guerre ne
tue plus un soldat à la fois, mais une ville, un pays, un
peuple d’un seul coup, en quelques heures, parfois en quelques
minutes. Quand la bombe nucléaire a frappé Hiroshima,
on a reconnu que, dorénavant, un peuple pouvait disparaître
sous l’effet d’une seule bombe. Dorénavant, la
guerre ratisse largement.
La guerre est donc devenue plus injuste qu’autrefois. De grands
sages parlent d’échec pour l’humanité.
Avec raison. Il existe dans tout être, même le plus
maléfique, un coin de bonté, un jardin secret sur
lequel nous pouvons compter pour abolir les murs, pour jeter des
ponts. Nos motifs d’agir sont souvent les mêmes. Nous
avons les mêmes soifs. Si nous prenions le temps de nous parler,
nous pourrions puiser à la même fontaine et nous offrir
mutuellement l’eau qui pourrait désaltérer nos
soifs. Pour régler les conflits, même les plus grands,
nous avons des outils, des moyens d’arbitrage, des règles
de dialogue, des lois pour tracer la route vers les solutions.
Certains
disent que la guerre doit être la dernière solution
à un différent. Mais d’autres affirment qu’elle
n’est jamais une solution. Elle aggrave plutôt. Elle
amplifie la situation, la rend plus injuste même. Bref, elle
assassine et elle assassine toujours... «La paix je ne l’impose
pas. Je fonde mon ennemi et sa rancune si je me borne à le
soumettre. Il n’est grand que de convertir et convertir c’est
recevoir. C’est offrir à chacun, pour qu’il s’y
sente à l’aise, un vêtement à sa mesure.
Et le même vêtement pour tous. Car toute contradiction
n’est qu’absence de génie.» (Antoine de
St-Exupéry, Citadelle, Paris, Gallimard, 1948, p. 90)
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