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17
mars 2003 |
Silence
! La parole va s’exprimer !
par Denis Gagnon, o.p.
n
vieux proverbe croit que le silence est d’or et la parole
d’argent. Selon lui, il vaut mieux se taire. Il vaut mieux
écouter. Le silence conduit à l’intériorité,
à l’attention. Les choses et les événements
prennent du poids, de la densité, quand ils sont contemplés
dans le silence du coeur.
Mais
la parole ne manque pas de dignité, elle aussi. Ne nous définit-elle
pas? N’est-ce pas elle qui nous fait nous reconnaître
comme des êtres humains? Le philosophe Martin Heidegger écrivait:
«[L’homme est] le vivant capable de parole. Cette affirmation
ne signifie pas seulement qu’à côté d’autres
facultés, l’homme possède aussi celle de parler.
Elle veut dire que c’est bien la parole qui rend l’homme
capable d’être le vivant qu’il est en tant qu’homme.
L’homme est homme en tant qu’il est celui qui parle.»
(Acheminement vers la parole, Paris, Gallimard, 1976, p. 13)
Êtres
de parole, nous communiquons par ces signes merveilleux que sont
les mots. Avec eux, nous nommons les choses. Avec eux, nous réfléchissons
sur la vie, sur les événements qui composent nos histoires
personnelles et collectives. Avec eux, nous entrons en relation
les uns avec les autres. Notre communication devient dialogue, échange
d’idées, partage de sentiments, expression d’émotions.
C’est avec la parole que nous révélons nos secrets
les plus cachés.
La
parole nous lie les uns aux autres. Nous mettons les mots ensemble
et, du même coup, nous rapprochons les idées, nous
nous rapprochons nous-mêmes les uns des autres. Prendre la
parole peut vouloir dire: prendre le pouvoir, maîtriser, contrôler...
Cela peut vouloir dire aussi: rejoindre quelqu’un, attirer
son attention, le saluer, le reconnaître devant soi, pour
soi, avec soi.
Si
nous prenons souvent la parole, il nous arrive aussi de la donner.
Nous promettons. Nous engageons l’avenir en donnant notre
parole. Parole que nous voulons vraie, sincère, honnête.
Parole soudée à de grandes valeurs comme autant de
caractéristiques de ce que nous croyons et voulons être.
Quand
nous donnons notre parole, il nous arrive de la prononcer en engageant
Dieu. Nous faisons serment la main sur la Bible. Nous donnons à
notre parole le poids de celle de Dieu. Nous la voulons sacrée
comme celle de Dieu. Nous la donnons comme si Dieu la donnait lui-même.
Parole précieuse que nous ne voulons pas reprendre, que nous
ne voulons pas nier ni renier.
La
parole nous habite et nous marque d’autant plus que Dieu a
choisi de communiquer avec nous par ce moyen. Dieu dit d’un
bout à l’autre de l’histoire humaine. Dieu se
fait parole «au commencement, maintenant et toujours».
Dieu se fait dialogue et alliance. Il parle nos dialectes et nos
langues. il communique à même nos paroles. Paroles
humaines devenues paroles divines. Paroles en forme de déclarations
d’amour et d’appels à la rencontre et à
la communion.
Il y aurait tant à dire sur la parole, surtout quand elle
est prononcée par Dieu. Je murmurerai donc le nom de Dieu
comme on chuchote un nom aimé. Je lancerai mon appel, confiant
que Dieu répondra. De son silence naîtra alors un mot,
une phrase, la musique de son Verbe quand il se fait chair et habite
notre communication.
Le
silence est d’or, la parole est d’argent, annonce le
proverbe. L’affirmation de ce proverbe est-il vraiment juste?
La parole n’est-elle pas chair et esprit, plus précieuse
que tous les métaux, palpitante de vie, humaine et divine
tout à la fois quand Dieu entre en alliance avec nous?
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