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6
janvier 2003 |
Jusqu’à
ce que la parole soit accomplie
par Denis Gagnon, o.p.
Ici,
il est six heures du matin. Là-bas, sur l’autre continent,
il est midi. Et Renata entre à son église paroissiale
dans sa somptueuse toilette de mariée. Nerveuse. Traquée
comme un lièvre encerclé par une meute. Renata engage
sa vie aujourd’hui avec Jeff. Et la peur est au rendez-vous.
Je suis sûr que la peur est au rendez-vous. La peur est toujours
là quand nous traversons des moments importants de notre
vie, des moments qui auront des répercussions sur tout le
reste de l’existence.
La
peur est là, mais aussi une sorte d’instinct, l’intuition
que c’est la bonne décision, le geste à poser,
la parole à donner...
De
nos jours, nous sommes de moins en moins enclins à prendre
des engagements perpétuels, «jusqu’à la
mort». Nous essayons plutôt. La persévérance
pour la persévérance n’est pas notre fort. Nous
avons horreur de vivre «par devoir». Nous préférons
tenter des expériences. Si elles réussissent, tant
mieux. Si elles ratent, nous tournons la page! La vie à l’essai!
Certains
croient que les changements sont essentiels dans la vie. Qu’il
ne faut pas hésiter à abandonner tel ou tel engagement
pour en prendre d’autres. Les couples qui fêtent leurs
noces d’or manqueraient d’imagination et d’audace.
Ils ne se seraient pas permis d’autres bonheurs.
Une
mentalité de «temps partiel» nous entoure et
nous appelle. Mais je n’arrive pas à m’y faire.
Je crois à la persévérance. Je crois à
celle qui me force à être créateur d’avenir.
Je crois à celle qui m’interpelle sans cesse à
aller plus loin sur le chemin où je me suis engagé.
Ai-je vraiment exploré toute la forêt quand j’ai
l’impression de tourner en rond?
Est-il
nécessaire de croiser du neuf sans cesse? L’amour répète.
Il répète inlassablement. C’est banal en soi
que de dire «Je t’aime!», mais quand c’est
toi qui le dit, je voudrais que tu le répètes mille
et mille fois. Que tu le répètes en changeant de musique
ou sur la même mélodie, peu importe. Du moment que
c’est toi qui le dis. Et que j’imagine le frémissement
de ton coeur en ma présence. Et que je devine ta passion,
forte à certains jours, tendre par moment, infiniment créatrice...
Ce
matin, Renata et Jeff échange leur parole. «Je veux
être près de toi et avec toi, aux jours de bonheur
comme aux jours difficiles, tout au long de notre vie.» Parole
donnée et reçue tout à la fois. Parole qui
ne peut être reçue sans qu’elle ne soit donnée.
Nous ne prenons jamais la parole d’un autre, nous la recevons.
Elle est toujours une grâce, un don, quelque chose qui appartient
à la gratuité. Et qui s’accueille dans la reconnaissance,
dans l’action de grâce.
Et comme toute gratuité, cette parole ne s’explique
pas, elle n’est pas raisonnable. L’amour seul peut le
raisonner dans toute sa déraison. Il y a quelque chose de
la folie ou du scandale dans cette parole. Comme cette autre parole
en forme de passion _ le Verbe! _ qui est apparue «scandale
pour les juifs et folie pour les païens». Persévérance
d’un homme, persévérance de Dieu... jusqu’à
la mort. Premier-né d’entre les morts, premier amoureux
sortant de son indifférence, premier d’une longue caravane
marchant avec persévérance et constance jusqu’à
ce que la parole soit accomplie dans sa plénitude.
Ce
matin, Renata et Jeff échange leur parole. «Le Verbe
se fait chair et il habite parmi nous.» (Jean 1, 14)
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