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Spiritualite2000.com
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20
janvier 2003 |
Faut
s’parler
par Denis Gagnon, o.p.
e
cinéma, surtout le cinéma des états-Unis, nous
a inondés de films de cow-boys pendant de nombreuses années.
Ces chevaliers des déserts américains soulevaient
la poussière sur leur passage, laissant derrière eux
une impression de puissance. Les bons cow-boys étalaient
le bien sur le grand comme le petit écran pendant que les
bandits et les indiens paraissaient tous comme d’abominables
monstres sans foi ni loi. D’un côté toujours
le bien; de l’autre uniquement le mal.
Le tableau
était simpliste, très simpliste. Il divisait l’univers
en deux camps: les bons et les méchants. évidemment,
les bons nous ressemblaient; ils étaient de notre côté.
Quant aux méchants, ils incarnaient nos ennemis.
Avec
les années, le cinéma s’est raffiné.
Il fallait faire des nuances pour correspondre un peu plus à
la réalité. Les artisans du septième art se
sont mis à camper des personnages plus complexes, dans des
situations tricotées plus serrées. Après tout,
le bien n’est pas réservé exclusivement à
certaines catégories de personnages et le mal pouvait facilement
se remarquer dans tous les clans.
Les cinéphiles
ont-ils suivi? Avons-nous adopté la perception des choses
que le cinéma et la télévision nous proposaient?
Parfois, j’ai l’impression que nous en sommes restés
aux premières générations de films. Devant
les menaces, l’ennemi est demeuré le bouc qui porte
tous les péchés de la terre. Nous réagissons
pour nous protéger. Nous nous offusquons aussi: après
tout, la perfection est profanée quand nous sommes maltraités!
Nous
réagissons ainsi sur le plan personnel. Souvent. C’est
malheureusement vrai aussi pour les gouvernants et les nations.
Ai-je besoin de pointer du doigt les images et reportages des journaux
et des bulletins de nouvelles télévisés? Ceux-ci
étalent des propos de cow-boy, des appels à la guerre
contre tous les satans qui risquent d’attaquer les purs et
les saints que nous sommes?
Heureusement,
se lèvent présentement des voix qui ne chantent pas
la même chanson. On résiste aux menaces de guerre.
On refuse de sombrer dans le belliqueux. Signe de santé sur
une planète qu’on pense parfois plutôt déboussolée.
Signe de santé que des hommes et des femmes réagissent
au nom de la raison, fassent appel à l’intelligence
et à la sagesse humaine, s’appuient sur une volonté
ferme de dialoguer avec l’autre, manifestent une confiance
solide dans les ressources intérieures des individus et des
sociétés. «Faut s’parler!», dit
un vieux slogan québécois. Il y a au fond de chaque
humain un trésor de bonté, un brin de sagesse qui
ne demande qu’à s’exprimer. Ce brin peut faire
toute la différence.
La violence
peut contraindre les corps sans pour autant changer les coeurs.
La non-violence fait appel à la raison. Elle séduit
d’une séduction qui touche le meilleur de l’humain.
C’est souvent un risque et un défi, mais l’avenir
n’est pas possible autrement.
«Lorsque
les hommes se haïssent, n’écoute point l’exposé
imbécile des raisons qu’ils ont de haïr. Car ils
en ont bien d’autres, encore, que celles qu’ils disent,
et auxquelles ils n’ont point songé. Ils en ont tout
autant de s’aimer. Et tout autant de vivre dans l’indifférence.
Et moi qui ne m’intéresse jamais aux paroles, sachant
que ce qu’elles charrient n’est que signe difficile
à lire, de même que les pierres de l’édifice
ne montrent ni l’ombre ni le silence, de même que les
matériaux de l’arbre n’expliquent point l’arbre,
pourquoi me serais-je intéressé aux matériaux
de la haine? Ils la bâtissent comme un temple avec les mêmes
pierres qui leur eussent servi pour bâtir l’amour.»
(Antoine de ST-EXUPéRY, Citadelle, Paris, Gallimard, 1948,
p. 83)
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