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Spiritualite2000.com
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14
janvier 2003 |
Nomades
et voyageurs
par Denis Gagnon, o.p.
resque
tous les peuples de la planète sont devenus sédentaires.
Ils ont troqué la tente et l’équipement léger
des nomades contre des maisons de pierre ou de bois. Ils ont bâti
des villes et des villages avec des rues bien définies, des
gratte-ciel presque indestructibles. Ils s’y sont installés.
Ils voyagent encore beaucoup. Mais plusieurs ne vont pas plus loin
que les limites de leur patelin. Bon nombre de montréalais,
paraît-il, ne sont jamais sortis de l’île! On
bouge encore, mais on fait du surplace!
Et
pourtant, au fond de soi, il reste un zest de nomadisme. Un réflexe,
peut-être de la nostalgie. Mais surtout une sorte de première
nature, un état d’être fondamental, un instinct
vital. Nous serions faits pour marcher, pour nous déplacer,
pour bouger. Un vivant, nous répète les philosophes,
c’est un être qui se meut! Vous voyez-vous à
quarante ans pas plus déluré qu’à cinq
ans? Vous avez changé. Vous êtes ailleurs.
Chacun,
chacune de nous est né dans une famille. Comme nous n’avons
pas été clonés, nous avons un père et
une mère. Nous avons vécu un certain nombre d’années
en leur compagnie. Puis, un jour, nous avons quitté le nid
familial pour voler de nos propres ailes. Nous nous sommes pris
en main, ou du moins nous avons essayé... Petit à
petit, nous prenons notre place dans la société. Nous
nous réalisons en réalisant quelque chose, quelque
chose que nous pourrions appeler notre mission ou notre vocation.
Pour
découvrir ou définir notre identité, nous avons
entrepris un long voyage au centre de nous-mêmes. La surface
de notre lac montre sans doute de belles ondulations, mais elle
ne dit rien de ce qui se cache en dessous. Il nous faut plonger,
entrer dans notre maison intérieure, en visiter les pièces,
coins et recoins. Apprivoiser progressivement le mystère
que nous sommes. Mystère que nous sommes même pour
nous-mêmes!
La
foi ne regarde pas passer la caravane! Elle en fait partie. Que
je crois en Dieu, au Christ, à l’Être, à
l’humain, à moi-même, peu importe. Du moment
que je porte en moi une foi, un sens à la vie, un regard
sur elle, je ne peux mettre cette foi entre parenthèses pendant
que je descends aux profondeurs de mon être.
En
cela, nous avons un éminent ancêtre: Abraham! Rien
de moins. Après la mort de son père, «l’éternel
dit à Abram: ‘Va vers toi; détache-toi de ton
pays, du lieu de ta naissance et de la maison de ton père,
et va vers le pays que je t’indiquerai. Je te ferai devenir
une grande nation, je te bénirai, je rendrai ton nom glorieux,
et tu seras bénédiction (pour autrui).» (Genèse
12, 1-2)
J’ai
choisi la traduction d’un juif, émile Moatti (dans
L’Actualité des religions, janvier 2003, p. 53). D’après
ce dernier, l’hébreu demande une telle traduction:
«Va vers toi»! «Dieu invite Abram à se
tourner vers son être intérieur, lequel est, selon
la tradition juive, ‘à l’image de Dieu’.
Cette démarche va lui permettre de retrouver en lui le sens
du Dieu Un, et les valeurs universelles qui fondent l’humain.»
(Ibid.)
Parvenons-nous au terme de notre voyage? Pouvons-nous espérer
aboutir à notre véritable patrie intérieure?
Pouvons-nous apaiser définitivement le désir, la soif
qui nous habite et qui nous garde en route?
Moïse
a traversé le désert, il a cheminé toute sa
vie, en un long et pathétique exode. Mais il meurt avant
d’atteindre la terre promise. Nous ne parvenons jamais, du
moins en ce monde, à notre véritable Canaan. Les cheminements
intérieurs ne finissent jamais. Je dis: «finir»;
je ne dis pas: «aboutir». Car, peut-être que le
terme de notre route n’est rien d`autre que la route elle-même.
Peut-être que le désir qui nous garde en route est
notre unique identité. Peut-être que nous sommes fondamentalement
des nomades. Peut-être qu’il nous faut constamment renoncer
à nous sédentariser. Peut-être...
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