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7
avril 2003 |
Silence
de Dieu
par Denis Gagnon, o.p.
n
confrère octogénaire me confiait dernièrement:
«J’ai peur de perdre la foi.» Et le vénérable
d’ajouter: «Je voudrais que Dieu intervienne dans le
conflit entre l’Iraq et les états-Unis. Je ne veux
pas qu’il laisse tuer des enfants, des femmes, des vieillards
qui n’en ont rien à foutre dans cette connerie! Pourquoi
Dieu n’intervient-il pas? Il ne nous aide pas à croire
en lui.»
Le
silence de Dieu nous étonne. Sa non-intervention apparaît
inacceptable aux yeux de certains, de plusieurs même. Pour
des incroyants, il s’agit là d’une preuve irréfutable
que Dieu n’existe pas.
Jésus
a guéri des malades. Il a ressuscité Lazare, la fille
de Jaïre. Il a libéré des possédés.
Il a donné des yeux à des aveugles. Il a fait parler
des muets. Il a annoncé une bonne nouvelle aux pauvres.
Mais
il n’a pas changé les pierres en pains quand il avait
faim au désert. Dieu n’est pas intervenu quand, à
la synagogue, les juifs ont voulu s’emparer de Jésus
pour le lapider. Dieu n’a pas arrêté Judas quand
celui-ci a trahi. Ni empêché Pierre de renier. Ni retenu
les grands-prêtres de juger le Seigneur. Ni donner des couilles
à Pilate pour qu’il ne condamne pas. Jésus est
mort sans que Dieu vole à son secours alors qu’il criait:
«Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?»
«Les
Juifs demandent des miracles et les Grecs recherchent la sagesse;
mais nous, nous prêchons un messie crucifié, scandale
pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont
appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de
Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage
que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que
les hommes.» (1 Corinthiens 1, 22-25)
Silence
de Dieu! Absence! Discrétion! Trop grande discrétion?
Peut-être. Absence de Dieu et présence tout à
la fois. Il y a là tout un paradoxe. L’action de Dieu
nous apparaît toujours paradoxale. Sans doute parce que nous
voudrions qu’il intervienne sans nous. Pouvons-nous demander
à Dieu d’intervenir à notre place quand il nous
revient de gérer l’univers? «Soyez féconds
et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la.» (Genèse
1, 28) Dieu nous a confié la gérance de la planète.
Il nous revient d’y établir la paix, la fraternité,
l’harmonie entre les peuples. Nous sommes pourvus de talents,
d’habiletés, d’aspirations pour que nous puissions
nous rendre de plus en plus humains. Nous pouvons réparer
nous-mêmes nos gaffes et nos erreurs. Nous pouvons dépasser
nos immaturités personnelles et collectives.
Dieu
ne viendra jamais faire à notre place ce qui relève
de notre responsabilité. Il a trop de respect pour ce que
nous sommes. «Sagesse de Dieu, mystérieuse et demeurée
cachée, que Dieu, avant les siècles, avait d’avance
destinée à notre gloire.» (1 Corinthiens 2,
7).
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