Accueil
Actualités
Aide spirituelle
Archives
Aventure
Billet
Célébrer
Dieu en famille
Documents
éditorial
Emmaüs
Galerie d'art
Jardin
Le psalmiste
Livres récents
Livre d'Or
Méditation
Parole et Vie
Patristique
Prières
Témoins
Trésors


Webmestre

 

 

L'ange et Tobie, de Rembrandt (Détail)

Logo de Spiritualité 2000L'aventure spirituelle

Saints et saintes sur les routes du monde et de l'histoire.

Responsable : Suzanne Demers, o.p.

Spiritualite2000.com  Page précédente  Page suivante

 

Mai 2003

Paul III interdit l’esclavage dans le Nouveau Monde

Le livre des Merveilles

uel enthousiasme ! De toute évidence, l’équipée que le Père Bernadino de Minaya vient d'accomplir au Nicaragua a enchanté le dominicain Julian Garces, évêque de Tlaxcala en Nouvelle-Espagne... Les accents triomphants de sa lettre ne trompent pas. Et le pape Paul III, dans la solitude de son bureau, ne peut détacher ses yeux de ce message reçu du Nouveau Monde. Est-ce parce qu'en cette année 1535, alors qu'il n’est pape que depuis un an, de nombreux soucis l'assaillent et qu'il lui est bien agréable de s'y soustraire un instant pour partager l'allégresse d'un succès missionnaire ? Peut-être. Mais il y a, dans cette missive venue des Indes occidentales, beaucoup plus que le simple compte rendu d'une mission réussie. Sous les mots se dessine, éclatante, la vérité que Paul III pressentait avec force parce qu'elle est inscrite dans la logique même de la foi : les Indiens ne sont pas des êtres humains inférieurs, ils sont capables de recevoir la foi catholique ; mieux, ils la désirent.

Plus tard, à Rome, le père Minaya le rappellera lui-même au pape de vive voix lors de sa mission, les Indiens se pressaient en foule pour entendre parler du Christ. Sur la route de Mexico au Nicaragua, ce ne fut qu'une procession triomphale. Non seulement beaucoup d'idoles furent détruites et de nombreuses églises fondées, mais de très nombreux Indiens qui n'avaient jamais vu de missionnaires auparavant se faisaient baptiser, recevant l'envoyé du Seigneur avec des guirlandes de fleurs, lui offrant nourriture et boisson en rendant grâce à Dieu, à son départ, avec les mots mêmes qu'ils venaient d'apprendre : « Benedictus qui venit in nomineDomini. »

Comment rester insensible à un signe aussi clair ? Face à l'opinion de certains colonisateurs du Nouveau Monde, selon laquelle il est juste de réduire les Indiens en esclavage sous prétexte de l'incapacité de leur nature, le pape comprend qu’il est temps de confirmer avec force les positions prises par la couronne espagnole. Et cela d'autant plus qu'un autre signe est venu, du roi d'Espagne lui- même : en 1530, renouvelant l'interdiction d'Isabelle la Catholique, Charles Quint a promulgué un édit interdisant de réduire les Indiens en esclavage et de 1es priver de leurs biens.

Le 29 mai 1537, le pape adresse au cardinal Jean de Tavera, archevêque de Tolède, la lettre Pastorale officium, qui approuve l'édit espagnol et va même, au nom de l'église, beaucoup plus loin puisqu'elle menace d'excommunication les contrevenants. Apparemment Paul III n'a pas été informé du fait que Charles Quint a abrogé partiellement, en 1534, son édit de 1530...

Le mécontentement du gouvernement espagnol, et les pressions qu'il exerce alors conduiront le pape à retirer par une nouvelle lettre, le 19 juin 1538, sa menace d'excommunication. II reste que l'essentiel, entre temps, aura été dit. En effet, quelques jours à peine après Pastorale officium, deux textes sont venus préciser la pensée du pape : une nouvelle lettre à l'archevêque de Tolède, le 2 Juin 1537, qui, cette fois, est adressée à tous les chrétiens, Veritas ipsa. Et, presque dans les mêmes termes, le 9 juin, la bulle Sublimis Deus.

Si la bulle Sublimis Deus est restée célèbre, si l'on a souvent daté, à tort, du 9 juin 1537 le début des efforts de l'église contre l'esclavage dans le Nouveau Monde, cela tient sans doute à la qualité du lien établi dans ce texte entre l'affirmation intrépide de l'espérance chrétienne et le jugement sans appel qui en résulte. Car le pape inaugure son propos par un acte de confiance dans la toute-puissance d'Amour de Dieu : II a créé l'homme assez sage pour atteindre l'inaccessible ; et donc, puisque le bonheur de tout homme ne se peut trouver qu’à travers la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ, tout homme doit être mis en mesure de recevoir cette foi. Oui, même les Indiens ! Puisque le Christ, qui est la Vérité, a dit : « Allez et enseignez toutes les nations ! », « II a confirmé que tous sans exceptions, sont capables de recevoir les doctrines de la foi. » Fort de cette certitude et de cette confiance, Paul III use alors d'un langage très direct : c'est « l'Ennemi de la race humaine » qui a inspiré à « ses satellites » l'idée que « Les Indien de l'ouest et du sud et tous les autres peuples dont Nous avons eu connaissance récente devraient être traités comme des brutes imbéciles, créées pour notre service, prétendant d'autre part qu'ils sont incapables de recevoir la foi catholique ».

Conforté dans la foi et l'espérance par les témoignages venus à lui du Nouveau Monde, le pape l'affirme sans ambages : « Les Indiens sont de vrais hommes et [...] et ils sont non seulement capables de comprendre la foi catholique, mais aussi, d'après nos informations, désireux de la recevoir. »

La suite coule de source : « Que les dits Indiens et les autres peuples découverts plus tard par les chrétiens ne doivent être en aucun cas privés de leur liberté ou de la jouissance de leur propriété, même s’ils sont en dehors de la foi de Jésus-Christ ; et qu’ils peuvent et doivent librement et légitimement jouir de leur liberté et de leur propriété et qu’ils ne doivent en aucun cas être réduits en esclavage. »

Quant à la conclusion, elle souligne une fois de plus le lien entre les exigences temporelles et la cohérence spirituelle de la mission :

« Les dits Indiens et les autres peuples devront être convertis à la foi de Jésus-Christ par la prédication de la Parole de Dieu et par l'exemple d'une vie sainte.» Encore une fois, Paul III confirme Isabelle la Catholique, comme le soulignera Jean-Paul II en 1992 : « La reine Isabelle avait désiré sincèrement que ses fils, les Indiens - comme elle les appelait- soient reconnus et traités comme des êtres humains avec la dignité d'enfants de Dieu, et comme des hommes libres, à l'égard des autres citoyens de ses royaumes. » II fallait cette singulière audace de la foi pour soutenir un tel texte, alors même que certains catholiques s'autorisaient précisément de leur mission pour soumettre, sans trop d'états d'âme et d'ailleurs souvent de bonne foi, les populations du Nouveau Monde... Cette intuition devait, toutefois, se révéler très tôt féconde. La célèbre controverse de Valladolid, en 1550, lui devra beaucoup. Et même si le texte de Paul III reste évasif sur la question des autres peuples récemment découverts - et n'aborde donc pas expressément la question de la traite et de l'esclavage des Noirs -, même s'il n'évoque pas la question traditionnelle de la légitimité de l'esclavage pour les prisonniers d'une guerre considérée comme juste - et donc ne s'y oppose pas, - la cohérence spirituelle et humaine de la bulle pontificale est telle qu’elle servira de référence dans ces domaines-là aussi.

Quant au sens même de la mission, il sera éclairé de pape en pape jusqu’aux attendus de la fondation de la Congrgatio de propaganda fide en 1622... Avec Pau1 111, un fois de plus, le successeur de Pierre manifeste avec éclat une liberté et une indépendance de jugement et de pensée que seule la Grâce divine pouvait lui inspirer : membre d’une famille ambitieuse et puissante, fort libertin de mœurs durant 1a première partie de sa vie, amateur d'art et de luxe et pratiquant sans vergogne un népotisme prononcé, Alexandre Farnèse en devenant Paul III n’oublie certes pas son amour de la Renaissance. Mais ses actes sont désormais, et d'abord, ceux du gardien de 1’essentiel : avant la confirmation de la Compagnie de Jésus en 1540 et la convocation du concile de Trente en 1545, c'est la bulle Sublimis Deus qui ouvre les grands actes de son pontificat. C'est-à-dire la confirmation de l’éminente dignité de tous les humbles, au-delà comme en deçà des mers. fin

LE LIVRE DES MERVEILLES Mame/Plon pp.550-552

Retour en haut

Pour imprimer ce texte : Cliquez ici ou Sélectionnez Fichiers et ensuite cliquez sur Imprimer.