En
février 2004, le frère Hervé Tremblay
commentait le psaume 131, extrait du quatrième recueil
du Psautier. En cet hiver 2005, il est bon de mettre à nouveau
notre confiance totale en Dieu, tant il nous est parfois
difficile de tenir dans les épreuves humaines. Tant
est grande la pression de la société actuelle
sur le besoin de sécurité…parfois bien
illusoire en ce monde.
e
psaume 121 appartient, lui aussi, à la collection
des cantiques pour les montées (Ps 120-134), que les
pèlerins chantaient en marchant vers Jérusalem
aux trois grandes fêtes, ou que priaient les lévites
en gravissant les degrés du Temple du Dieu d’Israël.
Nous
verrons qu’il place l’accent sur Dieu comme étant
vraiment le meilleur secours, un gardien sans faille
qui mérite notre confiance pleine et entière. Le
Texte : Cantique pour les montées.
Je lève les yeux vers les montagnes : Mon secours,
d’où viendra-t-il ?
Le secours me vient de Yahvé qui a fait le ciel et
la terre.
Qu’il ne laisse chanceler ton pied ! qu’il
ne dorme, ton gardien !
Vois, il ne dort ni ne sommeille, le gardien d’Israël.
Yahvé est ton gardien, ton ombrage, Yahvé à ta
droite.
De jour, le soleil ne te frappe, ni la lune en la nuit.
Yahvé te garde de tout mal, il garde ton âme.
Yahvé te garde au départ, au retour, dès
lors et à jamais.
Trad. © La Bible de Jérusalem
Commentaire :
« Les montagnes ». Oui, elles
sont nombreuses au pays de la Bible, depuis le mont Sinaï au
sud, jusqu’à l’Hermon et la haute Galilée
au nord, avec les monts de Samarie et de Judée au
centre de la région. Tout comme elles nous appellent à lever
les yeux, elles veulent aussi élever l’esprit
du croyant. Dans la pensée biblique, elles sont la
marque d’une élévation spirituelle de
l’auteur. Les montagnes introduisent une parole
de grande hauteur d’âme, une réalité spirituelle
de haute importance.
De
plus, dans la Bible, le Dieu qui fait route avec les siens
comme un pasteur avec son troupeau est surnommé « le
Dieu montagnard » (El-Shaddai) par les patriarches,
ou encore « le Dieu très-haut » (El-Elyôn). Le
psalmiste précise de quel Dieu il s’agit
pour lui : le seul secours de la créature vient
de son créateur : le Seigneur qui a fait
le ciel et la terre. Un autre cantique des montées,
le Ps 124,8 dira de même que le secours de la créature
est dans le nom du Dieu créateur. Ce Dieu est écrit
quatre fois au moyen du tétragramme YHWH qui est
le nom propre du Dieu révélé, selon
la tradition élohiste, à Moïse dans
l’épisode du buisson ardent (Ex 3,13-14).
Le nom caractérise l’être actif, efficace
et dynamique qui est là pour sauver le peuple
d’Israël, surtout lorsqu’il est opprimé dans
sa liberté religieuse.
On parle tant
de sécurité dans tous les
domaines … mais concrètement, je peux toujours
trébucher, ou même être surpris dans
mon sommeil.
Alors le psalmiste cherche la parade en ces occasions.
Il nous appelle à voir que celui qui veille en
permanence c’est celui-là qui protège
son peuple : c’est « le gardien
d’Israël » (v.4). YHWH garde Israël :
cette réponse à la question initiale va être
reprise quatre fois dans la seconde partie du cantique,
utilisant le rythme graduel et devenant à nouveau
très personnel.
En premier
lieu, « Le Seigneur est ton gardien »,
là même où tu vis, quel que soit
l’environnement astral et sa puissance, comme le
chantait déjà le prophète Isaïe
dans l’hymne d’action de grâce au
Seigneur : « Car tu as été un refuge
pour le faible, un refuge pour le malheureux plongé dans
la détresse, un abri contre la pluie, un ombrage
contre la chaleur » (Is 25,4). Le livre de
l’Apocalypse reprendra cette figure de l’ombrage
contre les feux du soleil en parlant de la préservation
des serviteurs de Dieu (cf. Ap 7,15-17).
Cette
allégorie de l’ombre protectrice pour
parler de la présence de Dieu se retrouve encore
en Is 49,10. La présence située « à la
droite », c’est-à-dire à la
place favorable (cf. Ps 110,5), est déjà vue
par le psalmiste pour parler de Dieu comme sauveur du
pauvre au Ps 109,31 et comme guide et conseiller aux
Ps 16,8 et 73,23. En deuxième lieu, « le Seigneur te
garde de tout mal » : ce qui revient à affirmer
la protection contre tout ce qui s’oppose à Dieu.
Dès lors que la confiance est placée en
Lui,
le mal ne peut gagner du terrain en nous.
Ensuite « Il garde ton âme »,
ton esprit, le souffle de vie, ta personne donc. Après
le danger des astres et du mal externe, la protection
s’étend au caractère interne, à l’existentiel,
au fond de l’être. (Ps 121, 7b = Ps 97,10b).
Enfin, quels
que soit notre parcours, les allées
et venues, les déplacements en somme,
Pour le psalmiste confiant en Dieu, le Seigneur est celui
qui garde ou protège en permanence, dans la durée
des jours.
Le psaume
121 chante donc que contre le mal extérieur
comme à l’intérieur, dans l’espace
et dans le temps, le Seigneur veille, protège
et garde la créature qui met en Lui sa confiance.
C’est en même temps un appel à Dieu
pour qu’Il protège les siens contre tout
danger sur les chemins de pèlerinage.
Pour les chrétiens en route vers la Jérusalem
du Ciel, pour les baptisés, temples de l’Esprit-Saint,
il devient chant de bénédiction de Dieu
sur la route de la vie conduisant au Royaume. Le psaume
121 se fait prière de confiance assurée
au Christ, vainqueur du monde et du mal, qui nous dit : « Dans
le monde, vous aurez à souffrir. Mais gardez courage !
Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » (Jn
16,33b). Ayant traversé l’épreuve
de la croix, Jésus ressuscité est le vrai
pasteur, le protecteur fidèle pour toujours.
Le
psaume 121 dans la liturgie
Depuis la
réforme du deuxième Concile œcuménique
de Vatican, la liturgie place le psaume 121 dans la prière
des vêpres du vendredi de la deuxième semaine,
et le donne à entendre comme psaume responsorial
au 29e Dimanche dans l’année (C). Mais ce
qui est intéressant est qu’il est placé dans
la messe à l’intention des réfugiés
et des exilés, eux qui bien souvent n’ont
plus que Dieu comme refuge (cf. aussi Ps 16,1) et en
qui ils mettent toute leur confiance. Comme pour le psalmiste,
le Seigneur restera leur bien suprême. Après
l’exode d’égypte et le retour d’exil à Babylone,
ce psaume 121 est approprié pour nombre de personnes
qui vivent actuellement la vie d’exilé,
de réfugié.
Ce psaume
de confiance absolue au Dieu de l’univers
permet enfin de faire un rapprochement avec la prière
de toute l’assemblée à la conclusion
de chacune des préfaces de la messe. Lorsque les
fidèles entonnent le « Sanctus »,
ils prient « Hosanna ! »,
ce qui signifie en hébreu : « Accorde
le salut » (Ps 118,25a – v. 26
LXX –). Cette prière est reprise comme une
acclamation mais elle est cri d’espoir et de confiance à la
fois, lequel a été adressé à Jésus
lors de sa descente du mont des oliviers devant Jérusalem
(en Mt 21,9 ; Mc 11,9-10 ; Jn 12,13), juste
avant sa Passion. Cette espérance présente
et tournée vers l’avenir, Jésus l’honorera
en osant lui-même l’offrir comme une prière
de confiance toute filiale dans sa grande épreuve
cloué en croix : « Père,
entre tes mains je remets mon esprit » (Lc
23,46b, qui reprend Ps 30,6a LXX).
En
résumé
Grâce au psaume 121, nous pouvons dire ceci :
Telle une fontaine de confiance positive surgie du fond
de la terre, malgré les apparences parfois contraires,
une déclaration, un cri ou un souhait de confiance
illimitée du psalmiste envers l’existence
de Dieu créateur est la réponse prépondérante à la
question lancinante de l’origine du secours. Pour
le croyant, « le gardien d’Israël » vient à la
rescousse, en véritable bon Pasteur, c’est
sûr. C’est là tout l’enjeu de
la piété filiale.
Concluons
avec la réflexion vigoureuse de saint
Bernard : « Vous priez mal si en priant
vous cherchez autre chose que le verbe, ou si vous ne
demandez pas l’objet de votre prière par
rapport au Verbe. Car tout est en lui : les remèdes à vos
blessures, les secours dont vous avez besoin, l’amendement
de vos défauts, la source de vos progrès,
bref tout ce qu’un homme peut et doit souhaiter. » 
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