’évangile-réalité,
voilà! , de dire mon épouse. Expression « tendance »,
certes, et révélatrice de ce quotidien banal qu’on nous
met en vedette à la télé de nos jours. Et pourquoi pas?
Ramassez une feuille d’arbre et regardez-la. Prenez le temps…pour
vrai! Admirez ses formes, ses nervures, sentez sa texture, appréciez
ses couleurs. À la fois banal et génial, n’est-ce pas?
Qui n’a pas eu l’expérience d’entrer dans une pièce
et d’y sentir un parfum, celui du magnolia, par exemple, et de ne plus
le remarquer au bout d’une trentaine de minutes. C’est notre regard
qui banalise, notre corps qui se désensibilise. Cela fait partie de
l’expérience humaine. Et c’est dans le quotidien de sa famille
d’origine que le petit d’homme formera son sens à la vie.
Le quotidien et ce qui s’y vit renforce ce sens. Alors, le quotidien :
toujours aussi banal?
« Bouillon de culture » chrétienne, « laboratoire
de foi appliquée », « immersion évangélique »!
La famille est autant d’occasions d’être interpellé par
l’Autre. C’est, pour ainsi dire, l’Humanité qui
s’y vit. Un microcosme où parents et enfants apprennent les
uns des autres et où Dieu a semé. À nous de cultiver!
Serons-nous ce terrain plein de ronces, cet endroit rocailleux ou serons-nous
cette bonne terre où, montant et se développant, les grains
donnent du bon fruit?
Cultivons le goût du Seigneur avec nos enfants. Lisons-leur des histoires,
celles de Jésus et des saints. Nourrissons l’esprit. Rythmons
le temps comme le fait le cultivateur : l’Esprit a ses saisons,
tout comme la journée, ses temps forts. Noël, le Carême,
Pâques, l’Ascension, l’Action de Grâce, font partie
des « Saisons du Christ », de ce legs dont on
peut faire don à nos enfants. C’est du conditionnement spirituel
et l’être humain est, entre autre, un être éminemment « conditionnable ».
Alors, autant l’abreuver au sens que l’on croit pouvoir être
le plus pleinement nourrissant.
Et c’est aux parents que cela revient, ce rôle de mettre une
structure la plus épanouissante possible. Installons un temps de recueillement,
de prière, le matin, aux repas, et le soir, par exemple. Ce seront
les « saisons du quotidien » d’un jeune chrétien
en devenir. Savoir maintenir les traditions chrétiennes, respecter
nos racines, tout en les redécouvrant, en les adaptant et en les réinventant.
Puis, enfin, apporter le fruit de notre contemplation au prochain! Toute
dominicaine, cette mentalité ne peut s’épanouir pleinement, à mon
avis, qu’à travers une famille de Familles unies dans le Christ.
Certes, « l’habitus chrétien » prend naissance
dans la famille, mais les racines, en grandissant, auront besoin d’un
plus grand pot, celui d’une fraternité, par exemple. S’y
vivront alors des solidarités qui marqueront jeunes et moins jeunes
pour la Vie.
Voilà le laboratoire qui s’agrandit. Cela donnera-t-il le goût
de partager le Christ avec « le monde », avec la Famille
de Dieu et avec le prochain, de quelque horizon qu’il fût? Il
est fort à parier que la vision chrétienne, ainsi léguée,
fera de nos enfants d’intéressants « co-créateurs »,
des porteurs d’un sens qui sait transfigurer la mort, la souffrance,
les contingences humaines. Ainsi, peut-on espérer que l’on dise
de nos enfants, en voyant leurs fruits, qu’il s’agit bien du
même sang du Christ qui coule dans leurs veines, autant que dans celui
de leurs parents. Dieu en Famille est Pascal. La Famille, ce « Passage » obligé,
transfigure tous ses membres. Et puissions-nous contribuer à ce que
s’agrandisse toujours plus la Famille de Dieu! 
(Céline de Grandpré et
Benoît Desroches sont membres de la fraternité laïque
dominicaine Fra Angelico).
|