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DIEU EN FAMILLE

La Chronique | Ressources | La foire aux questions

Juillet-Août 2005

Un regard qui fait feu de tout bois

élaine Champagne, l.o.p.

Pas facile de prier! Surtout quand l’horaire de la famille est chamboulé, quand le rythme du quotidien se met à improviser des pas de vacances, quand les joies imprévues des visites et des sorties nous font prendre le large! Faut-il vraiment freiner le mouvement de la vie pour arriver à prier?

Il est une prière qui célèbre la vie à bras ouverts, qui danse avec elle, qui s’amuse avec elle comme un enfant avec son cerf-volant. Cette prière est adaptée à tous les instants : de la partie de soccer à la douceur d’une aurore à la campagne en passant par le barbecue en famille ou le pique-nique au parc voisin. Elle habite la randonnée à bicyclette ou la fin de soirée autour du feu. Elle se vit en tondant la pelouse et même dans un embouteillage au centre-ville. Elle s’amuse de la fraîcheur d’une piscine ou d’une bonne limonade entre amis. Cette prière est plus intime à soi que soi-même, en même temps qu’elle se nourrit du partage des uns avec les autres. Souvent, les enfants la connaissent sans le savoir. C’est la prière de contemplation.

Contempler? Avec une vie de famille? Mais comment trouver suffisamment de silence! Ce n’est pas sérieux!

Il est possible de prier, de contempler la vie, « en la vivant »! Il y a certes des moments précieux qui peuvent se vivre au mieux dans le silence. Mais contempler, c’est surtout une manière de vivre et de prier toute la vie. Il y a plusieurs manières de prier et plusieurs manières de contempler. En famille, contempler, c’est peut-être simplement habiter le présent, habiter l’instant tel qu’il se donne à vivre – avec ses actions et ses relations – et s’y déployer dans ce que nous sommes de meilleur. Contempler, c’est chercher à habiter avec vérité ce présent, avec ses beautés et ses défis, avec ses grandeurs et ses limites. Contempler, c’est peut-être, au milieu du mouvement de nos vies quotidiennes, saisir au vol l’instant présent, comme de l’intérieur.

Contempler, c’est voir à la fois l’instant présent et ce qui le dépasse, en longueur, en largeur, en profondeur. C’est voir notre espace intérieur se déployer sur un large horizon inattendu, découvert au virage de la route. C’est laisser sourdre au fond de soi une joie qui nous ouvre à infiniment plus grand que nous-même, qui nous dépasse et nous transcende. C’est aussi découvrir que cette joie plonge ses racines et prend son origine bien au-delà de nous-mêmes, qu’elle nous précède en sa source et nous attend en sa fin, infiniment. Contempler, c’est découvrir l’éternité cachée dans chaque instant.

Une contemplation chrétienne?

Le souvenir de cet au-delà qui nous précède et nous dépasse me rappelle la prière du psaume : « Tu me devances et me poursuis, tu m’enserres, tu as mis la main sur moi ». (Ps 138, 5) La Trinité nous précède et nous attend, elle nous entoure et nous habite. Nous sommes enfants du Père, engendrés par le Père Créateur. Et c’est ce Dieu qui nous appelle à un bonheur infini. Le Christ, alpha et oméga, le commencement et la fin, nous montre la Promesse et nous conduit à la Vie de plénitude, la Vie éternelle. L’Esprit « qui planait sur les eaux » dès avant le premier jour de création souffle sur le monde. Aujourd’hui même, l’Esprit nous traverse et nous donne vie. Contempler, c’est croire en cette vie de Dieu, qui habite en nous l’instant et le dépasse infiniment.

La contemplation chrétienne, comme une croix, ne nous relie pas seulement à Dieu mais aussi à ceux qui nous entourent. Nous ne sommes pas seuls, mais ensemble, comme église, ou à petite échelle, comme famille. Nous nous recevons de Celui qui nous précède et nous devance, en même temps que nous nous donnons les uns aux autres. Contempler, c’est peut-être simplement se déposer en son présent reçu de Dieu, se recevoir en son présent et se donner. Contempler, c’est vivre et offrir ce présent occupé à écouter les uns et les autres, à soigner Léa qui a un coup de soleil, à consoler Guillaume qui fait ses dents, à réconcilier Justin et Alexandre qui se disputent, à rire avec Louise qui éclabousse. Contempler, c’est faire feu de tout bois. Fin de l'article

Mère et son enfant de Bouguereau
Ressources, réflexions et soutien pour les personnes attentives à l’émergence et à la croissance de la foi des enfants, petits et grands.


Responsable :
élaine Champagne, l.o.p.
Institut de pastorale