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visitais des amis il y a quelque temps. Le cœur était à la
fête pour l’arrivée du quatrième
enfant. Le petit n’avait pas encore un mois. Menu et
délicat comme ses parents aux traits fins, il se tenait
en petite boule, comme une petite pelote, emmitouflé dans
son pyjama jaune. À chaque fois que je revois des
nouveau-nés, je m’étonne de percevoir
la vie si forte dans un petit corps si fragile…
Justement.
Le petit Emmanuel pleurait. Quel enfant ne pleure pas?
Mais Emmanuel avait des coliques. Il gémissait
un peu, pleurait souvent, et il fallait bien que papa et
maman soient là pour le soulager. Quelle patience! À un
moment durant la soirée, son papa a trouvé pour
lui une position confortable, à plat ventre sur son
bras, bien appuyé contre lui. Chaleur, sécurité,
soulagement des douleurs. Emmanuel s’est finalement
endormi. Distraite de nos conversations, je me suis mise à regarder
Emmanuel. Son visage était tout transformé.
Confiant, complètement abandonné dans les bras
de son père, il était vraiment beau à voir.
L’image est classique. Pourtant, en voyant Emmanuel
si paisible, et en pensant à Noël, tout à coup,
je redécouvrais l’incroyable réalité de
Dieu fait enfant. C’était comme si je voyais,
avec des yeux neufs, la confiance de Dieu. Car pour se faire
l’un de nous, Dieu a consenti à se faire petit,
fragile. Il s’est confié à ses parents,
Marie et Joseph. Il s’est confié à l’humanité.
Il s’est abandonné en quelque sorte dans les
bras de chacun de nous… En un mot, et pour tout dire,
Dieu a eu foi en l’humanité. Il a eu foi en
nous : non seulement foi en son rêve d’accomplissement
de la création, en nous rendant participant à son
oeuvre, mais foi en nous jusqu’à l’intime
de sa personne, jusqu’à l’intime du Fils,
jusque dans sa chair. Jusqu’à devenir pour nous
un enfant. Ça me rappelle le très beau texte
de Christian Bobin : Le Très-Bas.
Noël est passé déjà. Les voix
des réjouissances ou des retrouvailles s’estompent
doucement. Les trompettes des anges se sont tues. Les troupeaux
des bergers sont retournés paître dans les proches
alentours. Nos chants sont emportés par le vent d’hiver.
Mais dans l’intime du quotidien, dans l’ordinaire
de la vie de tous les jours d’une jeune famille, caché aux
yeux trop curieux, l’enfant s’endort dans les
bras consolants de son père ou collé contre
le cœur de sa mère. Dieu habite au milieu de
nous. 
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