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n’y a pas de recherche spirituelle sans conquête de l’intériorité.
Conquête, puisque tout, dans la vie moderne, mais peut-être,
finalement, dans le psychisme humain depuis les débuts, sollicite
l’esprit en direction de l’extérieur. Ce mouvement,
nous le partageons avec les atomes qui s’accrochent les uns aux autres,
avec les plantes qui se lèvent et se tournent en direction de la
lumière, avec les animaux continuellement aux aguets par crainte
des prédateurs mais eux-mêmes à la recherche incessante
de ce qui peut les nourrir. Le monde environnant attire, fascine et, finalement,
accapare.
Se pourrait-il que l’être humain soit le seul, sur cette planète, à avoir
aussi un monde intérieur, un monde qui, différent du premier,
solliciterait par des signes étonnamment plus discrets, suscitant
moins la curiosité que le désir, signalerait sa présence
par la soif d’infini, de paix profonde ou de « la divine
origine » ? L’accès à ce monde intérieur
est objet de conquête car le mouvement pour y accéder va à contre-courant
du mouvement spontané qui nous entraîne du
matin au soir en
direction de ce qui nous environne. Si le monde extérieur s’impose à nous,
le monde intérieur, lui, nous attend. On n’y entre que par une
discipline soutenue. « Le Règne de Dieu est au-dedans de
vous » (Luc 17,22). « Il est forcé et les violents
s’en emparent » (Matthieu 11,12).
Dans toutes les traditions
spirituelles de l’humanité, des
hommes et des femmes ont fait de cette recherche intérieure un absolu.
Ermites, moines ou moniales, reclus, béguines, ils ont, entre autres,
cherché des lieux favorables au combat de l’intériorité.
Le désert, où ils ont construit tant de monastères,
en est un. Mais il en est deux autres, plus urbains, qui, me semble-t-il,
symbolisent bien cette recherche intérieure : le cloître et la crypte.
Le mot « cloître » désigne, à l’origine,
un espace clos, fermé, entouré d’une enceinte. Les chercheurs
d’absolu s’y enferment, en quelque sorte, ayant placé autour
d’eux, par une « clôture », une délimitation
symbolique entre le monde extérieur et le monde intérieur.
Mais beaucoup de ces lieux recèlent, même à l’intérieur
des murs, un « cloître », espace d’intériorité à l’intérieur
de l’espace d’intériorité. Ce lieu est éminemment
symbolique. Il est à la fois ouvert sur le jour et protégé de
lui en ce que les espaces destinés à la marche recueillie sont
recouverts et qu’on n’accède au jour que par des arcades
percées dans le mur. Au centre, se trouve habituellement un jardin,
souvent une fontaine, ou un puits. Ce n’est pas pourtant pas au centre
qu’on se tient : c’est bien tout autour, symbole de la quête
incessante de parvenir au centre de soi-même, là où se
trouve la source, Dieu lui-même.
De son côté, la crypte est une sorte de chapelle souterraine
habituellement coupée de toute lumière naturelle. Le mot signifie à l’origine « ce
qui est caché ». Très souvent espace sacré autour
du tombeau d’un saint ou d’une sainte, la crypte évoque
bien ce lieu secret et intime qui échappe aux regards extérieurs
et auquel on n’accède qu’en « descendant » en
soi-même. La crypte, dans son dépouillement, dit bien le mystère
de l’être concentré dans l’essentiel.
Dans la foulée du beau livre de Marie-Madeleine Davy Le désert
intérieuri, ne pourrait-on pas suggérer que chacun, chacune
qui cherche l’absolu et la communion avec le divin, gagne à se
donner deux moyens pour soutenir sa quête et sa « conquête » :
trouver son cloître intérieur ou sa crypte intérieure,
ce lieu intime où, tournant le dos à l’idole, il ou elle
contemple l’icône, et trouver, dans son environnement extérieur,
un lieu physique qui lui facilite l’accès à son intérieur :
il peut s’agir d’une véritable crypte ou d’un vrai
cloître ouvert au public, ou encore d’un espace aménagé dans
sa propre maison ou sa chambre, à l’enseigne de l’enseignement
de Jésus : « Quand tu veux prier, entre dans ta chambre,
ferme la porte (c’est le cloître !) et prie ton Père qui
est là, dans cet endroit secret » (Matthieu 6, 6).
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