uelqu’un
m’a offert une boule de Noël bien spéciale.
Elle est en verre et son motif est peint… de l’intérieur,
selon une impressionnante technique chinoise fort ancienne.
Ce cadeau m’a suggéré la réflexion
qui suit. Chaque matin, quand je m’éveille,
deux portes s’offrent à moi pour entrer dans
ma journée : la porte de l’extérieur
et celle de l’intérieur. Depuis que ma recherche
spirituelle est consciente et soutenue, j’essaie
d’entrer dans ma journée par la seconde. Mais à certains
matins, comme c’est difficile...
Pour
la plupart des gens, une des premières pensées
de la journée est : « quel jour sommes-nous
? » La réponse (mardi, jeudi, samedi…)
entraîne rapidement d’autres informations : « ah
oui c’est vrai ! aujourd’hui je rencontre X… on
doit faire cela au travail… j’ai un train à telle
heure… » Et ils entrent machinalement dans
la routine matinale, se projetant déjà par
l’esprit à tel autre lieu et à tel autre
moment. Ils sont entrés dans la journée, ont
repris contact avec leur vie, par la porte de l’extérieur.
Celle de ce qui les attend, celle de qu’ils doivent
faire.
C’est bien lentement, me semble-t-il, qu’on
apprend à entrer dans sa routine matinale par la porte
de l’intérieur. La première pensée
peut encore être : « quel jour sommes-nous
? » et l’agenda du jour peut aussi se mettre à scintiller à notre
esprit. Mais on colle – un instant – non à ce
qu’on doit faire, mais à qui on est. À ce
qu’on vit. « Quel est cet aujourd’hui
de ma vie ? Cet aujourd’hui dans ma vie ? Qui suis-je,
ce matin, moi qui m’éveille pour vivre ces occupations
diverses qui me sollicitent ? Où en suis-je, à ce
moment de ma vie ? » Et si je suis croyant-e, « quelle
est la présence de Dieu dans ma vie? qui suis-je pour
lui ? » Voilà à quoi ressemble entrer
dans sa vie par la porte de l’intérieur. Celle
de ce qu’on cherche à être.
Mais,
beaucoup de personnes sont pressées le matin.
Faire sa toilette, s’habiller, prendre le petit déjeuner… tout
cela en un temps record puisqu’il faut affronter l’heure
de pointe, être à l’heure au bus, au train, à l’école,
au travail. Même des personnes retraitées, pour
qui en principe rien ne presse, peuvent être prises
au piège : elles allument la radio ou la télé pour
prendre des nouvelles de leur monde, se plongent dans la
lecture du journal… Pour le plus grand nombre, l’accès à la
porte de l’intérieur est ainsi si souvent encombré.
Il faut
le dire et le redire : il n’y a pas d’intériorité sans
une forme de discipline. Tous les maîtres spirituels,
dans presque toutes les traditions et les religions, l’enseignent.
Ils ou elles proposent des conseils ou des techniques pour
faire une place à cette condition première
de l’accès à l’intériorité :
la volonté. Il faut le vouloir. Et il faut le vouloir
beaucoup. Il faut une éducation spirituelle de la
volonté.
Jésus, qui s’y connaissait en intériorité,
a trouvé important de ressaisir un enseignement traditionnel
de sa tradition, le judaïsme, quand il a dit à ses
disciples et aux foules qui venaient à lui : « Entrez
par la porte étroite (…) étroite est
la porte et rétréci le chemin de la vie. Ils
sont peu nombreux à le trouver » (évangile
selon Matthieu 7 13-14). Cette image de l’étroitesse
suggère l’exigence : entrer dans sa vie
ou aller à la rencontre de quelqu’un par la
porte de l’intérieur requiert un travail sur
soi-même. Voilà pourquoi si l’appel est
lancé à tous, tous mettent du temps à y
répondre et plusieurs n’y arrivent jamais.
Peut-être faut-il se résoudre à faire
sonner son réveil cinq ou dix minutes plus tôt
et réserver ce temps au silence et à l’attention
intérieure. Peut-être convient-il de ne pas
lire mais de fermer les yeux durant le trajet qu’on
fait dans le bus ou le tram, ou décider de ne pas
ouvrir tout de suite l’ordinateur ou écouter
la radio dans l’auto le matin. Peut-être faut-il être
obstinément fidèle à quelques exercices
de respiration ou de yoga. À chacun, à chacune
de trouver ce qui lui convient aux différentes saisons
de sa vie pour peindre sa vie de l’intérieur.
Et à propos, puisque nous sommes en janvier, ne reviendrait-il
pas aussi à chacun, à chacune, d’entrer
dans la nouvelle année par la porte de l’intérieur
? Le souhaiter à chaque personne qui visite aujourd’hui
ce site, c’est sûrement lui souhaiter une bonne
et heureuse année !
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