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Psaume 117 est un classique — que dis-je ? — un
incontournable en liturgie. Il n’y a rien
d’étonnant à cela, puisqu’il
est lui-même une liturgie en acte. Très
tôt, il a été adopté pour
les fêtes juives, notamment celle des Tentes.
Né sous une bonne étoile, ce psaume
a connu une carrière chrétienne à nulle
autre pareille. Il est vite devenu une clef importante
pour interpréter la mort-résurrection
du Christ dans le Nouveau Testament (Marc 12, 10-11
et parallèles ; Actes 4, 11). Certains
de ces versets (26, par exemple: « Béni
soit au nom du Seigneur celui qui vient ! »)
sont même passés directement dans
la liturgie eucharistique.
UNE
LITURGIE EN DIRECT
Le
Psaume 117, comme plusieurs autres, a été travaillé et
retravaillé, enrichi par les différentes
utilisations des communautés juives du retour
de l’exil. Il ne manque pas de souffle et n’a
rien d’une prière désincarnée.
Dès le premier mot, il interpelle : le
Alléluia qui ouvre le psaume est un impératif
pluriel en hébreu (« Louez Yah » c’est-à-dire « Louez
le Seigneur »). Suivent d’autres
appels, adressés à un auditoire de
plus en plus grand : « Rendez grâce » (v.
1) et « que le dise Israël... la
maison d’Aaron... qu’ils le disent ceux
qui craignent le Seigneur » (v. 2-4).
L’action de grâce et la louange n’ont
rien d’une dévotion privée !
Tout un peuple est interpellé. À ces
voix multiples s’ajoutent aussi les refrains,
qui expriment les convictions et l’espérance
d’une communauté joyeuse et enthousiaste : « éternel
est son amour ! » (v. 1-4.29), « Ma
force et mon chant, c’est le Seigneur » (v.
14), « Le bras du Seigneur est fort... » (v.15), « Voici
le jour que fit le Seigneur... » (v. 24), « Donne,
Seigneur, donne le salut ! » Le
chant, dans les psaumes, fait partie du bonheur
qu’on éprouve à rendre grâce
(v. 14). Tout le monde s’empresse d’entonner
un refrain (v. 1-4), « éternel
est son amour », qui dit mieux que tout
autre l’image de Dieu qu’on retrouve
au coeur de la célébration. Le tout
se déroule dans le cadre très concret
de l’enceinte du Temple : les portes de
justice (v. 19), la porte du Seigneur (v. 20), la
maison du Seigneur (v. 26), l’autel (v. 27),
et s’accompagne de manifestations enthousiastes
de la part de la foule : « Rameaux
en main, formez vos cortèges jusqu’auprès
de l’autel. » (v. 27)
L’ACTION DE GRÂCES, PLUS QU’UN
SIMPLE MERCI
Le
Psaume 117 est manifestement un psaume d’action
de grâces, comme en témoigne l’usage
répété du verbe rendre grâce.
Celui-ci ouvre le psaume et il relance la prière
aux versets 19, 21, 28 et 29. Mais attention !
Le verbe, en hébreu, a un sens beaucoup plus
large que celui de dire « merci » à la
personne qui a fait quelque chose pour nous. Il signifie
aussi confesser, professer, célébrer.
Autrement dit, on y trouve la notion de proclamation
publique et de confession de foi. Bien sûr,
dire merci est geste important. Mais l’action
de grâces, la reconnaissance deviennent, dans
un psaume comme le 117, un véritable geste
de foi et de témoignage. D’où l’importance
des mots qui disent l’action de proclamer :
dire (v. 2.3.4), rendre grâce (c’est-à-dire
confesser : v. 1.19.21.28.29), annoncer (v.
17), bénir (v. 26) et clameurs (v. 15). Du
geste privé que pourrait être le merci
du psalmiste, on passe à une profession de
foi en présence de la communauté. Dans
ce contexte, le récit-témoignage en « je » est
particulièrement développé (v.
5-7. 10-14.17-19.21.28). Un pèlerin (peut-être
le roi) raconte ses expériences : alors
qu’il était assiégé (v.
5), encerclé (v. 10), bousculé (v.
13), l’intervention puissante du Seigneur l’a
fait triompher de tous les obstacles. Son récit
se transforme alors en profession de foi : « Le
Seigneur est pour moi » (v. 7), « Il
est pour moi le salut » (v. 14). UN
PSAUME PROPREMENT PASCAL
Le
Psaume 117, qui se défend très bien
par lui-même, revêt pour les chrétiens
et les chrétiennes, une importance toute particulière.
Les auteurs du Nouveau Testament en ont fait une
référence privilégiée
quand vint le temps de réfléchir sur
le drame et le mystère de la mort de Jésus.
Le verset 22 du psaume a été repris
(« la pierre qu’ont rejetée
les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle »)
par la tradition synoptique, dans les Actes et dans
la Première lettre de Pierre. Il rend compte à la
fois du drame historique du rejet de Jésus
par les siens (la parabole des vignerons homicides :
Marc 12, 10-11 ; Matthieu 21, 42 ; Luc
20, 17 ; voir aussi Actes 4, 11 ; 1 Pierre
2, 4.7), et de la fécondité paradoxale
de la mort de Jésus, devenu la pierre d’angle
du monde nouveau inauguré par sa résurrection. L’ensemble de la tradition évangélique
a retenu deux autres versets de ce psaume (25-26)
pour décrire, là aussi, les deux facettes
du Mystère pascal (Matthieu 21, 9 ; 23,
39 ; Marc 11, 9 ; Luc 13, 35 ; 19,
38 ; Jean 12, 13). Les acclamations de la foule à Jérusalem
anticipent, certes, sur la victoire de la résurrection
mais elles apparaissent aussi dans le contexte d’une
lamentation de Jésus sur la ville qui n’a
pas su accueillir les prophètes (Matthieu
23, 37). À son tour, le chapitre 7 de l’Apocalypse
met en scène une impressionnante liturgie
des cent-quarante-quatre mille et de la foule sans
nombre. Ils tiennent, eux aussi, « des
palmes à la main » « devant
le Trône et devant l’Agneau » (Apocalypse
7, 9).
Comme
le reflète le consensus des écrits
du Nouveau Testament, la liturgie chrétienne
a tôt fait d’adopter ce psaume pour la
saison pascale. Dans la liturgie dominicale actuelle,
il est l’un des psaumes les plus cités,
et on ne le retrouve qu’au Temps pascal : à la
Veillée pascale (entre les sept lectures et
l’évangile), à la messe du jour
de Pâques (année A) ainsi qu’au
deuxième dimanche de Pâques des années
A, B, C et au quatrième dimanche de Pâques
(année B). La liturgie des Heures le prescrit
pour le matin de Pâques, pour les Offices du
matin de l’octave pascal et à chaque
dimanche. Jugé digne d’exprimer le Mystère
pascal, le Psaume 117 a fait beaucoup de chemin jusqu’à nous.
Comme quoi l’action de grâce peut mener
loin dans l’expression de notre foi commune. 
(N.B.
texte paru dans Célébrer les Heures
n. 21, printemps 1999)
Cet
article est tiré de la revue Célébrer
les Heures. On peut en savoir davantage sur
cette revue en écrivant à Célébrer
les Heures, 2715, chemin de la Côte-Sainte-Catherine,
Montréal (Québec) H3T 1B6, Canada.
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