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temps faisait-il, ce matin-là? Le soleil était-il au rendez-vous
à l’aube de ce printemps? L’hirondelle s’est-elle étonnée
en fredonnant des notes plus cristallines que d’habitude?
Le perce-neige a-t-il exhalé un parfum plus chatoyant? L’écureuil
a-t-il inventé d’inhabituelles arabesques en sautant de branche
en branche? Les érables ont-il été tentés de prolonger le
temps des sucres? Le ruisseau s’est-il surpris à dévier de
sa route coutumière? La nature s’est-elle lancée dans une
chanson inédite? La création s’est-elle aperçue que l’univers
entrait dans une ère nouvelle?
J’aimerais
tant que ce matin-là, arbres et animaux, fleurs et insectes
se métamorphosent et que toute la terre devienne un immense
jardin, un paradis terrestre sous l’arc-en-ciel des alliances
de Dieu. Et que le ressuscité marche doucement au milieu de
la création renouvelée.
Probablement
que les oiseaux ont continué de piailler aux premières lueurs
du soleil. Probablement que les nuages ont poursuivi leur
route en assombrissant tout sur leur passage. Probablement
que les vents froids du grand nord ont soufflé aussi cinglants
que d’habitude. Probablement que la terre n’a pas paru différente
des autres jours. Probablement que l’hiver voulait encore
garder la vie prisonnière de ses froidures. Les cris de la
guerre ont sans doute continué de faire frissonner de peur.
Les orages ont déferlé avec leur bagage de colère. Les embâcles
n’ont pas cessé de provoquer des inondations.
Mais,
depuis ce jour, des hommes et des femmes se sont mis à respirer
un air différent, sur un rythme plus calme, plus serein, plus
heureux. Quelques hommes, quelques femmes, petit troupeau
discret, humble et fragile, appelé à devenir un peuple immense.
Pèlerins presque solitaires qui se transformeraient en une
caravane marchant, de tous les coins cardinaux, vers le jardin
où a surgi la vie après la mort. Un avenir de lumière était
en train de naître. Naissance qui finirait bien par atteindre
tout l’univers, d’une façon ou d’une autre. Ce qui arrivait
à l’humanité pouvait-il laisser indifférente la création de
Dieu, elle qui aspire à la révélation des fils de Dieu?
Ce
jour-là, chose certaine, des serrures sautaient, des chaînes
se cassaient, des portes s’ouvraient, des rideaux s’écartaient
pour laisser passer le soleil? Une odeur de pain chaud traversait
les cuisines. Des rayons de lumière dansaient avec les arbres
chargés de bourgeons.
Tout
pouvait changer maintenant. Sans doute que la transfiguration
du monde se ferait lentement, très lentement. Il faut beaucoup
de temps pour se laisser apprivoiser par la liberté. La peur
est tenace. Le mal est fort, tapi dans les ombres. La nuit
ne cède pas facilement devant le matin qui veut naître.
Mais
Dieu est patient. Il attendra. Il croit que la faim de vivre
finira bien par vaincre les résistances. La liberté finira
bien par charmer le prisonnier le moins audacieux. La joie
essuiera les larmes.
Avec
Dieu, je veux bien attendre. J’attendrai que, sur ma route,
vers mon Emmaüs, un voyageur me rejoigne et qu’il me réchauffe
le coeur. J’attendrai que la nuit s’efface pas à pas, au fil
de la conversation. J’attendrai jusqu’à la maison où il daignera
partager ma table. Peut-être que je découvrirai que la table,
celle que je crois être ma table, est d’abord la sienne, et
que le pain à rompre est son pain de vie..
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