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e quoi
parlerons-nous cette fois-ci dans notre billet hebdomadaire?
De l’immense scandale des commandites qui se présente à tous
les canadiens comme un théâtre de marionnettes vulgaires?
Réfléchirons-nous sur la crise qui sévit à la Chambre des
communes où les élus se chamaillent comme lurons en cage et
perdent toute crédibilité? À moins de nous arrêter sur la
situation précaire de nombreuses familles québécoises aux
prises avec la pauvreté, comme nous la présente un rapport
récent? Ou des prises de becs entre les enseignants et le
ministre de l’éducation sur la réforme scolaire?
Faudra-t-il
quitter la scène publique canadienne dans l’espérance de trouver
mieux ailleurs? Pourrons-nous alors éviter l’Iraq où les attentats
se multiplient au point où nous nous demandons parfois s’il
restera assez de vivants pour former un pays? Rien de plus
réjouissant, par ailleurs, dans les révélations des journaux
concernant l’esclavage encore bien présent dans le monde malgré
l’évolution des civilisations. Et le Darfour où la situation
est d’autant plus tragique que le reste du monde n’est pas
très empressé à secourir les déplacés.
Les
journaux sont tristes. La télé à la chanson pleureuse. La
radio n’est guère plus joyeuse. Sommes-nous vraiment arrivés
au printemps? La nature n’offre que des merveilles, du moins
un peu partout pendant que les terriens baissent la tête.
La chaleur de la saison nouvelle peut-elle chasser les ombres
et les nuages qui s’infiltrent dans nos histoires? N’aurions-nous
pas besoin d’une bonne excursion en forêt? Juste pour écouter,
pour regarder, pour sentir. Laisser simplement la nature nous
parler sereinement. Les arbres pourraient parler de leur retour
à la vie après un hiver de dépouillement. Les fleurs pourraient
se laisser admirer en nous suggérant d’en faire autant avec
ceux que nous côtoyons tous les jours. Dans mon rêve, je vois
un faon nous renvoyer à l’innocence et l’insouciance de l’enfance.
Il y a deux jours une paruline a atterri à mes pieds, scrutant
mon humble personne sans trop s’énerver comme si elle se sentait
en confiance devant l’immense monument qui se trouvait devant
elle. Je me sentais bien loin des méfiances de nos députés
et ministres.
En
temps de guerre ou de conflit, pouvons-nous garder la sérénité
tout en regardant les choses avec le plus de réalisme possible?
La confiance et l’ouverture à l’autre, aux autres, peuvent-elles
devenir de l’imprudence quand s’affrontent des ennemis? Le
feu brûle, c’est certain. Nous n’avons pas besoin du témoignage
des pompiers pour l’admettre. Mais le feu réchauffe aussi,
il éclaire. Nos ancêtres ont découvert dans le feu une richesse
extraordinaire. Se peut-il que nous vivions en même temps
les extrêmes et que la vie soit un immense paradoxe? Se peut-il
que nous soyons contraints de marier ensemble les contraires?
Se peut-il que chaque saison comprenne un peu d’hiver et autant
de printemps?
En
ces heures difficiles un peu partout sur la planète, je crois
que nous ne devons pas perdre de vue l’autre côté de la médaille.
Il y a toujours le soleil derrière les nuages. Dans chaque
personne, il y a suffisamment d’étoiles pour habiller le firmament.
Il ne faut qu’une étincelle pour enflammer une forêt. Un peu
de confiance peut mener à des rapprochements. Un peu de bonne
volonté peut réveiller l’imagination et favoriser de nouveaux
départs.
Quelque
temps avant de mourir, l’ethnologue Abel Pasquier écrivait:
«Ce que j’aime dans le désert, c’est le contraste entre la
mort et la vie, l’étendue de sable et le nid de verdure, la
chaleur qui brûle et la source qui désaltère, le soleil qui
éblouit et l’ombre qui rafraîchit. Le désert est un lieu de
solitude qui apaise et guérit, un refuge où l’on entre en
retraite pour amorcer un nouveau départ. Plus qu’un seuil,
un espace de transition, il est une demeure où l’on entre
en intimité avec soi, au plus profond de l’être où Dieu vous
convie à une rencontre inédite.» (PASQUIER, Abel, Mourir pour
vivre?, Paris, Éditions de l’Atelier, 2001, p. 153)
Peut-être
nous faudrait-il, comme Abel Pasquier, nous inventer un désert
pour retrouver la grâce des commencements. Peut-être retrouver
le courage de bâtir du neuf à travers les paysages ingrats
que nous traversons.
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