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ésus est
vraiment parti. Saint Luc, dans le récit des Actes des apôtres
est très clair: «Ils le virent s'élever et disparaître à leurs
yeux dans une nuée». Il nous faut donc faire le deuil de la
présence physique de Jésus de Nazareth, même s'il est ressuscité
d'entre les morts. Ne nous imaginons pas que nous puissions
le croiser sur la rue. Quand nous parlons de sa présence lors
de nos rassemblements liturgiques, ne pensons pas qu'il a
pris place dans un banc de l'église ou qu'il se tient dans
le portique, invisible comme tout bon fantôme.
Le
Christ est avec nous «tous les jours jusqu'à la fin du monde»
parce que, nous, nous sommes là. La présence du Christ sur
la terre après son ascension dans le ciel, c'est notre présence.
Saint Paul dit que Dieu «a fait de lui la tête de l'église
qui est son corps, et l'ةglise est l'accomplissement total
du Christ».
Comme
communauté de baptisés et porteurs de l'évangile, nous sommes
la présence du Christ au milieu du monde. Et toute l'humanité
est appelée à devenir cette présence du Christ dans l'univers.
Aussi
pouvons-nous reconnaître le Seigneur dans les personnes que
nous rencontrons. N'est-ce pas sa passion qui se continue
dans les malades et les pauvres. Dans le Québec de l'abondance,
beaucoup de familles vivent dans une pauvreté inacceptable.
Dans ces familles, le Christ continue de souffrir sa passion.
Les attentats sont quotidiens en Iraq. C'est encore le Christ
qui continue sa passion. Au Darfour, des foules de déportés
croupissent dans des camps de fortune. Là aussi le Christ
vit sa passion. Les malades... les gens qui traversent des
conflits... les couples qui connaissent un amour difficile...
les oubliés... les malchanceux... toutes les misères humaines
reprennent, chacune à sa façon, le cri du Christ sur la croix:
«Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?».
À
côté de ces pauvres et de ces malheureux, on rencontre des
hommes et des femmes touchés par la détresse des autres. Dans
ces circonstances, ne sommes-nous pas en présence du Christ
en train de ressusciter? Une femme au chevet de son enfant
malade n'est-elle pas présence du Christ auprès de son petit?
Un homme qui participe au règlement d'un conflit n'évoque-t-il
pas, par son témoignage, le Christ dont la résurrection est
source de paix? Et ces groupes de toute sorte qui luttent
pour plus de justice, pour plus de dignité ne traduisent-ils
pas à leur façon la Pâque du Christ?
Jésus
confiait à ses apôtres la mission d'enseigner aux nouveaux
baptisés à garder les commandements qu'il leur avait donnés.
Ces commandements de Jésus, avec en tête le grand commandement
de l'amour, ne nous demandent rien d'autres que de construire
une terre à l'image du Royaume où Jésus est entré auprès de
son Père.
Le
ressuscité d'entre les morts, établi au-dessus de tout, nous
appelle à son Royaume. Nous répondons à son invitation en
construisant déjà ce Royaume avec lui. Rendre la terre plus
habitable, c'est bâtir le ciel. «Pourquoi restez-vous là à
regarder le ciel?», a-t-on dit aux apôtres quand Jésus est
disparu à leurs yeux. C'est la terre qu'il faut prendre en
charge. Si nous jetons un coup d'oeil vers le ciel, c'est
surtout pour mieux deviner ce qu'il faut faire sur la terre
et pour nous mettre à l'oeuvre. Ne négligeons pas le Christ
de la terre: il souffre et ressuscite tous les jours jusqu'à
la fin du monde. Prenons-le en charge. Entourons-le de la
chaleur que nous transmet l'évangile.
Depuis
l'Ascension, il nous revient «à nous et à tous les baptisés»
d'assurer la présence du Christ au milieu du monde.

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