| entez,
mentez, il en restera toujours quelque chose! Le
mot est de Voltaire. Il est célèbre. Plusieurs
en font leur devise. On le rencontre particulièrement
chez de nombreux personnages publics. Que de chefs d’état
se sont retrouvés, un jour ou l’autre, dans
la nécessité de cacher la vérité.
Et combien en font leur pain quotidien?
Avec
comme résultat, que la gent politique perd de
plus en plus sa crédibilité. Les chefs d’entreprises
sont suspectés. La confiance dans les patrons est
devenue fragile. Pauvre transparence qui en prend pour son
rhume!
Sur
le sujet, le philosophe Emmanuel Kant est catégorique: «Dans
les déclarations que l’on ne peut éviter,
la véracité est un devoir formel de l’homme à l’égard
de chacun, quelle que soit l’importance du dommage
qui peut en résulter pour lui ou pour un autre.» (Sur
un prétendu droit de mentir par humanité, Paris,
Vrin, 1980, p.68.)
«Quelle que soit l’importance du dommage...»,
dit le philosophe allemand. N’est-ce pas dangereux,
un tel absolu? N’y a-t-il pas des motifs moralement
supérieurs qui obligent à taire la vérité?
C’est l’opinion d’un autre philosophe,
André Comte-Sponville: «Imaginons, dit celui-ci,
[...] un membre de la Gestapo, en France, entre 1940 et 1945.
Il vous demande si vous ne connaissez pas, autour de vous,
des Juifs, des résistants, des terroristes. Qui ne
voit que le rigorisme kantien aboutirait à condamner,
en pratique, toute résistance au nazisme (comment
résister sans mentir à la Gestapo?), toute
solidarité avec ses victimes, et que cela, bien sûr,
condamne ce rigorisme , autrement dit toute pensée
qui fait du devoir un impératif absolu?» (COMTE-SPONVILLE,
André et FERRY, Luc, La sagesse des modernes, Paris,
Robert Laffont, 1998, p. 268)
Il
existe donc des situations où le mensonge est
non seulement permis, mais absolument nécessaire.
Par contre, peut-être fait-on appel à lui trop
souvent pour des motifs bien secondaires. Peut-être
la vérité mérite-t-elle plus de respect.
Peut-être l’honneur est-il trop souvent méprisé par
l’usage immodéré du mensonge. Peut-être
manipule-t-on trop facilement la réalité pour
qu’elle corresponde à ce qu’on voudrait
bien qu’elle soit.
Souvent,
choisir la vérité suppose beaucoup
de courage, la force de se tenir droit, la tête haute,
même si on risque de subir la désapprobation
de la part de son auditoire. Le respect des réalités
en cause passe avant la renommée ou la fierté,
si légitime soit celle-ci.
Choisir
la vérité, c’est plus que respecter
ce qui doit être connu. C’est même respecter
les autres qui ont droit de recevoir du vrai. Mentir, c’est
mépriser l’autre. C’est non seulement
lui cacher le vrai, mais aussi le considérer inférieur à l’information
qu’on veut lui communiquer.
Respect
de l’exactitude des faits, respect aussi de
la sincérité. Dire la vérité,
c’est dire ce que l’on porte au fond de soi.
Qu’il n’y ait pas de différence entre
la parole et la pensée.
Respect
de la vérité, c’est aussi compter
sur la confiance mutuelle. Confiance en celui qui communique
sa pensée et en qui on reconnaît la sincérité.
Confiance aussi en celui qui la reçoit et qui ne doit
pas chercher à profiter de ce qu’il apprend
pour manquer de respect envers celui qui s’adresse à lui
et le manipuler.
Quand
le Christ proclame: «La vérité vous
rendra libres», il affirme qu’on s’engage
sur le chemin de l’authenticité et de la maturité quand
on prend la route de la vérité. 
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