«
écoute, Seigneur, je t’appelle!
Pitié! Réponds-moi!
Mon cœur m’a redit ta parole :
“ Cherchez ma face. ”
C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
Ne me cache pas ta face.» (Psaume 26)
e
que l’on doit affirmer de la foi chrétienne,
c’est qu’en Jésus ressuscité, il
nous est donné de faire l’expérience de
Dieu d’une manière unique et insurpassable. Il
nous est donné de saisir, avec une profondeur renouvelée,
cette recherche de Dieu qu’atteste le psalmiste de l’Ancien
Testament, et dont la recherche a quand même quelque
chose de dramatique. Dramatique parce que l’homme de
la Torah, l’homme de la Loi, porte en son cœur
un immense désir de Dieu, placé là par
Dieu lui-même, mais un désir encore en attente
d’exaucement, un désir suppliant, « ne
me cache pas ta face », puisque le croyant de l’A.T.
n’a pas encore trouvé la source pouvant étancher
sa soif, lui procurer l’eau vive à laquelle il
aspire. D’où le piège des observances
et des préceptes de la loi mosaïque où
le croyant risque de s’enfermer et de se durcir.
Pourtant,
le psalmiste nous l’atteste, la soif de Dieu est bien
présente en lui, obsédante même pour ce
fidèle observateur de la Loi, pour l’ami de Dieu,
le pauvre, celui qu’on appelle l’anawim, et qui
fait de Dieu son tout, qui l’appelle de tout son cœur.
C’est pourquoi la prière de l’auteur des
psaumes, qu’on appelle « le psalmiste »,
demeure toujours en église le fondement de toute prière.
« écoute, Seigneur, je t’appelle! Pitié!
Réponds-moi! » Ce cri gardera toujours son actualité
et il est la clef de voûte de toute prière véritable.
Car le croyant qui se tourne vers Dieu ne saurait prétendre
entrer dans cette communion, qui le dépasse infiniment,
sans une remise complète et totale de lui-même
à Celui qui l’a appelé à la vie.
Il ne s’agit pas ici d’un abaissement pour s’humilier
ou s’anéantir.
Dans
cette remise totale de soi à Dieu, il doit y avoir,
de la part de celui qui prie, la volonté de se donner
entièrement à Dieu, sans réserve, sans
condition, sans rien garder pour soi. La disponibilité
à l’action de Dieu au cœur de notre vie
est à ce prix, à l’exemple du fils de
Dieu, qui ne garda rien pour lui et qui donna tout : «
Ma vie nul ne la prend, c’est moi qui la donne ».
Jésus
a tout donné. Et dans ce face à face avec Dieu
que constitue la prière, il nous faut nous aussi tout
donner. Donner toute notre détresse, toutes nos fragilités,
toutes nos soifs. C’est alors que le cœur peut
s’ouvrir à Celui qui ne demande qu’à
y entrer. Il faut que je diminue pour qu’il croisse
en moi. Il faut avoir le courage d’entrer dans cette
dynamique de la prière où l’on se place
devant Dieu avec notre faible espérance au creux des
mains, qui appelle la miséricorde de Dieu et qu’Il
accueille comme la plus belle des offrandes. L’on pense
que tout donner est exigeant alors qu’il s’agit
tout simplement de faire confiance en s’offrant totalement,
et en appelant Dieu de toutes nos forces : « écoute,
Seigneur, je t’appelle! Pitié! Réponds-moi!
».
C’est
alors que s’engage le véritable dialogue dans
la prière. Le psalmiste l’affirme : « Mon
cœur m’a redit ta parole. » Dans la prière
Dieu donne sa parole. Notre Dieu veut se faire connaître.
Et au cœur de la prière, imperceptiblement, Il
se dit, Il nous parle. Lui, la source même du moindre
souffle en nous, Il nous guide patiemment vers Lui par sa
Parole et nous fait communier à son amour pour nous.
Nous
ne pourrons jamais nous représenter la grandeur de
l’amour de Dieu pour nous, « un amour qui fera
toujours notre étonnement ici-bas, parce que dépassant
absolument tout ce que nous pourrions concevoir, et dont nous
ne pourrons jamais toucher le fond. Pour connaître le
fond de l’amour de Dieu, il faudrait être Dieu
» (Journet, Charles. Traité sur la grâce.
P.14). Et pourtant Dieu veut se donner à nous en partage.
«
Cherchez ma face ». L’expérience de foi
confiante à laquelle nous sommes appelés est
toute orientée vers la recherche même de Dieu
dans l’expérience de son amour pour nous. Comme
si Dieu voulait qu’on le cherche pour mieux le trouver,
et qu’on le trouve pour mieux le chercher encore. L’auteur
sacré n’affirme-t-il pas que nul ne peut voir
Dieu face à face sans mourir, et pourtant Dieu nous
invite à le chercher Lui, à le chercher sans
cesse. Et l’on peut comprendre la prière suppliante
du psalmiste qui devant cette invitation s’écrie
: « C’est ta face que je cherche Seigneur : ne
me cache pas ta face. » Car sa quête de Dieu,
qui traduit toute l’espérance d’Israël,
est déjà porteuse de la réponse de Dieu.
Cette quête du psalmiste, cette quête des pauvres
d’Israël, enfantera littéralement l’exaucement
de Dieu à leur supplication.
Dieu
a mis dans le cœur de l’homme la soif même
que lui seul peut rassasier et il n’a eu de cesse de
faire grandir cette soif au cours de l’histoire d’Israël,
son enfant chéri. Et quand les temps furent venus,
quand l’espérance d’Israël eut atteint
son comble dans l’humble servante Marie, la mère
de la promesse, Dieu acquiesça à la demande
du psalmiste. Il lui dévoila son visage témoignant
ainsi du plus grand amour qui soit : il nous donna son Fils,
son Unique.
«
Montre-moi ta face! » A cette supplication, dont l’écho
remonte les millénaires jusqu’à nous,
et que nous faisons nôtre aujourd’hui, Dieu répond
en nous donnant sa Parole vivante, son Fils Bien-Aimé,
qu’Il a ressuscité d’entre les morts. Jésus
seul pouvait nous dévoiler le vrai visage de Dieu,
car seul le Fils du Père pouvait nous aimer comme le
Père nous aime : « Comme le Père vous
a aimé, moi aussi je vous ai aimé. »
C’est
pourquoi, aujourd’hui, lorsque nous cherchons la face
de Dieu avec le psalmiste, nous nous tournons vers le Christ
qui nous conduit vers le Père. En lui, Dieu s'est laissé
voir, entendre, et toucher. Notre foi, fondée sur celle
des Apôtres nous l’atteste :
«
Ce qui était dès le commencement, ce que nous
avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous
avons contemplé et que nos mains ont touché
du Verbe de vie -- car la vie s'est manifestée, et
nous avons vu et nous rendons témoignage et nous vous
annonçons la vie éternelle, qui était
tournée vers le Père et s'est manifestée
à nous --, ce que nous avons vu et entendu, nous vous
l'annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi
vous soyez en communion avec nous. Et notre communion est
communion avec le Père et avec son Fils Jésus
Christ. » (1 Jean 1, 1-2).
C’est pourquoi, lorsque résonne en nous la parole
de Dieu où il nous dit : « Cherchez ma face »,
nous savons désormais que son « visage »
est enfoui à la fois au cœur du monde, au cœur
des masses humaines qui le cherchent, et, à la fois,
au plus intime de nous-mêmes, là où il
habite par son Esprit. La Galilée où le Ressuscité
nous attend, commence tout d’abord par cette terre en
friche sur laquelle s’ouvre la porte de notre cœur,
terre qu’il vient sanctifier par le don de son Esprit,
nous transformant ainsi en Temple vivant afin que nous puissions
déjà le contempler en nous. Cette Galilée
qui commence en nous, s’étend jusqu’aux
extrémités du monde, là où notre
prière a la force, par l’action de l’Esprit
Saint en église, de rejoindre tous ceux et celles vers
qui le Christ nous envoie.
Puisque
Dieu se donne à ceux qui le cherchent, il nous faut
donc sans cesse rechercher la face de Dieu, rechercher sa
présence au cœur de nos vies, avec la même
détermination suppliante que le psalmiste : «
Ne me cache pas ta face », tout en sachant que cette
prière que nous faisons monter vers Dieu a déjà
trouvé son exaucement en Jésus Christ, lui l’unique
révélateur du visage du Père.

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