2.
O Dieu, vite, à mon aide;
Seigneur, au secours!
3.
Honte et déshonneur sur ceux-là
qui cherchent mon âme!
Arrière! honnis soient-ils,
ceux que flatte mon malheur;
4. qu'ils reculent couverts de honte,
ceux qui disent: c’est bien fait!
5.
Joie en toi, réjouissance
à tous ceux qui te cherchent;
qu’ils redisent toujours: Dieu est grand!
ceux qui aiment ton salut!
6.
Et moi, pauvre et malheureux,
mon Dieu, viens vite!
Toi, mon secours et mon sauveur,
Seigneur, ne tarde pas!
(Traduction R. Tournay – R. Schwab, avec le concours
de J. Gélineau,
Le Psautier de la Bible de Jérusalem)
ieu,
viens à mon aide » : ainsi débute
ce psaume, auquel la prière communautaire a emprunté
son invocation d’ouverture. Celle-ci se prolonge aussitôt
en une autre qui la reprend en d’autres mots et qui,
dans nos offices, constitue le répons de l’assemblée :
« Seigneur, à notre secours ».
En
réalité, le second cri, tout comme le premier,
est à entendre à la première personne :
« Seigneur, à mon secours! ».
Ce psaume – qui a son jumeau identique au psaume 40,14-18
– se présente d’un bout à l’autre
comme un appel au secours lancé à Dieu par un
croyant individuel. Une sorte de 911, dirions-nous (ce numéro
est celui qu’au Canada une personne en détresse
doit composer), en forme de prière. Exprimé
dès le début, le sentiment d’urgence l’est
de nouveau à la fin, où retentit le même
appel à Dieu. Au « vite, à mon aide »
du premier verset, répondent comme en écho dans
le dernier « mon Dieu, viens vite »
et « Seigneur, ne tarde pas ».
Et qu’est-ce donc qui justifie une imploration aussi
pressante? Impossible de le savoir exactement. Par deux fois,
au v. 3 puis de nouveau au v. 6, le priant évoque son
« malheur », mais sans bien préciser
en quoi celui-ci consiste. On sait seulement que ce malheur,
pour une part au moins, vient des autres. Certains en effet
menacent sa vie (v. 3), tandis que d’autres - à
moins qu’ils ne soient les mêmes -, au lieu de
le soutenir dans cette épreuve, s’en réjouissent
méchamment : « ils se plaisent à
mon malheur » (v. 3), «ils disent :
c’est bien fait » (v. 4), quelque chose comme
« ha! ha! » en hébreu.
Quoi faire dans ces conditions? Ce malheureux se sait du moins
solidaire de tous ceux qui, comme lui, croient en Dieu. Et
à ce moment difficile de son itinéraire, c’est
à eux qu’il pense, à ces chercheurs de
Dieu animés de confiance en lui, et à qui il
ne peut que souhaiter joie et allégresse (v. 5). Face
au malheur qui le frappe, ce croyant se sent pauvre (v. 6),
c’est-à-dire démuni sans doute et incapable
de s’en sortir par lui-même. D’où
son cri d’urgence, qu’il joindra à celui
de tous les autres qui attendent de Dieu leur salut..
« Ton
salut », « mon sauveur » :
dans ce psaume, ces termes n’ont rien d’abstrait.
« Salut » est ici l’équivalent
de « aide » et « secours »;
il est à comprendre au sens bien concret et réaliste
d’une délivrance de l’épreuve, des
menaces et de l’insécurité, de l’incompréhension
et des sarcasmes.
Une vie en danger, des gens qui se gaussent, un pauvre qui,
au plus creux de l’épreuve, s’en remet
à Dieu dans la confiance. Cette expérience du
psalmiste, comment des oreilles chrétiennes pourraient-elles
en entendre l’évocation sans y associer la croix
de Jésus et certaines harmoniques du récit de
la passion? « Les passants l’injuriaient,
en hochant la tête… »; « Même
les brigands crucifiés avec lui l’outrageaient… »;
« Pareillement, les grands prêtres se gaussaient
et disaient avec les scribes et les anciens : ‘…Il
a compté sur Dieu : que Dieu le délivre
maintenant s’il s’intéresse à lui! »
(Mt 27,34-44).
Une différence cependant, et de taille. « Qu’ils
reculent, couverts de honte, ceux qui disent : ‘C’est
bien fait’ », ne pouvait s’empêcher
de souhaiter le malheureux du psaume (v. 4). Le terme hébreu
rendu ici par « honte » paraît
bien désigner de façon voilée la mort
des opposants. Ainsi, en même temps qu’il implore
pour lui-même le salut, le priant du psaume paraît
demander la disparition de ceux qui veulent le faire disparaître.
Par contraste, dans le récit de la passion, une imploration
tout autre, située par Luc juste avant la scène
des outrages et des railleries : « Et Jésus
disait : ‘Père, pardonne-leur : ils
ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).

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