oute
la vie du vrai chrétien est un saint désir.
Sans doute ce que désires, tu ne le vois pas
encore : mais en le désirant, tu deviens
capable d’être comblé lorsque viendra
ce que tu dois voir. Puisque
vous ne pouvez pas voir maintenant, que votre activité
se contente de désirer.
Supposons
que tu veuilles remplir une sorte de poche et que tu
saches les grandes dimensions de ce qu’on va te
donner, tu élargis cette poche, que ce soit un
sac, une outre, ou n’importe quoi de ce genre.
Tu sais l’importance de ce que tu vas y mettre,
et tu vois que la poche est trop resserrée :
en l’élargissant, tu augmentes sa capacité.
C’est ainsi que Dieu, en faisant attendre, élargit
le désir ; en faisant désirer, il élargit
l’âme; en l’élargissant, il
augmente sa capacité de recevoir.
Nous
devons donc désirer., mes frères, parce
que nous allons être comblés. Voyez saint
Paul, élargissant son désir pour être
capable de recevoir ce qui doit venir. Il dit en effet :
« Certes, je ne suis pas encore arrivé,
je ne suis pas encore parfait. Frères, je ne
pense pas avoir déjà saisi le Christ.
Que
fais-tu alors en cette vie, si tu ne l’as pas
encore saisi ? Une seule chose compte : oubliant
le chemin parcouru et tendu de tout mon être vers
l’avenir, je suis mon élan vers le triomphe
auquel je suis appelé de là-haut. Il dit
qu’il est tendu et qu’il suit son élan.
Il se sentait capable de saisir ce que l’œil
n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas
entendu, ce que le cœur de l’homme n’a
pu concevoir.
Voilà
notre vie : nous exercer en désirant. Le
saint désir nous exerce d’autant plus que
nous avons détaché nos désirs de
l’amour du monde. Nous l’avons déjà
dit à l’occasion : vide ce qui doit
être rempli. Ce qui doit être rempli par
le bien, il faut en vider le mal.
Suppose
que Dieu veut te remplir de miel : si tu es rempli
de vinaigre, où mettras-tu ce miel ? Il faut
répandre le contenu du vase ; il faut nettoyer
le vase lui-même ; il faut le nettoyer à
force de travailler, à force de frotter pour
qu’il soit capable de recevoir autre chose.
Parlons
de miel, d’or ou de vin : nous pouvons désigner
de n’importe quel nom ce qui est indicible, mais
son vrai nom est Dieu. Et quand nous disons «
Dieu », que disons-nous ? Ce mot désigne
tout ce que nous attendons et pouvons attendre. Tout
ce que nous pouvons dire est en-dessous de la réalité
; élargissons-nous en nous portant vers lui afin
qu’il nous comble quand il viendra. Nous serons
semblables à lui, parce que nous le verrons tel
qu’il est. 