eureux
les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde.
Le mot de miséricorde est doux, mes frères.
Si le mot est doux, combien plus la chose ? Et
alors que tous les hommes veulent l’obtenir, ce
qui est malheureux, c’est que tous ne font pas
ce qu’il faut pour mériter de la
recevoir. Tous veulent recevoir la miséricorde,
mais il y en a peu qui veulent la donner.
Toi,
de quel front oses-tu demander ce que tu négliges
de donner ? Il doit commencer par faire miséricorde
en ce monde celui qui souhaite la recevoir dans le ciel.
Aussi, puisque nous voulons tous la miséricorde,
prenons-la comme protectrice en ce monde pour qu’elle
nous délivre dans le monde à venir. Il
y a en effet une miséricorde dans le ciel à
laquelle on parvient par les miséricordes terrestres.
L’écriture l e dit bien : Seigneur,
ta miséricorde est dans le ciel.
Il
y a donc une miséricorde sur la terre et une
autre dans le ciel, c’est-à-dire l’une,
humaine et l’autre, divine. Comment définir
la miséricorde humaine ? C’est que
tu prennes garde aux misères des pauvres. Comment
définir la miséricorde divine ? Sans
aucun doute, c’est qu’elle accorde le pardon
des péchés. Tout ce que la miséricorde
humaine dépense dans le voyage, la miséricorde
divine le rend dans la patrie. Car c’est Dieu
qui, en ce monde, souffre de froid et de la faim en
tous les pauvres, comme il l’a dit lui-même :
Chaque fois que vous l’avez fait à l’un
de ces petits, c’est à moi que vous l’avez
fait. Dieu qui, du haut du ciel, veut donner, sur la
terre veut recevoir.
Quelle
sorte de gens sommes-nous donc, nous qui voulons recevoir
lorsque Dieu donne ; et lorsqu’il demande,
nous ne voulons pas donner ? Quand le pauvre a
faim, c’est le Christ qui est dans l’indigence,
comme il le dit lui-même : J’avais
faim, et vous ne m’avez pas donné à
manger. Ne méprise donc pas la misère
des pauvres, si tu veux espérer avec confiance
le pardon de tes péchés. Le Christ a faim
maintenant, mes frères, lui-même a voulu
avoir faim et soif dans la personne de tous les pauvres ;
et ce qu’il reçoit sur la terre, il le
rend dans le ciel.
Je
vous le demande, mes frères, que voulez-vous,
que cherchez-vous quand vous venez à l’église ?
Quoi donc, sinon la miséricorde ? Donnez
celle de la terre, et vous recevrez celle du ciel. Le
pauvre te demande, et tu demandes à Dieu :
il demande une bouchée de pain, et toi, la vie
éternelle. Donne au mendiant pour mériter
que le Christ te donne ; écoute-le qui dit :
Donnez, et il vous sera donné. Je ne sais de
quel front tu peux recevoir ce que tu ne veux pas donner.
Et c’est pourquoi, lorsque vous venez à
l’église, faites l’aumône aux
pauvres, selon vos ressources. 