Texte
évangélique
Evangile
selon saint Luc (9, 11b-17)
Jésus
prit avec lui les apôtres
et se retira à l’écart en direction d’une
ville appelée Bethsaïde. La foule s'en aperçut
et le suivit. Il leur fit bon accueil, leur parlait du règne
de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin.
12 Le jour commençait à baisser. Les Douze
s'approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie
cette foule, ils pourront aller dans les villages et les
fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger
: ici, nous sommes dans un endroit désert. » 13
Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils
répondirent : « Nous n'avons pas plus de cinq
pains et deux poissons... à moins d'aller nous-mêmes
acheter de la nourriture pour tout ce monde. » 14 Il
y avait bien cinq mille hommes. Jésus dit à ses
disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante. » 15
Ils obéirent et firent asseoir tout le monde. 16 Jésus
prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les
yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses
disciples pour qu'ils les distribuent à tout le monde.
17 Tous mangèrent à leur faim, et l'on ramassa
les morceaux qui restaient : cela remplit douze paniers.
|
Commentaire
u
sujet du signe de la multiplication des pains, l’exégète
anglican A.M.Hunter donne deux interprétations possibles
: « Penser que Jésus, fils éternel
de Dieu, multiplie effectivement les pains et le poisson
; ou dire que tout le récit est historique, mis à part
le fait de la foule rassasiée et les restes de la
nourriture ; donner alors à l’épisode
le sens d’un grand sacrement en plein air au cours
duquel Jésus offre à chacun un morceau de
pain, gage donné à ceux qui après
avoir partagé sa table dans l’obscurité de
sa vie terrestre la partageront dans la gloire. »
Dans
cette section de l’évangile de Luc (9
: 10-50), la multiplication des pains, la profession de foi
de Pierre, la Transfiguration et les quatre épisodes
qui suivent forment un cycle complet auquel l’évangéliste
donne une valeur essentielle dans l’ensemble de son évangile.
Luc parle ici non à titre d’historien, mais
de théologien. Il définit le contexte dramatique
de la multiplication des pains : fin du ministère
en Galilée, atmosphère de crise et perspective
de la passion ; mais il en donne également le sens.
Six récits évangéliques racontent cette
multiplication des pains : Mt.14 : 13-21 et 15 : 32-39 ;
Mc. 6 : 30-40 et 8 : 1-10 ; Lc. 9 : 10-17 et Jn. 6 : 1-15.
Selon les exégètes, il ne peut s’agir
ici de six événements différents, mais
seulement de deux. En vérité, ce sont deux
catéchèses autour d’un seul incident
rapporté en fonction de la pratique sacramentelle
de l’église primitive, de sa foi et de ses célébrations
cultuelles. Il s’agit là d’un acte assez
significatif pour que tous puissent y reconnaître un
gage des temps nouveaux, une action dont le sens profond
ne pourra être perçu que dans la lumière
de la foi pascale. De fait, le « signe «, pour
reprendre l’expression de Jean, suscite dans la foule
un enthousiasme messianique. À nous de toujours lire
l’évangile non comme un grand livre d’histoire,
mais comme une catéchèse, mémoire de
la résurrection du Christ.
Les foules
ont suivi Jésus et ce dernier les accueille.
C qui ressort en premier lieu de l’événement
est que la bonté de Jésus répond à l’attente
et à la recherche des hommes. Leçon pour les
futurs missionnaires ! La foule se trouve rassemblée
dans une communauté de table, signe du peuple nouveau
et du banquet final où « les pauvres mangeront
et seront rassasiés ». Il importe de retenir
que ce passage de Luc est certes plus apparenté au
merveilleux épisode des disciples d’Emmaüs
(24 : 13-34) qu’à l’institution de l’Eucharistie.
Jésus est passé parmi nous en nous offrant
sa Parole en nourriture, « pain de vie », il
nous rassasie de la connaissance de Dieu et en donne des
signes et des gages de ce qu’il apporte. Les écritures
rendent témoignage au Christ, ce qui n’empêche
l’Eucharistie de demeurer le lieu de rencontre privilégié du
Ressuscité.
Au moment
où nous évoquons l’Eucharistie,
fête du Saint Sacrement, centre de la vie chrétienne,
Luc présente les exigences d’un engagement à la
suite du Maître : service fraternel dans l’humilité et
fidélité de chaque jour. Mais avant tout, il
importe de prendre place au repas sur l’herbe auquel
Jésus nous convie pour ouvrir nos cœurs et nos
esprits à sa bonté, redécouvrir le sens
incommensurable de sa présence et retrouver le force
de reprendre avec lui la montée vers Jérusalem
: « Nul n’a plus d’amour que celui qui
donne sa vie pour ceux qu’il aime ». Telles sont
les provisions de route dont il faut nous munir.
|