Texte
évangélique
Evangile
de Jésus Christ selon saint Jean (8:1-11)
Jésus s’en
alla au Mont des Oliviers. Mais, dès l’aurore,
il parut à nouveau dans le Temple et tout le peuple
venait à lui. Il s’assit donc et se mit à les
enseigner. Les scribes et les Parisiens lui amenèrent
alors une femme surprise en adultère et, la plaçant
bien en vue, disent à Jésus : « Maître,
cette femme a été surprise en flagrant délit
d’adultère. Moïse nous a prescrit dans
la Loi de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en
dis-tu ? » Ils disaient cela pour lui tendre un piège
afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, se baissant,
se mit à écrire avec son doigt sur le sol.
Comme ils insistaient, il se redressa et leur dit : « Que
celui de vous qui est sans péché lui jette
la première pierre ! » Et se baissant à nouveau,
il se remit à écrire sur le sol. À ces
mots, ils se retirèrent un à un, à commencer
par les plus vieux; et Jésus resta seul avec la femme
qui était toujours là. Alors, se redressant,
il lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne
ne t’a condamnée ? » - « Personne,
Seigneur, répondit-elle. » - « Moi non
plus, lui dit Jésus, je ne te condamne pas. Va, et
désormais ne pèche plus ».
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Commentaire
u
n’es pas un juge qui condamne mais un Sauveur » réfléchissait
Narek (Livre de prières). Deux vérités
ressortent de ce face à face entre la misère
humaine et la miséricorde divine : la venue de Jésus
ne condamne personne, mais juge ceux qui s’obstinent à marcher
dans les ténèbres et rejettent la tendresse
du Père ; la miséricorde divine est au centre
de l’histoire du salut. La réflexion des dimanches
précédents sur la miséricorde divine
se prolonge donc en ce jour, mais cette fois en nous mettant
en cause. (Jn 3 : 16-21)
Jean
est-il bien l’auteur de cet épisode. Il
semble, au dire des exégètes, que le passage
de Jean (7 : 53 à 8 : 11) ne faisait pas partie du
texte johannique dans sa version originale. Il conviendrait
davantage d’en attribuer la rédaction à saint
Luc, « évangéliste de la miséricorde ».
C’est son style, son vocabulaire et l’un de ses
objectifs. Il demeure toutefois que la négation de
l’authenticité johannique de ce passage ne lui
enlève aucune autorité et historicité.
Deux parties constituent le récit : la réponse
de Jésus aux délateurs, ses adversaires juifs
soucieux de le prendre en faute, et le pardon accordé à la
femme dénoncée. La préoccupation des
ennemis de Jésus soucieux de le prendre en faute pour
le faire condamner était de faire éclater l’opposition
entre Jésus et la Loi de Moïse. Tel était également
leur objectif lorsqu’ils accusèrent Jésus
d’une guérison le jour du sabbat ou le questionnèrent
sur l’obligation de payer le tribut à César.
L’évangéliste a ici le génie de
transformer l’insidieuse question posée à Jésus, « Et
toi qu’en dis-tu ? » en une démonstration
de sa thèse fondamentale : la miséricorde du
Seigneur. Mais pourquoi ce texte s’est-il finalement
retrouvé dans l’évangile de Jean ? On
y voit un Jésus si bien décrit à travers
cet œuvre : un être à la fois calme et
majestueux. L’affrontement de la pécheresse
et de Jésus est également d’une beauté dramatique
incomparable : le face à face entre la misère
et la miséricorde. Même si la justice de Jésus
ne minimise point la faute, sa miséricorde prend une
ampleur incommensurable.
Le prélude à l’action présentée
ici décrit le rythme d’un enseignement apostolique
: le tout débute dans la prière, source de
fécondité pour la prédication. Mais
dans la foule, l’ennemi attend pour confondre Jésus,
un groupe de scribes et de Pharisiens qui traînent
avec eux une femme prise en délit d’adultère
et déjà condamnée dans l’esprit
de ces hommes de Loi. Ils veulent voir quel parti va prendre
le Maître : celui de la Loi de Moïse ou de la
miséricorde. La Loi frappait de peine de mort le ou
la coupable d’adultère ( Lc. 20 : 10 ). Si Jésus
ne prend pas parti pour la Loi, on l’accusera de transgresser
la sacro-sainte institution judaïque; si au contraire
il tranche en faveur de la Loi, sa réputation et sa
doctrine sur la miséricorde seront gravement compromises.
L’auteur ne dissimule point les intentions perverses
des accusateurs : « lui tendre un piège afin
de pouvoir l’accuser ».
« Moi, je ne juge personne » avouera Jésus
(8 : 15). Se penchant, il pose un geste évasif en
feignant d’écrire sur le sol. Les témoignages
contradictoires soucieux d’interpréter ce geste
et voire même de lire en retrait les écritures
demeurent de pures hypothèses. La littérature
arabe rappelle qu’un geste identique signifie habituellement
le désintéressement d’une affaire. La
réponse de Jésus sera dans la ligne de la Loi
: « Que le témoin soit le premier à lapider
le coupable » (Dt. 13 : 9-10). Derrière la lettre,
il y a l’esprit de la Loi. Jésus déplace
le problème pour le porter au plan de la conscience
des accusateurs, « tribunal de chacun », pour
reprendre l’expression de Riccioti (Vie de Jésus
Christ). Jésus met en relief la nécessité pour
chacun de veiller à l’intention qui le pousse à agir.
Cet appel à la conscience résume bien la doctrine
de Jésus (Mt. 7 : 1-15) Il base son plaidoyer sur
la Loi qui en appelle à la responsabilité du
témoin, et ce faisant, il fait découvrir des
dimensions nouvelles de la Loi. L’amour du prochain
comme soi-même n’empêche pas de voir la
gravité de la faute d’autrui, mais exige qu’on
le traite avec justice, à condition cependant de mettre
avant tout de l’ordre dans sa propre conscience.
Misera
et misericordia : tout est résumé dans
ce face à face, non seulement le sens de l’épìsode
mais aussi la raison d’être de la mission de
Jésus en ce monde : « Dieu a enfermé tous
les hommes dans la désobéissance pour faire à tous
miséricorde » ( Rom. 11 : 32). « Personne
ne t’a condamnée, moi non plus je ne te condamne
pas ». Ce qu’il a réussi dans le monde
des témoins, Jésus doit maintenant le vivre à la
face du monde. Tel est le sens profond de la demande du Pater
: « Remets-nous nos dettes comme nous remettons à ceux
qui nous doivent ». Sans dénuer la gravité de
la faute, Jésus pardonne et adresse à la femme
l’avertissement : « Va et désormais ne
pèche plus ! » La générosité du
pardon divin doit amener une résolution qui engage
l’avenir : pardonne-nous comme nous pardonnons.
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