Texte
évangélique
Evangile
selon saint Luc (24, 46-53)
Jésus
dit à ses disciples
: « Ainsi était-il écrit que le Christ
souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le
troisième jour, et qu’en son Nom le repentir
en vue de la rémission des péchés serait
proclamé à toutes les nations à commencer
par Jérusalem. De tout cela, vous êtes les témoins.
Pour moi, voici que je vais envoyer sur vous ce que mon Père
a promis. Vous donc, demeurez dans la ville jusqu’à ce
que vous soyez revêtus de la force d’en Haut.
Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant
les mains, il les bénit. Or, tandis qu’il les
bénissait, il se sépara d’eux et fut
emporté au ciel. Pour eux, s’étant prosternés
devant lui, ils revinrent à Jérusalem en grande
joie, et ils étaient constamment dans le Temple à louer
Dieu.
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Commentaire
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d’ombres autour de ce mystère de l’Ascension,
article de notre Credo ! L’événement
a-t-il vraiment eu lieu, quand et comme s’est-il
produit ? Deux versions peuvent se retrouver dans l’œuvre
de Luc, historien consciencieux : celle des Actes des Apôtres
(Ac. 1 : 8-11 ) et celle de l’évangile (Lc.
24 : 50-53) . Comment alors expliquer le double récit
en deux œuvres du même auteur destinées à former
un tout ? Certains prétendent que le texte de l’évangile
sur lequel nous nous penchons serait tardif et d’une
main anonyme. Comment expliquer aussi que d’une part,
dans l’évangile, le même auteur présente
l’événement dans la nuit ou au lendemain
de Pâques, et que d’autre part, dans le Livre
des Actes, il le situe quarante jours plus tard ? Le premier
récit déroule l’événement
avec la plus grande discrétion, alors que le second,
celui des Actes, suppose un scénario grandiose.
Faut-il croire tout simplement à un complément
d’information entre les deux rédactions ?
Devons-nous nous contenter de croire que la version évangélique
présente l’apothéose du Christ alors
que celle des Actes inaugure le temps de l’église
? Quel message Luc a-t-il voulu partager avec les siens
dans ce bref récit de l’Ascension du Seigneur
: « Il se sépara d’eux et fut emporté au
ciel. »
L’évangéliste a coulé son récit
dans un cadre chronologique de 24 heures. Précédaient
l’apparition aux femmes, l’histoire prolongé d’Emmaüs
et l’apparition aux apôtres. « Telles sont
les paroles que je vous ai dites quand j’étais
encore avec vous… Il faut que s’accomplisse tout
ce qui est écrit de moi … » (Lc. 24 :
43+) Après l’événement pascal,
ne serait-il pas légitime de croire que Luc revient
aux faits de la vie de Jésus pour en découvrir
la signification ? L’important est maintenant de se
rappeler ; avec sa génération, l’auteur
remémore, médite, entre dans une intelligence
plus profonde des mystères du Christ avec la conviction
que tout cela lui vient du Seigneur lui-même et de
l’Esprit qu’il a promis. L’événement
passé, les Apôtres se souviennent de tout l’enseignement
de Jésus et découvrent dans les textes d’hier,
l’Ancien Testament, une raison de comprendre et d’expliquer
les événements du jour. Déjà Jésus
avait tenté d’interpréter les écritures
pour les disciples d’Emmaüs, « esprits sans
intelligence et lents à croire » ( Lc. 24 :
25-27). Jésus ressuscité va ouvrir l’intelligence
des siens à la compréhension des écritures.
Pâques change tout pour les disciples, l’histoire
prend un nouveau visage et les mots une nouvelle signification.
Le Christ est venu, écrit saint Paul aux Corinthiens,
enlever le voile qui obscurcit la pensée et empêche
de comprendre ( 2 Co. 3 : 14-16) « Je vous enverrai
l’Esprit de Vérité qui vous rappellera
tout et vous fera comprendre bien autres choses encore. »
« Ainsi est-il écrit ». La correspondance
entre les écritures d’hier et les événements
d’aujourd’hui, la Passion et la Résurrection,
n’est pas due au hasard. Ce sont les écritures
qui ont aidé les Apôtres à accepter la
Résurrection comme telle, c’est le Dieu de « nos
pères » qui a ressuscité Jésus
(Ac. 3 : 13). L’événement pascal a fait
entrer les Apôtres conduits par l’Esprit de Vérité dans
la plénitude du mystère de Jésus. En
le ressuscitant « Dieu l’a fait Seigneur et Christ » (Ac.
2 : 36), en exaltant son Fils, Dieu lui a donné le
Nom qui est au-dessus de tout nom, le nom de Seigneur qu’il
est seul à porter et que tous sont invités à vénérer.
C’est au nom de Jésus-Sauveur que le salut est
annoncé, et en ce nom, la rémission des péchés
est annoncée. L’homme pécheur doit se
convertir, condition pour que l’œuvre de Dieu
soit efficace dans sa vie. Toutes les nations sont appelées
au salut. Le récit de la Pentecôte nous en donne
un aperçu : des hommes de toutes nationalités,
races, peuples et nations. Mais tout se réalisera à partir
de Jérusalem : toute la vie rédemptrice de
Jésus constitue une lente et grandiose montée
vers Jérusalem. C’est là que Jésus
doit être enlevé de ce monde, quitter ce monde
(Lc. 9 : 51). Les Apôtres devront demeurer à Jérusalem
jusqu’à la réception de l’Esprit
(24 : 29) et la prédication débutera par Jérusalem
puis dans toute la Judée et la Samarie jusqu’aux
confins de la terre (Ac. 1 : 8). « Les apôtres
en seront les témoins », ils ne présenteront
point des hypothèses, mais la réalité,
l’expérience. Ils ont accompagné Jésus
depuis son baptême jusqu’à sa résurrection.
(Ac.1 : 21) Témoignage historique, c’est aussi
un témoignage de foi. Le raisonnement n’a pas
suffi face à la résurrection, il fallait la
foi et ce ne fut pas facile (Lc. 24 : 11,38,41; 24 : 25)
L’ESPRIT
SAINT
« Demeurez jusqu’à ce que vous soyez
revêtus de la force d’en Haut. » Pour l’évangéliste,
l’Esprit est une force d’où émaneront
toutes les énergies apostoliques et non moins les
entreprises humaines, insensées et inexplicables du
Livre des Actes. Il leur permettra de vivre dans la foi l’expérience
de la séparation : « Jésus se sépara
d’eux et fut emporté au ciel. » Après
les apparitions pascales, suivit la disparition définitive
et mystérieuse de Jésus. L’ont-ils vraiment
vu s’élever dans le ciel, comme fut racontée
l’ascension du prophète élie : « Elie
et élisée marchaient en conversant. Or voici
qu’un char de feu et des chevaux de feu se mirent entre
eux deux et élie monta au ciel dans un tourbillon. » (2
Rois 2 : 11-12) Dans la foi et l’exaltation de la venue
de l’Esprit, les Apôtres furent prompts à figurer
ce départ mystérieux du Christ et raconter
la réalité en s’inspirant sans doute
du départ majestueux du prophète élie.
Le Christ n’avait-il pas annoncé un jour : « Je
pars et je vais vers mon Père. » Le récit
de Luc s’achève en liturgie du Temple : louange
et bénédiction qui ne cessent d’enluminer
son évangile (1 : 14.28 ; 2 : 10). Et le tout se termine
là où il avait commencé (1 : 5+)
Il n’est pas déplacé de croire que c’est
dans la foi plus encore sous la mouvance de l’Esprit
que Luc a vécu la glorification de Jésus. Ce
n’est pas tellement de l’histoire que nous devons
nourrir notre foi pascale que des écritures et d’une
lecture constamment renouvelée par le don de l’Esprit
qui « vous rappellera tout ce que je vous ai enseigné et
vous apprendra bien autres choses encore. »
Notre maître d’histoire, l’Esprit du
Père et du Fils. .
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