Texte
évangélique
Evangile
selon saint Jean (14, 23-29)
Judas – ne
pas confondre avec Judas Iscariote – lui dit : « Seigneur,
comment se peut-il que tu doives te manifester à nous
et non pas au monde ? » Jésus lui répondit
: « Si
quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père
l’aimera, nous viendrons à lui et nous ferons
chez lui notre demeure. Celui qui ne m’aime pas ne
garde pas mes paroles. Ma parole n’est pas mienne,
c’est la parole de celui qui m’a envoyé.
Je vous ai dit ces choses alors que je demeurais avec vous.
Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra
en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout
ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix, je vous donne
ma paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne.
Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre.
Vous avez entendu, je vous l’ai dit : Je m’en
vais et je reviendrai vers vous. Si vous m’aimiez,
vous vous réjouiriez de ce je vais au Père
parce que le Père est plus grand que moi. Ainsi je
vous l’ai dit avant que cela n’arrive, pour qu’à l’heure
où cela arrivera vous croyez. »
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Commentaire
vant
tout, voyons la mise en situation de ce passage. Le chapitre
14e de l’évangile selon saint Jean présente
davantage la pensée, l’esprit et la foi de
l’église primitive que le « Discours
d’adieu » dont il fait partie. D’ailleurs
les chapitres 15e et 16e ont du être introduits par
la suite dans le discours après la Cène.
Quant au chapitre 17e, on peut le situer avant la mort
de Jésus aussi bien qu’après sa résurrection.
Il est comparable au Prologue de l’évangile
qui exprime en sa totalité le sens de la venue de
Jésus en ce monde. L’évangile de ce
dimanche, un passage du chapitre 14e, la conclusion pourrait-on
dire, rappelle les venues divines promises aux croyants
et les adieux de Jésus.
Tout
débute avec la question de Jude : « Comment
se fait-il … ? » Les Juifs et non moins les apôtres
rêvaient d’une venue triomphale du Messie, théophanie éblouissante,
manifestation perceptible aux sens (Is. ch. 55 +). La réponse
de Jésus semble ignorer la question. De fait, posée
par Jude, l’interrogation lui donne l’occasion
d’introduire avant tout dans sa révélation
une présence divine autre que celle manifestée
durant sa vie terrestre, et en outre la venue de l’Esprit,
le Paraclet, le défenseur. Mais une condition, une
certaine conduite est préalable à cette venue
divine et cet accueil de Dieu : recevoir la Parole dans la
foi et y répondre dans l’amour. Rien de bien
nouveau à cette exigence ; le prophète Osée
en avait déjà exprimé la teneur : « Je
te fiancerai à moi pour toujours, dans la justice
et le droit, la tendresse et l’amour, je te fiancerai
dans la fidélité et tu connaîtras Yahvé. » (Os.
2 : 21-22). Ainsi que l’annonce Jésus, l’Esprit
viendra et rappellera tous les enseignements et particulièrement
celui qui dévoile une incomparable intimité du
fidèle avec le Père. Il ne s’agit plus
ici de l’amour de Jésus pour les siens, mais
de l’amour du Père qui avec le Fils vont faire
du fidèle leur demeure et leur Temple (4 : 21-24).
Cette venue sera nettement supérieure aux visites
de Dieu à son Peuple, comme à Abraham au chêne
de Mambré (Gn. 18 : 1-15) et aux Prophètes
médiateurs d’une venue triomphale, visites qui
ne laissaient que peu d’intimité entre le Père
et les siens. Jésus, lui, promet une communion personnelle
avec Dieu en sa vie trinitaire. Cela dépasse tous
les rêves passés. Mais cette venue demeurera
inaccessible à qui refusera d’aimer le Fils
et ne gardera pas ses paroles. Par ce rejet, il ne peut dès
lors connaître le Père, source de la Parole.
Jésus ne se manifestera qu’aux croyants.
S’achève le temps de la présence visible
de Jésus sur terre ; viendra un temps nouveau où Jésus
ne sera présent que par sa Parole, gardée et
portée par l’Esprit mémoire de la Parole
de Dieu. Durant sa vie terrestre, Jésus avait prononcé « les
paroles d’un Dieu qui lui donne l’Esprit sans
mesure » (Jn. 3 : 34). Ces paroles sont « Esprit
et Vie » (Jn. 6 : 63). Si l’Esprit rappelle les
Paroles prononcées par Jésus durant sa vie
terrestre, ce n’est pas simple mémorisation,
mais saisie en profondeur (Jn. 2 : 22 ; 12 : 16). Jésus
met ici en relief son enseignement propre et aussi l’enseignement
du Paraclet, d’un autre ordre que le sien. Deux étapes
sont donc ici soulignées, deux grandes périodes
de la révélation : la première constituée
par l’enseignement de Jésus, la seconde par
celui de l’Esprit, même s’il faut retenir
que la révélation apportée par Jésus
demeure totale et définitive : « Il vous enseignera
tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit ».
Il ne s’agit point ici de nouvelles révélations
dues à l’Esprit ainsi que le crurent les Montanistes
au début de l’église ou le courant spiritualiste
de Joachim de Flore au Moyen-âge. L’Esprit ne
conduit pas au-delà du Christ, le Paraclet n’apporte
pas un nouvel évangile : le rôle de l’Esprit
demeure subordonné à la révélation
apportée par le Christ. L’Esprit enseignera
en parfaite continuité avec la révélation
du Fils et il rappellera tout ce qu’a dit Jésus.
A combien de reprises n’est-il pas question en saint
Jean du fait que les disciples se souvinrent de telle ou
telle parole ou action du Maître, mais ils n’en
saisirent le vrai sens qu’après la Résurrection.
L’Esprit fait comprendre de l’intérieur
la geste de Jésus; le message cesse donc de demeurer
extérieur, l’Esprit l’intériorise
en chacun.
Le passage
se termine avec les adieux de Jésus, qu’ouvre
la salutation traditionnelle dans le monde orientale : « Shalôm
! La paix soit avec vous !» Il ne s’agit pas
ici d’une banale salutation mondaine, mais du don le
plus précieux de Messie (Is. 9 : 5-6 ; 11 : 1-11),
la paix chantée par les anges dans la nuit de Bethléem
et le premier mot du Ressuscité (Jn. 20 : 19,21,26)
Mais, cette salutation n’est pas de nature à rassurer
les disciples envahis par la détresse due à l’imminence
du départ de Jésus. Ils le sentent bien ; alors
que vont-ils devenir ? Pour les arracher à l’égoïsme
de leurs craintes personnelles, Jésus fait appel à l’amour.
L’épreuve du départ sera pour Jésus
un moyen de rassurer la foi des siens. S’il doit subir
la Passion, c’est qu’il ne la subit pas, mais
la vit en maître et vainqueur (13 : 19)
Promesse
de joie pascale, visites annoncées, telle
est la teneur de ce « Discours d’adieu »,
l’heure de la reconnaissance du mystère et de
la prière efficace de Jésus. Telle sera la
révélation de l’absence mais non moins
de la présence de Jésus aux siens. Sa présence
ne sera pas seulement assurée par quelques apparitions
pascales réservée à quelques témoins,
mais elle est sans cesse et partout offerte à la foi
de celui qui le cherche. Disparu à nos yeux, échappant
aux limites de l’espace et du temps, Jésus sera
présent à tout jamais à la manière
de Dieu (Mt. 28 : 20)
Après les célébrations et apparitions
pascales et le départ de Jésus, une autre visite
s’annonce. «
Devine qui vient …».
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