Texte
évangélique
Evangile
de Jésus Christ selon saint Luc ( 1: 1-4 ; 4:14-15)
Puisque
beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont
accomplis parmi nous, tels que nous les ont transmis ceux
qui furent dès le début témoins oculaires
et serviteurs de la Parole, j’ai décidé,
moi aussi, après m’être informé soigneusement
de tout depuis les origines, d’en écrire pour
toi, illustre Théophile, l’exposé suivi,
afin que tu te rendes bien compte de la solidité des
enseignements que tu as reçus… Jésus
revint alors en Galilée avec la puissance de l’Esprit,
et sa renommée se répandit à travers
toute la région. Il enseignait dans leurs synagogues
et tous célébraient ses louanges. Il vint à Nazareth
où il avait été élevé,
entra, selon sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue
et se leva pour faire la lecture. On lui présenta
alors le livre du prophète Isaïe ; déroulant
le livre, il trouva le passage où il est écrit
: « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il
m’a consacré par l’onction. Il m’a
envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer
aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la
vue, rendre la liberté aux opprimés, proclamer
une année de grâce du Seigneur ». Il replia
le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous dans
la synagogue avaient les yeux fixés sur lui. Alors,
il se mit à leur dire : « Aujourd’hui
s’accomplit à vos yeux ce passage de l’écriture ». |
Commentaire
imanche
de l’évangile , ainsi pourrait-on qualifier
ce jour : il comporte en effet, de l’évangile
selon saint Luc, le bref mais éloquent prologue
(1 : 1-4 ) et introduit la première grande section
de son oeuvre : le ministère de Jésus en
Galilée ( 4 : 14-15). Pour bien situer l’auteur
et son message, vous pouvez relire le commentaire sur le
site « Spiritualite2000 », dans « Archives » :
Année C (2002), 3e dimanche ordinaire.
Luc est
celui que l’on appelle l’ « évangéliste
de la miséricorde ». Nous trouvons dans son évangile
nombre de paraboles à cet effet : le publicain, l’enfant
prodigue, et les épisodes de la pécheresse,
de Zachée et du bon Larron. Et immédiatement
après la résurrection, revêtus de la
force de l’Esprit, les Douze se mettent à prêcher
la conversion (24 : 47). Comme écrivain sacré,
Luc a grand soin d’insister sur la précision
des faits arrêtés grâce à ses recherches
d’historien consciencieux. Chacun de ces faits et gestes
de Jésus est pour lui porteur d’un sens pour
tous les « Théophile », ce nouveau converti,
juif, héritier des messages prophétiques que
la personne et l’œuvre de Jésus accomplissent
(4 : 21 et 24 : 44). Cette précision concernant Théophile,
destinataire de tout l’œuvre de Luc, tant l’évangile
que les Actes des Apôtres (Lc. 1 : 3 et Ac.1 : 1),
prouve l’importance de l’objectif poursuivi par
l’évangéliste : Théophile est
sans doute d’une position sociale élevée
et païen converti. Luc voulait-il inviter son confident à faire
connaître le livre en milieu païen, c’est
plus que probable.
Le but
de l’évangéliste devient avec
l’introduction à la première grande section
de son évangile (4 : 14 à 9 : 50) celui-là même
de Jésus. Ce dernier entre dans la synagogue de Nazareth
et se définit en proclamant sa mission future. C’est
l’Esprit qui le pousse sur les routes des hommes, cet
Esprit venu sur lui lors de son baptême au Jourdain
(3 : 21). Jésus sera comme saisi, conduit par cette
force ( 3 : 22, 23, 46), et dans ce court passage (14-15
) sont décrits les effets de cette puissance surnaturelle
agissant en Lui. On ne saurait dire quel pouvait être
le contenu de la prédication de Jésus, si l’on
compare avec Marc ( 1 : 14-15 ) et Matthieu ( 4 : 17 ) ;
mais chose certaine, c’est à l’intérieur
de la Galilée que Jésus oeuvra avant de revenir à Nazareth.
Cette « heure de Nazareth », début du
ministère de Jésus, sonne comme « une
année de grâce du Seigneur ». L’expression
empruntée à Isaïe a de quoi nous saisir.
C’est comme si l’éternité faisait
irruption dans le temps des hommes, décomposée,
exposée année après année, jour
après jour. Un texte de Paul aux éphésiens
illumine notre existence comme l’éclair en plein
ciel un jour d’orage : « Béni soit le
Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ
qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions
spirituelles aux cieux dans le Christ. C’est ainsi
qu’il a nous a élus en lui, dès avant
la création du monde pour être saints et immaculés
en sa présence, dans son amour…Tel fut le bon
plaisir de sa volonté à la louange de gloire
de sa grâce dont il nous a gratifiés dans le
Bien-Aimé… » (Eph. 1 : 3 +). Combien séduisant
peut être cette pensée de l’intrusion
de l’éternel amour de Dieu dans le temps des
hommes dont il transfigure chacune des unités de temps
en « An de grâce ». Plus jamais de désespérance,
plus jamais de condamnation sans retour, mais à chaque
jour sa miséricorde, sa tendresse, son pardon.
An
de grâce, jour de grâce : tel pourra devenir
après ce « jour de Nazareth », l’agenda
de notre quotidien. |