Commentaire
a
grande montée vers Jérusalem ( 9 : 51 - 18
: 14) revient un peu comme un refrain pour donner sens
aux diverses épisodes qui en marquent les étapes.
Pour l’auditoire de Luc, la mention des Samaritains
prouve comme une avancée du christianisme et l’avènement
du Royaume de Dieu. Les Samaritains ne sont déjà plus
les Juifs au sens religieux du terme, ce sont des non juifs,
des païens. Le récit de cette guérison
des dix lépreux est situé entre une question
des apôtres sur la foi et la demande des Pharisiens
sur la venue du Royaume de Dieu parmi vous. Là où se
trouve Jésus, il accorde le salut grâce à la
foi, et là se trouve le Royaume de Dieu.
La foi des lépreux est tout simplement admirable
: quatre mots pour une prière : « Jésus,
maître, aie pitié de nous ». « Jésus » , « nous »,
que suggérer de plus comme essentiel de la prière.
Le « nous » au lieu du « je » : communion,
solidarité dans l’épreuve et la souffrance.
L’adresse particulière à Jésus
est rare ; Luc l’utilise dans ce cas-ci ainsi que sur
les lèvres du bon larron ( 23 : 42) : « Jésus,
souviens-toi de moi ». Ce simple mot « Jésus »,
l’église orientale en fera la « Prière
de Jésus », prière toute simple de spiritualité byzantine,
que le moine ou le croyant répète tout au long
du jour au rythme de sa respiration. « Tu l’appelleras
du nom de Jésus, avait dit l’ange Gabriel à Marie,
ce qui veut dire Sauveur ». Et le terme « maître » qui
suit immédiatement dans la prière des lépreux
définit leur foi en celui qui est maître des éléments
et commande aux puissance infernales.
« Aie pitié de nous ». Appel à ce
Dieu tel que vu par Moïse : « Dieu éternel
et plein de grâces, riche en tendresse et fidélité » (Ex.
34 : 6). La conception que le prophète Osée
se faisait de Dieu, son expérience de Dieu à travers
l’expérience de son cœur. La tendresse
entre les fiancés, tendresse que nous retrouvons dans
les cantiques « Benedictus » et « Magnificat ».
Telle est la foi des dix lépreux et l’expression
de leur prière.
Le récit de la guérison nous reporte à la
guérison de Naaman, le syrien guéri par élisée
(2 R. 5). En accomplissant l’ordre de Jésus,
- « Allez vous montrer au prêtre » - les
lépreux prouvent leur foi et obtiennent ainsi leur
guérison : « Heureux qui écoute la parole
de Dieu et la met en pratique » (11 : 28). « L’un
d’eux » revint sur ses pas pour rendre gloire à Dieu.
Mais qui était Jésus pour le Samaritain ? Un
prophète ? Le messie tant attendu ? « Il tomba
la face contre terre aux pieds de Jésus et lui rendit
grâce ». Gardons-nous bien de croire que les
neuf autres lépreux n’aient eu aucune reconnaissance
envers Jésus même s’ils ne reviennent
pas. Cela n’est insinué nulle part. Luc veut
simplement nous rappeler que le lieu où rendre gloire à Dieu,
c’est auprès de Jésus. On se croirait
au puits de Jacob avec la Samaritaine (Jn. 4 : 20-26).
C’est un Samaritain, précise l’évangéliste
: « Ne s’est-il trouvé pour rendre gloire à Dieu
que cet étranger ? », un frère séparé,
un païen. La mission aux païens fait partie intégrante
de la mission de Jésus ; à l’église
de l’accomplir. Jésus a certes accompli la première
partie de la mission, en commençant par Jérusalem
; l’église est chargée de la seconde.
Mais ce salut, tant chez les Juifs que chez les Samaritains
ne s’accomplira que par la foi. « Relève-toi,
pars ; ta foi t’a sauvé.»
« Ta foi t’a sauvé » : le miracle
a donné au Samaritain l’occasion, la grâce
d’une foi plus profonde, susceptible de lui obtenir
un plus grand résultat : le salut. Réponse à la
demande des apôtres : « Seigneur augmente-en
nous la foi ».
Nous sommes sauvés par la foi qui que nous soyons
: juifs ou païens. L’effort humain est louable,
c’est ce dont témoignera le Pharisien dans sa
prière au temple ; mais la justice qui vient de Dieu
est plus que tout cela. « Tout est grâce »,
nul n’est sauvé parce qu’il fait quelque
chose, mais parce qu’il laisse Dieu faire quelque chose
en soi.
Bienheureux samaritain qui revint sur ses pas : son retour
lui valut le salut en plus de sa guérison !
|