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temps perdu de Yolande Boinnard, théologienne suisse
et formatrice d’adultes, est un ouvrage nourri de la
Bible, de la littérature juive et des sciences humaines
(psychanalyse, sociologie, philosophie). La réflexion
de l’auteure s’ancre au départ dans une
prise de conscience fondamentale concernant la place du travail
dans nos vies. Nos sociétés occidentales valorisent
plus que tout le travail, la production, les activités
économiques. Le rythme de vie devient frénétique,
voire épuisant. Les dimensions positives du travail,
soit la créativité et l’accomplissement
personnel, s’atténuent et parfois disparaissent
complètement lorsque les activités professionnelles,
productives et performantes en viennent à prendre toute
la place. Lorsque l’identité et la valeur d’une
personne ne se définit que par le faire, il devient
de plus en plus difficile d’être, de ressentir
le simple fait d’exister, de se retrouver soi-même
et de vivre des relations non utilitaires avec les autres.
Il en résulte un vide lancinant et une perte de sens
qu’il est plus facile de se camoufler que de regarder
en face.
Yolande
Boinnard propose un antidote riche de tradition à l’envahissement
par le travail : la pratique du Shabbat. Elle prend appui
sur les textes bibliques de l’Ancien et du Nouveau Testament
pour approfondir le sens de cette pratique. On y découvre
que Jésus dénonçait le légalisme
de ses contemporains, non pour abolir le Shabbat mais pour
en retrouver l’inspiration première. Il s’agit
de s’arrêter dans la gratuité pour recevoir
la vie comme un cadeau de Dieu à contempler, pour goûter
à la liberté profonde de lâcher prise
par rapport à toute forme de souci. L’auteure
puise largement dans le Talmud et d’autres écrits
de la littérature juive pour renouer avec la spiritualité
du Shabbat, qu’on a méconnue et négligée
dans l’histoire du christianisme.
Le
livre propose des pistes souples pour intégrer pratiquement
la spiritualité du Shabbat dans nos vies trépidantes.
Rien de technique ou de contraignant : c’est avant
tout un esprit à cultiver ainsi qu’une volonté
de se réserver du temps pour s’arrêter,
dans la solitude et avec ses proches. Enfin, dans le dernier
chapitre, la tradition du Shabbat est mise en confrontation
avec le néolibéralisme économique ambiant
afin de dégager de possibles voies collectives de changement.
Voilà un ouvrage à privilégier dans ses
lectures d’été, pour y découvrir
un nouveau sens à donner à ses vacances et pour
se préparer à changer ses habitudes de vie,
une fois retourné au travail. 
Boinnard,
Yolande, Le temps perdu, Saint-Maurice (Suisse), éditions
Saint-Augustin, 2003, 366 pages.
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