ne
amie a accouché de son premier bébé tout
dernièrement. Elle raconte fièrement: Manuel
nous a fait son premier sourire hier! Amélie, sa cousine,
fait déjà ses premiers pas. Tobias et Marjorie
sont assez grands maintenant pour aller à l’école.
Ils ont bien hâte de commencer tous les deux. Tout est
prêt pour le grand jour. Pour la première fois,
le petit Jérémie a réussi à faire
une boucle avec ses lacets. Cyrille, plus âgée,
a rédigé sa première composition. Gaétan
commence l’anglais cette année. Pour Jaëlle,
ce sera le piano. Et puis il y a maman qui commence un nouveau
travail cette semaine. Papa a décidé de commencer
à s’entraîner cette année. Et puis
imaginez : grand-mère débute un nouveau
cours! Elle retourne à l’école!
La
nouveauté des commencements nous stimule. Le neuf porte
toute la densité de nos désirs, en même
temps que ses promesses d’avenir nous donnent des ailes.
Même lorsque nous l’anticipons, le neuf suscite
la surprise; il dévoile l’inattendu, voire l’inespéré.
Les
enfants vivent constamment du neuf. Leur existence est encore
toute neuve. « Qu’est-ce que l’enfant?
Un être qui commence », dira Rahner. Selon
lui, l’enfance est plus que promesse d’avenir,
plus qu’un potentiel à développer. Elle
est « un commencement dont la suite (…) est
l’œuvre d’un volonté libre, ce qui
permet à ce commencement de prendre conscience de lui-même ».
L’enfance est encore un commencement dont l’origine
serait à trouver en dehors d’elle-même.
Elle est « un commencement ouvert sur le commencement
des commencements, Dieu, le mystère absolu, l’Etre
inexprimable et éternel ». En ce sens, elle
dévoile quelque chose de la filiation divine.
Faut-il
donc reculer dans l’enfance? Faut-il remonter sa vie
pour retrouver le neuf des commencements? Nicodème,
dans l’évangile de Jean (3,4) posait déjà
la question : « Comment un homme peut-il naître,
étant vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le
sein de sa mère et naître? »
Rahner
suggère : « Nous n’abandonnons
pas notre enfance comme une chose que nous perdrions de vue
au fur et à mesure que nous nous éloignons sur
la route du temps; nous allons au-devant d’elle comme
d’une réalité qui a reçu dans le
temps notre empreinte et celle du salut. (…) Loin de
prendre de la distance vis-à-vis de notre enfance,
nous allons vers son accomplissement éternel, vers
cet état où elle prendra sa valeur définitive
devant Dieu ». Nous avançons vers l’accomplissement
de notre enfance. Nous cheminons, tendus vers l’avant,
vers l’accomplissement de notre état de fils
et fille de Dieu. Ainsi sans cesse, avec notre consentement,
Dieu nous enfante. 
Référence :
Karl Rahner, « Pour une théologie de l’enfance »,
L’Anneau d’Or, 120 / 1964, 428-439.
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