’attente
d’un enfant est un temps plein de mystères pour
les futurs parents et pour leurs proches. Même si l’on
connaît théoriquement le développement
du fœtus grâce aux sciences médicales et
qu’on peut l’observer grâce à l’échographie,
le mystère demeure. Quel sera le visage de ce petit être
humain tout neuf, sa personnalité, son tempérament? À qui
ressemblera-t-il? Quelle ligne de vie sera la sienne? Pendant
les semaines où s’accomplit la gestation, la
mère sent son enfant bouger en elle. Le père
et les proches peuvent parler au fœtus et poser la main
là où l’enfant s’agite. Mais à travers
ces sensations bien particulières, le contact demeure
diffus et voilé.
L’hiver dernier, pendant ma grossesse, j’essayais
de communiquer avec le bébé qui grandissait,
bien caché dans mon ventre. Toutefois, mis à part
les consignes d’hygiène de vie que je respectais,
sachant leurs conséquences possibles sur son développement,
je réalisais souvent à quel point tout se passait à mon
insu, sans que ma volonté ou ma conscience y prenne
part. Oui, la vie est vraiment un pur cadeau que nous recevons
des mains aimantes du Créateur. J’essayais d’imaginer
mon fils et notre vie de famille avec lui, mais mon rêve
n’arrivait pas à percer le secret mystérieux
de son visage et de son âme. Lorsque j’ai enfin
vu le visage de mon fils, il ne ressemblait pas du tout à ce
que j’avais imaginé.
La rencontre avec
l’enfant réel constitue pour
les parents un moment chargé d’attentes et d’émotions.
On n’ose pas assez dire à quel point l’amour
maternel et paternel n’a rien d’automatique.
Certains parents sont immédiatement émerveillés
et attendris devant leur bébé, tandis que d’autres
vivent de la déception, de l’inquiétude
et éprouvent des difficultés à s’attacher à leur
enfant. Quoi qu’il en soit, l’enfant réel
diffère vraiment de l’enfant rêvé.
Il réagit en fonction de ce qu’il est, et non
en réponse aux désirs et aux projections de
ses parents. Il est également fragile, limité et
complètement dépendant.
Néanmoins, aujourd’hui, quand je regarde mon
petit garçon de cinq mois, il demeure mystère
pour moi, au-delà de l’intimité de la
relation qui nous unit. Je connais chaque repli de sa peau.
Je découvre chaque jour ses forces et ses limites.
Mais il change sans arrêt sous mes yeux et le fond
de son être continue de m’échapper. Je
crois que seul le Dieu qui le porte dans sa main peut le
sonder, comme l’exprime le psaume 138 : «Tu
me scrutes, Seigneur, et tu sais! C’est toi qui as
créé mes reins, qui m’as tissé dans
le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige,
l’être étonnant que je suis : étonnantes
sont tes œuvres, toute mon âme le sait.» 
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