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le monde a entendu parler de Stradivarius, ce luthier de Crémone
dont les violons sont aujourd’hui les plus recherchés
du monde pour la richesse de leur sonorité. Des chercheurs
américains viennent de proposer une explication originale
du « secret » du maître (voir
http://www.boisforet-info.com/bfi2/pge_brev_aff.asp?art=2126).
L’Europe a connu, entre le milieu du 15e et la fin du
18e siècle, un climat sensiblement plus froid que d’habitude.
Les hivers plus rigoureux et plus longs ont ralenti la croissance
des arbres. Les anneaux du bois sont plus rapprochés,
ce qui le rend non seulement plus résistant, mais aussi
plus dense. Or, c’est justement entre 1700 et 1720 que
Stradivarius a produit ses instruments.
Ne
peut-on pas y voir une parabole de ce qui se passe dans nos
vies lorsque nous traversons une succession de difficiles
hivers intérieurs ? L’hiver, c’est le climat
au désert et on sait combien, dans toutes les grandes
traditions, le désert peut être un lieu spirituel.
L’épreuve burine. Quand elle se prolonge et qu’on
sait y correspondre, elle parvient à dépouiller
l’être de tout le superficiel. Tout ce qui n’est
pas essentiel est démasqué, se révèle
insuffisant et inconsistant. À force d’être
confrontée à ce qui est foncier dans son humanité,
la personne atteint alors une densité d’être
qui est, en même temps, une simplicité de plus
en plus pure.
Ne
serait-ce pas une clé pour comprendre l’effet
d’attraction qu’exercent les personnes que l’on
qualifie de « spirituelles » parce que,
finalement, la langue n’a pas de mot plus juste pour
parler de cette qualité d’être ? Il s’agit
moins ici, comprenons-nous bien, de personnes qui s’intéressent
au spirituel, écrivent ou dissertent sur le sujet,
animent des sessions ou vivent dans des lieux dont le spirituel
est la raison d’être, tels les monastères.
Non. Il s’agit « des gens sans importance »,
comme les chante Yves Duteil (http://www.paroles.net/chansons/15374.htm),
qui exercent une sorte d’attraction silencieuse auprès
de ceux qui les côtoient.
Chez
ces personnes que la vie a simplifiées et densifiées,
quelque chose respire de la vérité de l’humanité.
Quelque chose émane d’elles. Pour emprunter aussi
bien au langage à la mode qu’à l’univers
du violon, il y a en elles quelque chose qui vibre tellement
qu’en résonance, cela se met à vibrer
aussi en nous. Ces personnes sont des éveilleuses en
ce que la qualité de leur humanité profonde
nous met sur le chemin de notre propre vérité :
elle nous la révèle, nous en donne le désir
et nous stimule à avancer sur les chemins de notre
propre purification. Quand on lit les évangiles avec
ce regard-là, on voit combien Jésus était
une de ces personnes. Admirablement. Ce qui a fait dire à
un théologien moderne : « Seul Dieu
pouvait être aussi humain ».
Si
on se laisse impressionner en entendant une pièce jouée
sur un violon sorti des mains de Stradivarius, c’est
sans doute à cause de la richesse de la partition d’un
Corelli ou d’un Brahms. C’est sûrement aussi
dû au sens musical de l’interprète, à
sa sensibilité et sa maîtrise de la technique.
Mais c’est beaucoup, semble-t-il, grâce à
la qualité de la caisse de résonance qu’est
l’instrument lui-même. Et cette qualité
pourrait dépendre de la rigueur des conditions dans
lesquelles le matériau s’est développé.
Voilà ce que l’hypothèse que nous avons
mentionnée permet d’apprécier.
Pourtant,
les arbres d’où Stradivarius a tiré le
bois de ses violons n’étaient pas élevés
dans des parcs exceptionnels. Pourquoi telle épinette
ou tel érable plutôt que tel autre ? L’arbre
voisin aurait fait tout autant l’affaire. De même,
il ne faut pas s’imaginer que les grands spirituels
étaient prédestinés à être
des êtres exceptionnels ou que leur qualité d’être
s’explique par les lieux ou les influences au sein desquels
ils ont grandi. Cette illusion provient souvent d’hagiographies
écrites par des admirateurs qui ont idéalisé
leur sujet. Les grands spirituels ont été des
hommes et des femmes comme tout le monde qui ont su ne pas
se protéger du caractère rigoureux de l’existence.
Ils et elles n’ont pas fui la face tragique de la condition
humaine, ont, généralement sans les choisir,
accueilli les contrariétés et les épreuves
de leur vie, et se sont laissés lentement densifier
par elles.
« Nous
savons, écrivait Paul au 1er siècle, que la
souffrance produit la patience, la patience produit la résistance
à l’épreuve, et la résistance l’espérance »
(Lettre aux Romains, 5 3-4).
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