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est important, dans la vie spirituelle, de cultiver une attitude
intérieure d’écoute et de réceptivité : « Aujourd’hui,
dit le psaume 95 (v.7), puissiez-vous être à l’écoute
de sa voix ». De son côté, Samuel
avait appris à dire avec beaucoup de simplicité : « Parle,
Seigneur, ton serviteur écoute » (1 S 3
9). Or, il est arrive de temps en temps à ceux et
celles qui se sont engagé dans les voies de l’intériorité,
d’éprouver des intuitions fortes et profondes
qui laissent dans l’âme une impression très
vive. Souvent, la seule façon de parler de ces intuitions
qui en quelque sorte s’imposent, sera de dire qu’on
a entendu une parole intérieure, une voix.
Que fait cette
voix ? Aux différentes saisons de
la vie, tantôt elle éclaire et illumine, tantôt
elle rassure et pacifie. Tantôt elle se fait appel
et envoi, tantôt elle se fait commandement et exigence.
Mais d’où vient-elle ? Comme elle ne procède
pas d’un long raisonnement ou d’une discussion
avec quelqu’un, mais plutôt qu’elle survient,
surgit, fait irruption à la conscience, la personne
est convaincue que cela ne vient pas d’elle. Cela lui
est donné. De quelqu’un d’autre et d’ailleurs.
Cet ailleurs n’est cependant pas perçu comme
extérieur; il monte au contraire par le chemin du
plus profond de soi-même.
Quand on entend
cette voix en soi, la réaction habituelle
est celle qu’on éprouve en présence du
sacré, c’est-à-dire de quelque chose
ou de quelque présence qui nous dépasse absolument :
c’est un double mouvement de fascination et de crainte.
Cette parole intérieure qui semble s’imposer
avec une telle force, produit en nous un tel effet qu’on
a envie de s’incliner en silence, et ce même
lorsqu’elle provoque aussi des résistances,
ce qui arrive si elle pousse à une initiative exigeante
ou à une rupture douloureuse. En même temps,
on demeure légitimement craintif devant cette intrusion
inattendue d’une présence autre dans sa vie
la plus intime.
Bien avant que
la psychologie moderne nous rende attentifs à des
phénomènes inconscients comme la projection
ou la compensation, les spirituels chrétiens, familiers
de ce phénomène dans leur expérience
intérieure comme dans celle des autres, connaissaient
le risque d’illusion impliqué dans le phénomène
de la voix intérieure. Loin de s’emballer et
de cultiver cette expérience, ils faisaient preuve
au contraire de la plus extrême prudence et retenue.
Sur ce sujet, un des plus grands maîtres spirituels
demeure le mystique espagnol Jean de la Croix (1542-1591).
Sa pensée a marqué la tradition spirituelle
occidentale pour les siècles qui ont suivi. Que dit-il
donc de l’expérience de la voix intérieure
?i
Il en distingue
trois types. Il y a des paroles dont, consciemment ou non,
nous sommes nous-mêmes l’origine. Celles-ci
apparaissent quand nous sommes attentifs à notre intérieur,
dans des moments de méditation et de recueillement
ou, à l’époque contemporaine, quand nous
sommes en travail de thérapie. Ces formules qui nous
viennent alors disent admirablement bien ce que nous vivons
ou ce qui s’impose à nous à tel moment
précis. Le deuxième type concerne des paroles
qui semblent vraiment venir d’ailleurs et être
données comme une lumière, un appel ou une
consolation, comme il a été dit plus haut.
Enfin, il y a des paroles qui produisent un effet intérieur
immédiat et durable correspondant à leur contenu.
Jean de la Croix écrit : « C’est
comme si Notre Seigneur disait formellement à l’âme : Sois
bonne, aussitôt substantiellement elle serait
bonne; ou s’Il lui disait Aime-moi, aussitôt
elle aurait et sentirait en elle la substance de l’amour
de Dieu; ou si, la voyant craintive, Il lui disait : Ne
crains pas, sur le champ elle sentirait une grande
force et tranquillité ».
L’enseignement de Jean de la Croix au sujet de la
voix intérieure est d’une désarmante
simplicité. Il se résume à deux points.
Le premier, c’est de ne pas en faire un absolu. Si
elle est du troisième type, « on n’a
rien à faire, ni à vouloir, ni à ne
pas vouloir, ni à rejeter, ni à craindre »,
on ne peut que la laisser agir en soi. Si elle est des deux
premiers types, alors il est important de garder le cap de
sa vie sur la foi commune, celle dans laquelle s’assemblent
tous les croyants de sa tradition spirituelle. Pour les chrétiens,
c’est la référence à l’écriture,
la communion avec une communauté chrétienne,
la vie sacramentelle etc. Jusqu’où la voix intérieure
est-elle en connivence ou en harmonie avec la foi commune
? Jean de la Croix suggère de plus de ne prendre aucune
grande décision sur la base d’une parole intérieure « sans
beaucoup d’avis et de conseil d’autrui, parce
qu’il arrive en cette matière de subtiles et étranges
tromperies ». Le deuxième point, c’est
donc de s’en ouvrir à une personne mûre,
sage et avisée de ces choses et, si on n’en
connaît pas, de n’en parler à personne. 
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