ientôt
cinq heures. À l’appel joyeux du carillon,
de tous côtés on se hâte. La plus
jeune rentre du jardin en courant. À la salle
de piano, les chantres repassent l’antienne
à Magnificat et quelques vocalises... Car il
n’en faut pas moins pour chanter pour le Seigneur
que pour bien chanter ailleurs ! Dans les ateliers,
on enlève son tablier. Encore quelques instants,
et en silence, tout le long du cloître, vis-à-vis
deux par deux, les moniales se prépareront
à l’entrée conventuelle de Vêpres.
Est-ce fête ? Grande fête ?
Sur le banc de l’orgue, l’organiste retient
son souffle, prête à attaquer dès
que paraîtront Mère Abbesse et la communauté.
Bach en grands jeux fera retentir le souffle de Pentecôte ;
quelque pièce fraîche et sautillante
donnera aux bergers l’occasion de jouer leurs
Noëls. Et commence l’office. Dixit Dominus
Domino meo... « Le Seigneur a dit à
mon Seigneur : Siège à ma droite,
jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis
l’escabeau de tes pieds. » Y croyez-vous ?
Y croyez-vous vraiment ? Oui, le Père
a donné toute-puissance à son Fils,
assis à sa droite en son humanité glorifiée.
Vous y croyez ? Par la liturgie, aujourd’hui,
l’Esprit Saint nous met en communion avec le
Père et le Fils. La foi en leur mystère,
avec l’espérance et la charité,
est la plus grande force qui transforme le monde.
Les voix des moniales font monter la louange. Oh !
vous n’êtes pas au concert ! Mais
l’enthousiasme est là. Et aujourd’hui,
c’est vraiment Noël, Pâques, Pentecôte.
Ici, aujourd’hui, dans le mystère de
grâce et de salut de la liturgie, toute la puissance
de la prière de l’église universelle
est à l’œuvre.
APPRENTIES
EN LOUANGE
Selon la Règle de saint Benoit, sept fois par
jour et une fois la nuit (en soirée), les quarante-cinq
moniales de l’Abbaye Sainte-Marie des Deux-Montagnes
offrent au Seigneur le don de la louange. L’insertion
de chacune dans cette liturgie riche, variée
(dix fois plus variée depuis Vatican II !),
demande apprentissage et approfondissement. Les jeunes
étudient le latin et le grégorien ;
la cérémoniaire prépare avec
soin le déroulement des offices. On ne ménage
pas sa peine ! Et la Providence semble contente ;
saint Joseph comble le budget... nous pouvons continuer
la louange.
Nous
croyons que la divine présence est partout...
Cependant, c’est surtout quand nous assistons
à l’office divin que nous devons le croire
sans le moindre doute... Et quand nous nous tenons
debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre
esprit concorde avec notre voix.
Pour
nous, la manière de célébrer
est d’abord un héritage : celui
de la congrégation de Solesmes, à laquelle
l’église a demandé de garder vivant
le trésor du chant grégorien. Lorsque
Dom Prosper Guéranger (+ 1875) restaura à
Solesmes la vie monastique après la Révolution
française, il donna à ses monastères
une orientation contemplative, centrée sur
la célébration liturgique du mystère
du Christ. Tempérament spontané, rempli
d’une espérance à toute épreuve,
il sut communiquer à ses filles et fils spirituels
le feu qui l’animait : une joie enthousiaste
pour chanter l’amour et la beauté de
Jésus, rencontré intimement dans la
prière liturgique.
Les
moines considéreront que l’église
emploie constamment le chant dans le service divin
pour exprimer l’ardeur des sentiments que l’Esprit
Saint produit en elle. Ils en concluront que la disposition
avec laquelle ils doivent tendre à célébrer
l’Office divin doit être une disposition
d’enthousiasme pour les divins mystères.
« TANT
VAUT L’ADORATEUR, TANT VAUT L’ADORATION... »
L’intelligence doit être préparée
à la prière. Saint Benoit prévoit
un temps quotidien de Lectio divina, d’étude
des choses de Dieu. Nombreuses ont été
les sessions, bibliques ou autres ; selon l’usage,
Mère Abbesse donne chaque semaine au moins
une conférence spirituelle qui nous fait entrer
dans l’esprit de la liturgie.
La
préparation à la prière concerne
surtout le cœur. Pour être bien vécue,
la liturgie doit s’enraciner dans la prière
personnelle : oraison, attention à la
présence de Dieu... À chacune d’apporter
cette qualité de silence nécessaire
à l’authenticité de la prière
conventuelle. Le secret ne serait-il pas celui des
petits.
UN
FEU À PARTAGER
Prière de l’église, la prière
des Heures n’est pas la propriété
des moniales. Elle nous est confiée en vertu
d’une délégation : nous prêtons
nos voix à l’église qui, elle,
célèbre l’œuvre de Dieu en
tant qu’épouse du Christ. La liturgie
appartient à tous les baptisés ;
aussi l’accueil tient-il une place importante
chez saint Benoit. Des livrets sont mis à la
disposition des hôtes pour leur permettre de
suivre les offices. Depuis quelques années,
enfants et adolescents bénéficient d’un
accompagnement dans la participation aux offices.
Pour étendre plus au loin l’amour de
la louange, nous venons d’enregistrer un nouveau
disque, Cantus angelicus.
Puisque
les plus grands bonheurs d’une moniale sont
vécus dans la communion intime avec Jésus
lors de la prière, ce bonheur voudrait se communiquer
et donner à tous la joie d’entrer dans
le mystère de Celui qui nous habite, en commençant
dès ici bas la louange éternelle de
l’Alléluia. Tel est le don de l’Esprit,
« un esprit qui fera naître en eux
bonté et supplication » (Zacharie
12, 10) répandu sur l’église en
langues de feu, qui veut s’écrier en
nos cœurs : Abba ! Papa ! Qui
veut proclamer non seulement ce mot premier de toute
prière, mais tous ceux que la liturgie met
sur nos lèvres. 
NOTES
La
Règle de Saint Benoît, ch. 19, dans La
Règle de saint Benoît, tome II, coll.
« Sources chrétiennes »,
nº 182, Paris, éd. du Cerf, 1972, p. 535.537.
Dom
Prosper GUéRANGER, Notions sur la vie religieuse
et monastique, Paris, Mame, 1920, p. 20-21.
Sœur
Bernadette-Marie ROY, moniale bénédictine
à l’Abbaye Sainte-Marie des Deux-Montagnes,
Sainte-Marthe-sur-le-Lac, Québec, y exerce,
entre autres, la fonction de chantre.
Cet
article est tiré de la revue Célébrer
les Heures. On peut en savoir davantage sur
cette revue en écrivant à Célébrer
les Heures, 2715, chemin de la Côte-Sainte-Catherine,
Montréal (Québec) H3T 1B6, Canada.
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