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plus profond de chaque être humain surgit le désir
de rencontrer d’autres personnes, de créer
des liens, de partager même la vie, toute la vie
d’une autre personne. Nous naissons à cause
de l’amour. Nous grandissons à cause de l’amour.
Nous nous réalisons à cause de l’amour.
C’est
ce qu’a perçu l’auteur du
livre de la Genèse quand il place dans la bouche
de Dieu les mots suivants: «Il n’est pas bon
pour l’homme d’être seul. Je veux lui faire
une aide qui lui soit accordée.» (Genèse
2, 18) «Une aide», pas une servante, mais une
aide, quelqu’un qui va l’aider à se réaliser,
quelqu’un qui va l’aimer et qui va devenir sa
raison de vivre. Et cette «aide», qui lui soit
accordée, va elle-même trouver en lui une aide
pour sa propre réalisation, pour devenir le sens de
sa propre vie.
Il n’est pas bon pour l’homme d’être
seul, ni pour la femme. Ils risqueraient de ne pas aller
jusqu’au bout d’eux-mêmes. Parlez-en aux
spécialistes des êtres humains: les psychologues,
les anthropologues, les ethnologues, les pédagogues...
Ils vous le diront: les humains sont ainsi faits qu’ils
deviennent heureux quand ils sont ensemble.
C’est comme cela depuis toujours. C’est dans
la nature même des êtres humains. À tel
point qu’il ne faut qu’un frisson, l’étincelle
d’un oeil, pour qu’un homme dise en voyant une
femme: «Voilà l’os de mes os et la chair
de ma chair» (Genèse 2, 23)
Quand
cet homme et cette femme croient en Dieu, l’amour
qui les rapproche revêt une dimension particulière.
C’est ce que semble comprendre Tobie, le jeune époux
de Sara: «Nous sommes les descendants d’un peuple
de saints. Et nous ne pouvons pas nous unir comme des païens
qui ne connaissent pas Dieu.» (Tobie 8, 5) Tobie ne
méprise pas les païens, il dit seulement: notre
amour est aussi l’oeuvre de Dieu. Nos corps peuvent
se rapprocher comme tous les corps vivants, mais notre relation
est aussi un acte religieux. Nous nous inscrivons dans la
création de Dieu: le ciel, la terre, la mer, et toutes
les créatures qui s’y trouvent... Nous inscrivons
notre amour dans la tradition du «Dieu de nos pères».
Notre amour va devenir une famille qui sera une bénédiction
de Dieu «dans la suite des siècles».
En parlant
du mariage, saint Paul a écrit dans une
lettre: «L’homme quittera son père et
sa mère, il s’attachera à sa femme, et
tous deux ne seront qu’une seule chair. Ce mystère
est grand: moi, je déclare qu’il concerne le
Christ et l’église.» (éphésiens
5, 31-32) Comme le Verbe de Dieu s’est fait chair et
a habité parmi nous, les coeurs, les esprits et les
corps des couples chrétiens se font chair et habitent
parmi nous. Des enfants naissent de leur union inscrite dans
l’amour créateur de Dieu.
Les époux peuvent célébrer leur amour à même
la liturgie qui fait célébrer le Christ. Jésus
a invités à aimer comme il nous a aimés.
Et il nous a aimés en se donnant sans réserve,
totalement à nous et pour nous. Le Christ a célébré son
amour pour l’humanité en partageant le pain
de sa vie et en offrant sa vie: «Ceci est mon corps
livré pour vous»! Que les époux s’offrent
l’un à l’autre de même, en livrant
leurs corps l’un à l’autre. «Que,
dans vos coeurs, règne la paix du Christ à laquelle
vous avez été appelés pour former en
lui un seul corps.» (Colossiens 3, 15) Que le baiser
qu’ils échangent devienne le rite de communion
de leur liturgie amoureuse. En s’embrassant, ils se
donnent et se reçoivent l’un de l’autre.
Ne pourrait-il pas se dire mutuellement: «Je ne suis
pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole,
dis seulement: «Je t’aime!» et je serai
guéri.»
Voilà l’histoire d’amour que peuvent
vivre les amoureux chrétiens. Elle tire son origine,
elle prend sa source dans la nature. Elle rejaillit aussi
dans la foi qui les habite. Leur aventure est greffée
sur l’aventure amoureuse de Dieu avec l’humanité.
Leur alliance s’inscrit et se nourrit dans l’alliance
du ciel et de la terre.
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