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cinéaste Mel Gibson vient de créer un film
où il présente sa perception de la passion
du Christ. Les coups sont durs. Le sang coule à flot.
Les blessures couvrent le corps entier de son Jésus.
Torture et torture jusqu’à se demander s’il
n’y prend pas plaisir.
Pendant
ce temps, les journaux rapportent que des jeunes se réunissent pour se massacrer mutuellement et volontairement.
Ils appellent Jackasse leur spectacle de souffrance extrême.
On se fracasse des ampoules électriques sur la tête.
On se flagelle. On se coupe la peau avec des lames de rasoir.
On reçoit des coups de pied dans les testicules. Les
blessures deviennent des trophées convoités.
Des images,
en provenance de l’Irak, nous font voir
des enfants et des adolescents traîner des corps calcinés
de soldats américains. étêtés,
démembrés, les cadavres sont frappés,
puis pendus, déchiquetés avec rage.
Que se
passe-t-il donc? Il n’y a pas si longtemps,
au cours des années 60, le corps était honoré par
le Flower Power. On le baisait à qui mieux mieux.
On l’exposait à l’adoration. On le plaçait
au sommet de la liberté. Aujourd’hui, à peine
quarante ans plus tard, le corps est bafoué, mutilé.
La soif de sensations fortes se mêle à la haine.
Derrière les gestes se cachent des motivations et
des sentiments que nous parvenons difficilement à définir.
Que se
passe-t-il donc? Cherche-t-on à s’autodétruire?
Ou à se punir? Et de quoi? La vie serait-elle devenue à ce
point ennuyante, dépourvue de dynamisme, qu’il
faille s’offrir des palpitations excessives? Manquons-nous
de peurs? Pourquoi tant d’émotions portées à l’extrême?
Dix ans
après le génocide du Rwanda, aurions-nous
oublié que la barbarie dort au fond des coeurs humains?
Elle dort paisiblement, sans ronfler pour ne pas attirer
l’attention. Et, quand elle est certaine qu’on
ne la remarque plus, elle surgit, surprenante et désarmante.
Nous nous rendons compte alors que nous n’avons pas
réussi à dompter ce fauve. Quand il a soif
de sensations fortes ou de violence, il tasse facilement
la noblesse. Il étouffe sans vergogne le respect de
l’autre et l’estime de soi.
Les évangiles ont placé au sommet de leur
récit un corps condamné. Le livre d’Isaïe
propose un serviteur «si défiguré qu’il
ne ressemblait plus à un homme, il n’avait plus
l’aspect d’un fils d’Adam. [...] Il n’était
ni beau ni brillant pour attirer nos regards, son extérieur
n’avait rien pour nous plaire. Il était méprisé,
abandonné de tous, homme de douleurs, familier de
la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne.» (52,
14. 53, 2-3)
On a protesté en accusant certains courants spirituels
de dolorisme. On a perçu dans certaines prières
un goût pour la souffrance morbide. On a dénoncé une
prédication qu’on disait encourager l’humiliation,
la dépréciation de soi, le complexe d’infériorité.
On a peut-être versé de ce côté,
il est vrai. On a surtout déformé le message
qui se dégageait des poèmes du serviteur souffrant
comme de la passion et de la mort du Christ. En donnant sa
vie jusque dans la condamnation et la mort, Jésus
ne dit-il pas: la haine n’est jamais un acte d’humanisation,
ni la haine des autres ni la haine de soi? Un philosophe
ancien avait raison: «L’homme est un loup pour
l’homme»! Pour que ce loup devienne aussi doux
que l’agneau, nous ne devons pas cesser de passer du
corps condamné au coeur aimé. Et découvrir,
dans cet incessant passage, le visage fraternel de Dieu gravé en
tout être humain.
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