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jours derniers, un quotidien montréalais publiait
un long article d’un philosophe américain,
Sam Harris. Le titre de l’article: «Abolir
Dieu?». Le courrier des lecteurs qui a suivi n’a
pas manqué de réactions dans tous les sens.
Plusieurs ont transformé le point d’interrogation
en point d’exclamation. Pour eux, il faut abolir
Dieu!
Si Dieu était une idée, un concept, il serait
possible de l’abolir. Nous pourrions mettre une autre
idée à la place, changer tout simplement de
concept. Si Dieu était une invention humaine, nous
pourrions très bien l’abandonner pour faire
appel à quelque chose d’autre, plus rentable,
plus utile. Ceux qui font appel à la raison pour expliquer
Dieu, même pour le définir, rencontrent rapidement
des obstacles. Dieu ne se prouve pas. Dieu ne s’enferme
pas dans un raisonnement. Les gens qui veulent toucher pour «croire» sont
vite déçus et concluent que Dieu ne peut exister.
Dieu,
je ne le place pas du côté des certitudes
et des vérités immuables. Je ne le vois pas
du côté des déclarations fracassantes
et des énoncés absolus, quoi qu’en pensent
certains exaltés qui font appel à Dieu pour
justifier leur violence ou leur terrorisme.
Dieu
est du côté du doute. Je doute que cet
univers soit né tout seul. Il est trop bien ordonné pour
s’inventer lui-même et le hasard ne met rien
en ordre. Je doute que le mystère de ma vie s’enferme
dans 80 ou 90 ans! Je perçois la soif qui m’habite
comme un appel à aller plus loin, à attendre
davantage, à chercher. Je doute que l’amour
s’emprisonne dans une planète: ne peut-il pas
déboucher sur plus grand qu’il ne paraît?
Je pense; vous pensez; nous pensons tous. Nous sommes capables
d’aller au-delà de nous-mêmes par la pensée.
Ne peut-il pas alors exister quelque chose qui nous dépasse
et que nous n’avons pas encore rencontré? Bref,
le mystère humain et le mystère du cosmos ne
sont-ils pas un indice de la possibilité d’un
Autre?
Je doute,
donc je crois. Je n’affirme pas de façon
catégorique. Je ne témoigne pas comme si je
possédais la vérité. La vérité,
la sacro-sainte vérité, je la cherche. Si elle
existe, elle est en avant, sur la route de ma quête
spirituelle. La foi est un voyage, voyage au centre de soi-même,
voyage au coeur de l’univers, voyage au plus intime
de l’existence. J’avance. Parfois j’ai
l’impression d’avoir trouvé. Parfois,
je m’imagine toucher la réalité que je
cherche. Mais, chaque fois, je suis relancé en avant.
La vérité m’échappe. Dieu m’échappe.
Mais
alors, pourquoi poursuivre ma route vers «l’inaccessible étoile» (Jacques
Brel)? Pourquoi ne pas rentrer tout simplement à la
maison, accrocher mon baluchon et ronronner avec le chat
d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre,
sans question, sans aspiration, sans désir? Oui, pourquoi?
Parce que... Tout simplement parce que... comme répondent
les enfants quand on leur demande pourquoi ils aiment maman.
Je n’ai pas de raison lumineuse. Je n’en veux
pas. Je marche avec le désir de rencontrer. Je marche
avec le secret espoir de le trouver au bout de la route.
Un être bien vivant et non un concept abstrait. Je
marche quand il fait soleil. Je marche aussi quand la nuit
est épaisse et que la raison cherche à m’ébranler.
Je ne veux pas rencontrer un Dieu utile, genre produit de
consommation. Je n’ai que faire d’un objet
qui viendrait combler un vide ou remplacer une absence.
Je veux rencontrer Dieu gratuitement, pour rien. Je veux
rencontrer Dieu qui ne s’explique pas et que personne
n’arrivera à enfermer dans une définition.
J’admets qu’on utilise la religion pour encadrer
des révoltes et pour faire la guerre. Des assoiffés
du pouvoir et des amateurs de dictature se croient les envoyés
de Dieu. Des peureux ou des angoissés prennent un
verre de religion comme d’autres avalent une aspirine.
La religion peut être utilisée pour tout justifier
ou comme remède à tous les problèmes.
Je suis persuadé qu’on se trompe. On fait une
erreur magistrale en réduisant ainsi l’expérience
spirituelle.
Depuis
plus de deux mille ans, le christianisme répète
que Dieu est amour. Et que l’amour est une réalité qui
ne s’évalue pas. Au contraire, elle se situe
au-delà de la valeur. Elle n’a rien à voir
avec la rentabilité ou la productivité. L’amour
est pure gratuité.
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