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dira-t-on de notre époque dans un siècle?
Qu’aura-t-on retenu de ce que nous sommes en train
de vivre? De quelles caractéristiques nous épinglera-t-on?
Répondre présentement à de telles
questions n’est pas facile. Il nous manque la distance
que nos descendants pourront avoir. Nous ne pouvons aborder
les choses avec une objectivité suffisamment dégagée.
Nos émotions et nos intérêts personnels
colorent le regard que nous portons sur la réalité.
Parfois, l’idéal qui nous habite nous fait
prendre nos rêves pour du déjà là.
Nous manquons de ce précieux temps qu’il faut
pour décanter les choses et les événements.
Osons
cependant avancer que ceux et celles qui nous suivront
auront remarqué chez nous un besoin de liberté,
un besoin de briser les chaînes de nos contraintes.
Nous cherchons à nous affranchir de notre ignorance.
Nous voulons briser les tabous que nous traînons depuis
de nombreux siècles. Nous cherchons à tourner
le dos aux mythes que nous entretenons depuis trop longtemps.
Nous combattons le injustices qui blessent tant de nos contemporains.
Nous nous méfions des puissances qui imposent le carcans
de leurs idéologies. Plus qu’à toute
autre époque, nos contemporains prennent leurs distances
par rapport à tout ce qui veut les encadrer. Nous
avons une peur bleue des ghettos. On fuit les idéologies
malgré que cette fuite soit elle-même une idéologie.
C’est dans un tel contexte, mus par une telle mentalité,
que notre temps s’affranchit des religions. On ne veut
personne au-dessus de soi. Et surtout pas de divinité au
pouvoir tout-puissant. On veut abolir toute dictature surnaturelle
comme naturelle. Chacun serait maître de sa vie, complètement
indépendant, dans l’anarchie diffuse que procure
tous les droits individuels.
Et pourtant,
la liberté que nous revendiquons ne
vient pas à bout de tous nos réflexes naturels:
nous nous surprenons à chercher de nouveaux maîtres.
Nous sommes en quête de messies malgré notre
désir d’affranchissement. Les uns se tournent
vers les sciences et demandent la solution à tous
les problèmes, y compris l’abolition de la mort.
Les autres ont choisi de suivre les héros de la violence
et du terrorisme. D’autres voient, dans certains leaders
politiques ou dans certaines puissances mondiales, l’incarnation
du protecteur de la bonne humanité. On cherche des
policiers pour mettre de l’ordre sur la planète.
On espère des chefs charismatiques, des entraîneurs,
des motivateurs. On veut le bonheur et, pour cela, certains
sont prêts à se jeter dans les bras du premier
gourou qui en fait la promesse.
Personnellement,
je préfère l’attitude
du christianisme. Les chrétiens ont reconnu en Jésus
de Nazareth un messie, l’envoyé de Dieu. Ils
croient qu’il sauve le monde et, par conséquent,
chacun d’entre nous. Mais le Christ n’est pas
resté parmi nous après sa résurrection.
Il est absent. Il est parti en promettant de revenir.
Mais
le Christ n’apparaîtra qu’au terme
de l’histoire. D’ici là, il nous revient
de nous prendre en main nous-mêmes. Nous avons un monde à comprendre.
Nous devons le réaliser à mesure que nous en
saisissons le sens. Nous avons à construire notre
histoire par nous-mêmes.
L’expérience de Dieu ne nous décharge
pas de nos responsabilités. Au contraire, elle nous
relance constamment. Elle nous renvoie sans cesse aux chantiers
de l’humanisation de la planète. Loin d’être
une fuite, l’évangile nous tourne vers nous
et veut nous convaincre de nous prendre en main. Il nous
rappelle que le présent et l’avenir nous appartiennent.
Cet engagement
dans le concret de l’actualité ne
signifie pas que nous abandonnions tout espoir, toute attente
du messie. Pouvons-nous vivre sans la tension du désir,
sans le dynamisme de l’espérance? Héraclite
disait: «Si l’on n’espère pas, on
ne rencontrera jamais l’inespéré».
Nous espérons et c’est cette espérance
qui nous garde bien ancrés dans la mise en oeuvre
de ce monde. Ce que nous réalisons, nous voulons qu’il
reflète ce que nous attendons. Ce que nous construisons,
nous voulons qu’il traduise déjà ce que
nous rêvons. Notre présent porte le passé d’où il
vient. Il incarne aussi l’avenir vers lequel il se
dirige..
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