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arrive la fin de l’après-midi, les chantiers
de travail laissent partir leur monde. La grosse besogne
est faite. On peut rentrer à la maison. La procession
du matin se fait maintenant en sens inverse. On entreprend
le marathon du retour chez soi. Marathon, parce que la
circulation est souvent dense. Plus fatigués que
le matin, les automobilistes conduisent avec plus de nervosité.
La patience a perdu ses capacités, du moins une
partie. La tolérance est moins forte. La politesse
en prend pour son rhume.
Ce qui
se passe sur la route pour les automobilistes se retrouve à peu de chose près dans les transports
en commun. L’autobus est bondée. Le métro
aussi. Toutes les odeurs, surtout les moins bonnes, se mélangent
dans un cocktail irrespirable! Deux adolescents se défoulent
de leurs frustrations scolaires. Un vieux monsieur soupire
de se retrouver debout en plein milieu du wagon. Une dame
est plongée dans son roman. Et deux autres continuent
d’échanger sur un projet qu’elles ont
discuté au travail. Il y a de tout dans le métro
et l’autobus, du bon et du moins bon.
Mais
il y a surtout la perspective de se retrouver à la
maison. Dans ses choses familières, son décor
bien connu, le disque préféré, l’odeur
des roses, le jeu de la lumière qui pénètre
par la fenêtre du côté ouest, et la belle
reproduction du Jean-Paul Lemieux qui vous apaise après
une journée de labeur.
Vite
les pantoufles et la vieille chemise qu’on ne
montre pas à ceux qui n’habitent pas la maison.
Ici, on peut vivre débraillé, mettre ses pieds
sur la table à café, endurer la poussière
sur la lampe du salon ou laisser traîner son manteau
sur une chaise dans la cuisine. On est chez soi. Domaine
privé: défense de circuler sans autorisation!
Et si on autorise, il faudra accepter que le domaine demeure
le royaume d’une famille royale qui a tous les droits.
Nous
vivons si souvent ailleurs que nous entourons d’un
halo de sacré le petit univers bien à nous
que constitue notre maison ou notre appartement. Et nous
avons bien raison. Pourrions-nous vivre vingt-quatre heures
par jour tirés à quatre épingles, coincés
dans nos apparences polies, ne comprenant pas toujours le
langage entendu et sous-entendu d’autres personnes,
ou simplement dans un lieu où nous devons tenir compte
de besoins qui ne sont pas les nôtres et qui sont bien
légitimes?
Rentrer
chez soi, c’est aussi retrouver les siens.
Nous les aimons et ils nous aiment. Ils nous manquent quand
ils sont absents. Les heures sont courtes quand nous sommes
en leur présence. Nous rentrons pour les entendre
nous conter leur journée et communier à ce
qu’ils ont vécu depuis le matin. Nous les entendrons
parler avec enthousiasme ou avec désinvolture. Parfois
même avec une pointe de colère parce que quelque
chose les a frustrés aujourd’hui. Peut-être
qu’ils ne diront rien... Ils ont parfois besoin de
ne rien dire, de décanter tout seul un problème
ou situation énigmatique qui s’est produit au
travail. Nous respecterons ce silence tout en laissant la
porte ouverte si jamais l’autre voulait se confier...
Rentrer chez soi, c’est aussi préparer le repas
du soir. Est-ce qu’il reste du jambon dans le réfrigérateur?
Avec une bonne salade de laitue et de tomates, trois ou quatre
gouttes d’huile d’olive et une pincée
de persil séché.... Nous profitons du retour à la
maison pour fabriquer le menu du souper. Nous n’avons
pas fait cent pas que nous rêvons déjà de
ce que nous mangerons. Nous arrêtons au dépanneur
en passant, le temps d’acheter un pain ou un litre
de lait. Ce soir, nous allumerons deux chandelles pour souligner
un anniversaire. Ou il faudra parler des projets de fin de
semaine. Y aura-t-il, dans le courrier, la lettre d’un
ami parti au loin?
Le chemin
du retour est rempli de mille et une préoccupations.
Le temps nous transporte entre le boulot et la maison. C’est
d’abord dans notre tête que nous passons de l’un à l’autre.
Nous rêvons la vie avant de la vivre. C’est peut-être
nécessaire. Nous n’apprivoisons vraiment que
ce que nous rêvons.
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