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cher Monsieur de La Fontaine,
Je
profite de la venue de l’été pour
vous parler de votre fourmi. Vous savez: celle qui n’est
pas prêteuse. La chère dame ne manque sans doute
pas de grandes qualités: industrieuse, énergique,
forte. Vous n’ignorez pas ses défauts mais vous
consacrez votre fable à montrer sa prévoyance.
Et vous y allez avec beaucoup d’élégance!
Chanter!
Malheureusement, pour monter si haut la chérie, vous
calez la cigale. La pauvre est devenue une insouciante et
une profiteuse. Que faisait-elle au temps chaud? Mais ce
que tout le monde doit faire, pardieu! Chanter! Chanter!
Craqueter ou striduler, selon le dictionnaire. Pour imiter
votre style, je dirais:
Un brin de paresse
Au cours de l’été
C’est une caresse
Très bien méritée!
Autrement
dit: regarder pousser les pivoines, prêter
l’oreille au refrain de l’hirondelle, se laisser
fasciner par le dessin des nuages. S’abandonner au
long poème de la création qui se déploie
jour après jour, avec ses moments ensoleillés
et ses orages bouillonnants. Voilà la première
vocation de l’été... «Regardez
les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent,
ils n’amassent point dans des greniers, et votre Père
céleste les nourrit!» (Matthieu 6, 26)
La meilleure part
C’est la meilleure part, dirait Jésus de Nazareth,
en pensant à Marie assise à ses pieds pendant
que sa fourmi de soeur besognait dans la cuisine (Cf. Luc
10, 38-42). Prendre le temps, le perdre sans chercher à faire
du profit, lâcher prise même si le temps, c’est
de l’argent! Pour arriver à s’abandonner à Dieu,
quelques exercices d’abandon à la nature nous
sont très profitables. Pour arriver à écouter
le Christ, prêter l’oreille à ce qui nous
entoure. La création est une grande bible, un catéchisme éloquent. «Les
cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte
l’ouvrage de ses mains. Le jour au jour en livre le
récit et la nuit à la nuit en donne connaissance.» (Psaume
18)
Remarquez,
Monsieur de la Fontaine, que je ne prône
pas ici l’insouciance. Chacun doit prendre ses responsabilités
et même les responsabilités de la collectivité.
Chaque individu doit faire sa part. Mais un peu moins de
tension, de la souplesse, de la sérénité ne
rendraient-elles pas la vie plus agréable? Et les
engagements plus efficaces? «Ne vous inquiétez
pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre
corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle
pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement?» (Matthieu
6, 25)
Peut-être que je prêche à un converti...
Monsieur de la Fontaine, que faisiez-vous au temps chaud?
Vous étiez Maître des Eaux et des Forêts,
un métier qui vous laissait bien des loisirs, à ce
qu’on dit! Alors, votre petit côté cigale
a dû en profiter, n’est-ce pas?
Sur ce, je vous laisse. J’ai encore trois tourterelles à écouter
et quatre pissenlits à cueillir. Et comme il me
restera encore du temps, je chanterai avec la cigale: «Le
Seigneur a fait pour moi des merveilles: saint est son
nom!» (Luc 1, 49)
Denis Gagnon, o.p.
L’été est arrivé avec les vacances.
L’auteur de ce billet fait relâche pendant quelques
semaines, le temps de refaire le plein de fleurs et d’oiseaux.
Belle saison à vous aussi!
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