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n’ai pas fini de faire le tour de la terre que déjà on
m’invite à explorer la planète Mars.
On annonce des voyages touristiques dans l’intersidéral
pour très bientôt. L’infiniment petit
est encore plein de secret pour moi mais on attire déjà mon
attention sur le vaste univers qu’aucune lunette
astronomique n’a encore réussi à rejoindre.
Un physicien affirmait que la création est infinie.
J’ai presque envie d’être d’accord
tellement c’est vaste, cet espace qui se déploie
devant mes yeux et que je n’arriverai jamais à parcourir.
Que signifie
alors «habiter»? Pouvons-nous parler
d’habitation quand nous n’avons pas parcouru
l’espace que nous croyons déjà habiter?
Personne, pas même le plus grand voyageur, n’est
parvenu à tout explorer de la planète. Ni de
son pays. Ni même de son patelin.
Habiter
est un verbe de promesse. Habiter est un projet d’avenir. Nous sommes tous des habitants en devenir.
Nous nous enracinons au jardin du monde en déployant
nos branches, en les étalant dans l’espace.
Nous prenons progressivement de la place. Nous apprivoisons
jour après jour quelque chose des lieux qui nous entourent.
Mais
bien davantage, le travail de toute notre vie consiste à habiter
du mieux que nous pouvons l’espace intérieur
de notre être. Nous sommes nous-mêmes un jardin
inexploré. Nous sommes une ville de mystère,
un village de secrets. Et l’horizon qui se dessine
au fond de nous recule à chaque pas que nous franchissons
vers le plus intime de nous-mêmes.
Qui suis-je?
Qui es-tu, voisin et co-locataire de cette planète? Qu’est-ce que je te révèle
de moi? Que me dis-tu de toi-même? Tu me montres ta
maison, le salon de ta demeure. Tu m’invites près
de ta rivière ou à l’ombre de ton érable.
Mais l’essentiel est en toi. Le plus riche de ton espace
est au plus profond de toi-même.
Et si
tu ouvres la porte, si tu m’invites à entrer,
tu m’accorderas l’immense faveur de te découvrir,
d’admirer ton décor intime, ton paysage intérieur.
Chaque pièce que tu as aménagée au fil
des années me dira quelque chose de ton mystère.
Elle évoquera une part de toi-même. Ce que j’en
saisirai me laissera soupçonner l’immense espace
que tu n’auras pas encore dévoilé. Les
uns pour les autres, nous demeurons autant de terres inconnues
malgré toutes les expéditions d’exploration
que nous entreprenons.
Comment
nous présentons-nous les uns chez les autres?
Avons-nous la délicatesse de secouer nos bottes au
moment de franchir le seuil des maisons que nous visitons?
Avons-nous assez de respect pour demeurer des invités
sans céder à la tentation d’agir comme
des propriétaires? Entrer chez un autre ne signifie
pas prendre possession de son intérieur. Cela ne nous
autorise pas à disposer de lui et à l’aménager à notre
goût.
Entrer chez l’autre, c’est aussi accepter que
l’autre pénètre chez nous. Si vous cédez
au désir de connaître l’autre, ne soyez
pas surpris que l’autre se faufile en vous-mêmes,
qu’il rejoigne votre propre intérieur. On ne
connaît pas sans accepter d’être connu
soi-même. L’univers de chaque personne comme
le grand univers de la création est fait de réciprocité.
Et les humains ne sont vraiment humains qu’en dialogue
les uns avec les autres, en dialogue avec le monde qui les
entoure, en dialogue avec la création où ils
sont enfouis. Ils n’habitent que ce qu’ils laissent
entrer en eux-mêmes et qu’ils laissent habiter
au plus intime de leur être.
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