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L'aventure
spirituelle
Saints
et saintes sur les routes du monde et de l'histoire.
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Spiritualite2000.com
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Février
2004 |
Les
douze apôtres du Mexique (2e partie)
- Le livre
des Merveilles
lerté
déjà par Cortés lui-même
et par Las Casa, Charles Quint met immédiatement
en place une nouvelle audiencia dont il donne la présidence
au sage évêque de Saint-Domingue, Ramirez
de Fuenleal, et à laquelle il confie des pouvoirs
régaliens. Parmi ses membres, il nomme aussi
comme oidor (juge) un laïc, Vasco de Quiroga, qui
deviendra en 1538 le saint évêque du Michoacan
que les Indiens vénèrent encore aujourd’hui
Aussitôt constitué,
la nouvelle audiencia lance un mandat d’arrêt
contre Nuno de Guzman, mais le conquistador n’en
a cure et continue de semer la terreur et la désolation,
jusqu’à ce que des troupes fidèles
l’appréhendent et le traduisent, enchaîné,
devant la haute cour. Dépossédé
de tous ses biens, qui sont distribués aux
Indiens, il est renvoyé prisonnier en Espagne
pour y être soumis à la rigueur royale.
Tous les conquistadores fautifs seront traduits devant
l’audiencia qui mène enquête sur
enquête, en transportant ses membres dans toutes
les provinces. Ainsi par exemple, Delgadillo et Matienzo
subiront-ils le même sort que Nuno de Guzman,
pour avoir de concert commis « pas moins de
cent vingt-cinq crimes et scélératesses
».
Le grand Cortés, lui-même,
n’échappera pas au procès, mais
il s’en tirera avec quelques remontrances, sa
« rectitude sans tache » étant
finalement reconnue après une enquête
approfondie. Ce procès décrit tout ce
que Cortés, que le grand humaniste Cervantes
de Salazar appelle « le nouveau saint Paul »,
a fait en faveur des Indiens.
Certes, Cortés était
d’abord un rude guerrier, doublé d’un
aventurier avide de pouvoir et peu scrupuleux sur
le choix des moyens. Mais il était aussi, un
grand chrétien qui, notamment sous l’influence
de son ami, frère Motolinia, n’a cessé
d’amender ses penchants prédateurs. Au
début de la conquête, s’alliant
à plusieurs peuples indiens opprimés
par les Aztèques tels les Cempoaltèques
puis les Tlaxacaltèques, mais révulsé
par les sacrifices humains et le cannibalisme généralisé
qu’il découvre (au cours de certaines
fêtes, plus de vingt mille jeunes gens pouvaient
être sacrifiés et mangés), Cortés
fut selon les circonstances magnanime ou impitoyable
à l’égard des Indiens. Puis, les
sacrifices et les cannibalismes éradiqués
et son pouvoir établi, il organise dès
1524 une « junte » composée de
dix-neuf religieux, cinq prêtres séculiers
et cinq laïcs, qu’il dote de pouvoirs réels
et charge expressément de veiller à
la protection des Indiens.
C’est lui qui fonde à
Mexico, pour les Indiens, le premier hôpital
du Nouveau Monde. C’est lui qui par la suite
ne cessera de se porter en justice au nom des Indiens
de son marquisat mexicain, pour que leur soient rendus
les terres et les biens spoliés par les colons
espagnols. C’est lui qui fait restituer aux
Indiens, avec d’importants dommages et intérêts,
les terres du village de Coyoacan, qu’il avait
expropriées pour y établir un hôpital.
C’est lui, enfin, qui précise expressément
dans son testament de 1547 que les terres des Indiens
de son marquisat del Valle d’Oaxaca ne lui appartiennent
pas, afin de conjurer toute tentation pour ses héritiers
de se les approprier.
Pendant qu’en 1531, l’audiencia
met en place les bases de ses justes rigueurs, frère
Valencia, frère Coruna, et frère Motolinia,
écoeurés par la dévastation de
leurs missions, persuadent Cortés d’aller
évangéliser la Chine en traversant l’océan
Pacifique. Cortés accède à leur
demande et organise l’expédition, se
transportant lui-même à Tehuantepec sur
la côte, pour en surveiller les préparatifs.
Après divers avatars, à la faveur desquels
l’actuelle province de Colima est évangélisée,
les « apôtres » s’embarquent
en 1534, avec Cortés lui-même, comme
amiral de la flottille, pour un inaugural et périlleux
périple. Après d’éprouvantes
tribulations, l’expédition est drossée
par une tempête sur la côte, plus au nord,
effectuant bien malgré elle, la première
découverte de la Californie. Ramenés
comme Jonas, au peuple que Dieu leur destinait, les
explorateurs involontaires reviennent à Mexico.
En 1536, un chapitre franciscain est
organisé, où les « apôtres
» renforcés par de nouveaux arrivants
d’Espagne, font le constat que les criminels
et les spoliateurs ont été châtiés,
et que la protection des Indiens est désormais
garantie. Ils décident donc, que les conditions
sont de nouveau réunies pour se consacrer à
l’évangélisation en profondeur
du Mexique. Ainsi, frère Martin retourne-t-il
aussitôt vers son cher Michoacan, d’où
il passe vers 1541 en Nouvelle Galice, plus au nord.
À frère Motolinia, le chapitre confie
le soin de mener une vaste enquête ethnographique,
sur les cultures indigènes. Son Histoire des
Indiens, constitue la source de toutes nos connaissances
sur la civilisation de l’ancien Empire aztèque.
En 1555, son enquête terminée, frère
Motolinia écrit une lettre à Charles
Quint, dans laquelle il lui rend grâce de ce
que ses « chers Indiens » vivent désormais
une situation « qui se compare favorablement
à celle des paysans de la Métropole
». Quelle différence de fond et de forme,
avec sa lettre pathétique de 1530! Il se plaît
aussi à souligner, les moyens de défense
gratuits et immédiatement efficaces dont disposent
ceux qui ont été victimes d’injustices.
Enfin, il met gravement en cause les outrances des
accusations collectives que Las Casas continue de
porter contre la conquête alors que, retourné
définitivement en Espagne depuis dix ans déjà,
celui-ci ignore l’évolution de la situation
sur place.
Sous la protection de la justice royale, « l’heure
de Dieu a sonné sur le Nouveau Monde »,
selon la belle formule des apôtres franciscains.
À l’appel de cette heure de Dieu, les
Indiens répondent par une adhésion de
cœur, massive et passionnée. En témoigne
l’embarras des religieux débordés
par les foules qui affluent des villages les plus
reculés pour réclamer le baptême
: « Les Indiens ne cessent de nous harceler
de leurs supplications, larmes et insistances pour
n’être pas privés d’un si
grand bien, protestant que pour venir recevoir le
baptême, ils ont marché de longues journées,
fait de grands sacrifices et affronté de grands
périls », racontent les franciscains.
Si
les Indiens protestent ainsi, c’est que les
religieux refusent d’administrer le baptême
sans un catéchuménat préparatoire.
Mais souvent, à la surprise des religieux,
les postulants ont une naïve mais solide connaissance
de l’évangile, catéchisés
qu’ils ont été par les élèves
des écoles fondées par les religieux
dans les villages. Le frère lai, Pierre de
Gand, relate ce fait dans une lettre adressée
au roi Philippe 11, en 1558 : « Les jeunes Indiens
s’exercent à la prédication, et
toute la semaine ils étudient ce qu’ils
doivent prêcher et enseigner le dimanche dans
les villages. » Quand « les Indiens se
présentent en masse compactes, réclamant
à grand cri le baptême », les religieux
sont contraints d’assouplir les règles
du catéchuménat. Dans un entretien particulier
chaque postulant est soumis au contrôle de ses
connaissances des vérités essentielles
de la foi, puis une prédication générale
est faite : enfin, « un à un »,
les Indiens sont baptisés. Les cérémonies
duraient des journées entières, de l’aube
au crépuscule, à tel point que «
les prêtres ne pouvaient souvent plus lever
la cruche avec laquelle ils baptisaient, tant ils
avaient le bras fatigué », témoignent
les lettres des franciscains de l’époque.
Loin de s’évaporer aussitôt que
répandue, l’eau de ces baptêmes
fut source d’une pratique chrétienne
tout aussi massive et passionnée que l’élan
qui l’avait fait couler. Innombrables et concordants,
sont les témoignages où l’on voit,
dans mille détails savoureux et émouvant,
jour après jour, village après village,
province après province, les Indiens maintenir
vive l’eau inaugurale de leur Nouvelle Alliance.
Et ce, du Mexique jusqu’aux contrées
les plus reculées du continent sud-américain,
comme l’attestent par exemple les lettres des
premiers missionnaires jésuites, au fin fond
des Andes péruviennes : « Les Indiens
se réunissent les dimanches et les fêtes,
de si bon cœur que dans les fermes des vallées,
il ne reste pas d’Indiens qui ne viennent nous
importuner pour que nous les enseignions.
Même
les caciques se joignent aux enfants pour apprendre
le catéchisme. Les Indiens l’apprécient
tant, que toute la matinée les vieux l’apprennent
par cœur quatre par quatre ou six par six. »
Et quand le général de l’Ordre
envoie le père Plaza en tournée d’inspection
« aux Indes », celui-ci dans son rapporte
de 1576 décrit ce qu’il a vu : «
Aux sermons, les Indiens accourent avec une telle
ferveur et un tel concours qu’on est saisi d’admiration.
Tous les dimanches après le repas, ils vont
entendre l’enseignement qui est prêché
à l’église principale. Puis, lorsque
ce sermon est terminé, ils se précipitent
en courant sur la grand-place pour y entendre l’un
des nôtres.
Ce
nouveau sermon terminé, ils viennent à
notre église pour y apprendre le catéchisme.
Celui-ci leur est enseigné, dans un long développement
par questions et réponses. » Et le Père
Plaza d’ajouter : « Tous, hommes comme
femmes, l’apprennent avec facilité et
rapidité, en raison de la passion qu’ils
y mettent. » Cette passion pour l’évangile,
le peuple tlaxcaltèque la démontrera
au Mexique, de nouveau, quand pour accomplir le testament
de son « apôtre » frère Motolinia,
mort en 1569, il se fera lui-même apôtre,
allant par familles entières, à cent
lieues de chez lui, évangéliser les
sanguinaires chichimèques du nord du Mexique,
en une migration apostolique unique dans l’histoire
de l’église.
Ainsi, malgré les limites et les péchés
qui font le terreau humain, la semence répandue
par les « douze apôtres» fleurit
en une étonnante civilisation indo chrétienne,
miroir des vertus évangéliques de douceur,
d’humilité et de pauvreté en esprit.
Au long des siècles, cette exemplaire communauté
allait incarner les Béatitudes, ces promesses
de bonheur au cœur même du drame de la
condition humaine, jusqu’à la dernière,
celle qui proclame heureux ceux qui sont persécutés
à cause du Seigneur. Quand au XXe siècle,
le peuple indo chrétien sera opprimé
à cause de sa foi par le totalitarisme libéral
et athée, il ne refusera pas d’offrir
en rançon de son âme la seule richesse
dont il disposait : la vie de ses milliers d’enfants
qui furent sacrifiés sous le beau nom de cristeros.
LE LIVRE DES MERVEILLES MAME/PLON
pp. 534-537 (2e partie)
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