Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour la fête du Christ-Roi (A)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Vivre aujourd’hui la compassion!

Nous retrouvons aujourd’hui la parabole dite du jugement dernier. Le tableau est impressionnant! La mise en scène toute solennelle! Nous sommes à la fin de l’enseignement de Jésus dans l’Évangile selon S. Matthieu. Nous y retrouvons l’expression des attentes ultimes du Seigneur, son testament spirituel! Suivre ou ne pas suivre ce dernier appel, voilà qui fera de nous des disciples ou n’en fera pas. Et nous voyons bien dans quel sens va cet appel : dans le sens de la compassion, dans la poussée de ces valeurs ajoutées à nos actions et relations, qui en font des gestes concrets d’amour et de sollicitude, comme si le Seigneur agissait en nous, comme si c’était lui que notre service du prochain nous permettait de rejoindre, d’aimer et de servir. 

La parabole nous situe d’emblée à l’heure des bilans. Comme pour nous saisir davantage dans l’instant où nous sommes, nous interpeler fortement et nous faire prendre plus vive conscience de ce qui nous habite, de quel côté nous penchons. Les paroles du Seigneur ne visent pas à nous faire peur, comme si elles nous condamnaient à l’avance, mais elles nous disent ce que nous devrions faire dans le présent, comment lire et interpréter notre passé, comment figurer notre avenir. 

L’enseignement du Seigneur nous rejoint donc maintenant alors que nous sommes encore en chemin, jeunes ou moins jeunes, riches ou pauvres, petits ou grands, engagés dans le parcours personnel d’une vie dont nous ne savons pas quelle sera sa durée sur cette terre. C’est pour nous, en ce moment où nous sommes, que cette parabole est dite, pour nous aider à prendre du recul, à nous regarder aller, à corriger au besoin ce qui fait la trame de notre vie. 

Nous avons des plans et des buts dans la vie. Nous voulons de l’avancement, gagner notre pain; nous portons des responsabilités; nous avons des amis, des proches. Tout ça, c’est bien normal! Or, la parabole du jugement dernier veut élargir notre horizon, nous dire le regard de Dieu, ce qui est plus important pour lui. Elle nous invite à réfléchir, à mieux voir quelle couleur particulière prennent nos gestes au quotidien, nos gestes les plus banals, nos préoccupations, notre attention. Pour le Christ et pour Dieu, on ne peut passer à côté de la miséricorde ni oublier le pauvre, ni fermer les yeux sur les détresses du prochain en tout ce qu’on fait. Dieu n’a que faire de nos performances ni même de nos sacrifices et de nos prières, si ces actions ne sont pas associées à quelque valeur relationnelle faite d’attention à l’autre, d’amour fraternel sincère et efficace à l’égard des plus démunis.

Nous voyons bien que la parabole ne vient pas nous dire qu’il est trop tard, que c’est fini, que nous sommes jugés, que nous irons au ciel ou en enfer. Elle est là pour nous inviter à nous retourner, à réfléchir, à prendre le temps de mieux nous positionner, à prendre le regard et le cœur de Dieu pour tracer notre route, pour qu’elle aille dans le sens de l’amour et de la compassion. Cette parabole nous dit qu’il est encore le temps de nous reprendre, de dégager des espaces dans notre vie pour nous attarder auprès des amis de Dieu, les délaissés, les pauvres, les petits, les malades, les prisonniers, et bien d’autres qui sont en détresse.

Puissent nos cœurs être traversées encore et toujours par cet appel du Seigneur. Que notre engagement généreux et amoureux pour le prochain soit tel qu’il contribue à bâtir le Royaume qui vient, à faire advenir le Christ, roi, pasteur et serviteur en notre monde, par l’effet de nos gestes les plus simples de tendresse et de miséricorde. 

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