Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet
Nous deux

Ma mère et mon père

Imprimer Par Caroline Pinet

Si on m’avait dit un jour que je consacrerais une rubrique sur le mariage de mes parents… Le temps passe et c’est étrange comme nous changeons notre regard. Comme si le voile devant nos yeux venait à se déchirer et laissait voir la réalité par-delà ce que nous apercevons.

Mes parents ont fait un mariage d’amour et de …malheur. J’ai longtemps regardé surtout leur malheur. J’allais sur mes huit ans quand ils se sont définitivement séparés après bien des tentatives de rupture. J’ai ensuite formé une « drôle » de famille avec ma mère, mon frère et deux sœurs de ma mère. Une famille tellement douce !

J’ai toujours regardé ce mariage comme un anti-modèle avec la sévérité propre à mes vingt ans, à l’heure où l’on prend sa destinée en main. Je regardais ce mariage comme un anti-modèle pour ma vie future… À première vue, j’ai bien réussi à m’en distinguer avec trente-et-un ans de mariage et huit enfants. Ce que j’ignorais c’est combien j’étais redevable à mes parents.

J’ai longtemps trouvé étrange d’être capable de donner tant aux miens, alors que j’avais l’impression de n’avoir pas reçu tant que ça… C’est terrible cette prétention ! On se croit né de la cuisse de Jupiter car quand on se retourne derrière, on ne voit pas l’essentiel… On ne voit pas tout ce qui nous a été transmis ! Quand j’étais petite, vers cinq ans, quand le tonnerre grondait dans la maison, je serrais mes poupées et je me disais : « Moi, un jour, j’en aurai une vraie famille ! » Comme si celle que j’avais autour de moi à l’époque était pour de faux ! La famille, on ne la choisit pas. On croit toujours la subir…

J’ai mis du temps à voir que je ne pouvais transmettre que ce que j’avais reçu. J’ai reçu tant d’amour ! Tant de leur amour ! Mon père, à quatorze ans, a quitté sa famille et est parti travailler au loin pour envoyer de l’argent à sa mère et à ses onze frères et sœurs qui étaient dans la misère. C’est beaucoup d’amour en lui ça ! Ensuite, sa vie est devenue compliquée…

Ma mère aimait profondément mon père. Et c’est pour nous qu’elle est partie… Elle nous a toujours dit qu’autrement elle ne l’aurait jamais quitté tant elle l’aimait. Et lui, un jour, il lui a bien dit qu’il savait que nous serions mieux avec elle. Il paraît qu’il parlait tous les jours de mon frère et moi à ceux qui l’entouraient. Mes parents se sont séparés à une époque où c’était encore rare de le faire. Il n’existait pas de modèle dans ce temps-là. On faisait comme on pouvait.

D’ailleurs, ce n’était pas très catholique de se séparer à l’époque. Pourtant, je pense que c’est à travers cet échec de mariage que j’ai compris le sens profond du sacrement du mariage ! Ce que Dieu a unit… Ma mère n’a jamais voulu refaire sa vie. Je ne dis pas que c’est mal de faire autrement… Je dis juste que ma mère, bien au-delà de la « loi » du mariage, a toujours parlé d’amour ! C’est quand même extraordinaire d’avoir entendu ce témoignage d’amour de sa part. Elle me confiait souvent : « C’est fou, mais je l’aime encore ! » Et ce n’était pas feint, son visage s’éclairait et je voyais tout l’amour profond qui s’en dégageait. Enfant, j’ai toujours senti que l’amour qui justifiait ma présence sur Terre existait encore. Quelle chance quand j’y pense aujourd’hui !
Jésus ne dit-il pas de celui qui l’a renié trois fois qu’il deviendra la pierre angulaire pour bâtir son Église ? Dans la phrase prononcée au moment des vœux « pour le meilleur et pour le pire… », on voudrait tellement que ce soit seulement pour le meilleur… Parfois, le pire est là, malheureusement. Certaines unions ne sont pas vivables. Mais, aux yeux de Dieu, rien n’est jamais un échec. Dieu sait toujours faire ressortir le meilleur de tout. Et de cette union, si brinquebalante, si éprouvante, beaucoup d’amour existait malgré les vents contraires ! Cet amour a pu se déployer autrement et porter ses fruits dans le temps… Mais cela, on met du temps à le voir, car « on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux… » disait un jour un certain Petit Prince à un aviateur qui ignorait qu’il venait de faire la plus importante rencontre de sa vie.

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