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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Leçon d’humanité : Des hommes et des dieux

Imprimer Par Gilles Leblanc

Reprise de la chronique DE GILLES LEBLANC du 1er mars 2011 parue dans SPIRITUALITÉ 2000

Il est assez rare que des films présentent des situations d’ouverture aux autres de façon aussi remarquable que le fait la production : DES HOMMES ET DES DIEUX. Il s’agit de la tragique histoire des huit moines de Tibhirine dont Xavier Beauvois déploie leur vie quotidienne, entièrement vouée au service de Dieu et de leurs voisins musulmans.

 

DES HOMMES ET DES DIEUX

 

dieux

 

En décembre dernier (2010), j’assistais avec quelques journalistes à un visionnement spécial du film DES HOMMES ET DES DIEUX, lequel a remporté de nombreux honneurs, dont le Grand Prix et le prix œcuménique, au Festival de Cannes 2010.

Dans la foulée des trois millions de cinéphiles français qui ont vu le film, ce drame social, réalisé par Xavier Beauvois, traite de la vie de la communauté de moines cisterciens de Tibhirine en Algérie, de 1993 jusqu’à leur enlèvement, le 26 mars 1996. Nous voici devant un film magnifique, transparent et émouvant, interprété par une brochette d’acteurs, plus authentiques les uns que les autres, avec en évidence Lambert Wilson (le père-prieur Christian) et Michael Lonsdale (Luc, le moine-médecin).

Scénarisé par Xavier Beauvois et Étienne Comar, le récit débute quelques semaines avant l’ultimatum lancé par les terroristes qui ordonnent aux étrangers de quitter le pays; un groupe de ces extrémistes fera même irruption dans le couvent la nuit de Noël. Le dilemme des moines jusque-là latent se pose alors avec acuité: partir ou rester? La décision doit être collective. Mais, pour eux, le choix de demeurer ou non sur place, malgré les menaces, est lourd de conséquences. Les religieux refusent même la protection militaire, ce qui incite les autorités à leur demander de retourner en France.

C’est en prenant en compte ces considérations humaines, politiques et leurs propres convictions religieuses que chacun des huit moines forgera sa décision en son âme et conscience. Cette forte tension dramatique accompagne la vie quotidienne et mystique de la communauté, ses liens profonds avec la population musulmane des alentours, l’esprit de paix et de charité qu’ils veulent opposer coûte que coûte à la violence qui gangrène le pays.

Tournée au Maroc, la production a demandé une recherche considérable sur la vie d’une communauté monastique cistercienne comme celle qui réside dans l’Atlas algérien. Le rythme est lent et dépouillé, centré sur les visages et les gestes des personnages. À elle seule, la séquence de communion finale vaut le déplacement: les moines, filmés l’un après l’autre en plan rapproché, se retrouvent dans le silence devant leur tragique destin, accompagnés par la musique du Lac des Cygnes de Tchaïkovski.

On peut s’attendre à ce que cette œuvre grandiose de simplicité et de luminosité rejoigne un large public, autant du côté des catholiques fervents et pratiquants que de celui des non-croyants. Même si les traces du douloureux conflit algérien sont moins présentes au Québec qu’en France, la réflexion sur les relations entre les chrétiens et les musulmans occupe un espace important dans la société. L’attitude des moines cisterciens constitue un exemple éloquent de compréhension et d’accueil inconditionnel de l’autre.

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