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Responsable de la chronique : Denis Gagnon, o.p.
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François à table !

Imprimer Par Guy Musy, o.p.

 

Le pape François a donc passé le 21 juin dernier quelques heures à Genève. Ville assez éloignée de la « Belle Province » et du Canada. Je ne pense pas pour autant que cette visite fut anodine et réservée aux seuls catholiques de cette ville. Bien au contraire. François était l’invité du Conseil Œcuménique des Eglises (COE) qui célébrait à Genève, où cette institution a son siège, son soixante-dixième anniversaire. Un événement qui concerne autant le Canada que la Suisse, puisque nos deux pays sont largement interconfessionnels. Une visite papale d’autant plus intéressante que l’Eglise de Rome ne fait pas partie du COE.

Evidemment, beaucoup de prophéties ont précédé cet événement. Certains espéraient une déclaration pontificale annonçant l’entrée officielle de notre Eglise dans les rangs du COE. D’autres espéraient que le pape adresserait aux non catholiques présents à sa messe une invitation à prendre part eux aussi à l’eucharistie. Rien de tout cela n’eut lieu. Mais, apparemment, si j’en crois les commentaires qui suivirent, tout le monde fut heureux. A commencer par François lui-même.

J’ai écouté et regardé la totalité de l’habituelle conférence de presse donnée par le pape dans l’avion qui le ramenait à Rome. Il a dit sa joie et même le plaisir éprouvés au cours de cette journée. Il a répété à plusieurs reprises le mot « rencontre », comme s’il s’agissait de retrouvaille à l’intérieur d’une famille jusque là désunie. Il a aussi beaucoup insisté sur les conversations amicales et fraternelles tenues au cours du repas qui lui fut servi à la table des responsables du COE. Cette allusion me fit penser à un épisode marquant de l’histoire, souvent sanglante, des conflits confessionnels de mon pays. Un jour donc, les belligérants des deux camps résolurent de manger ensemble dans le même chaudron une fameuse soupe au lait. Ce ne fut hélas qu’un répit au milieu de la guerre. Le repas partagé à la même table par le pape et ses commensaux protestants et orthodoxes avait cette saveur. Ce n’était pas une hospitalité eucharistique, mais un geste convivial qui en était le prélude.

Aucune décision dogmatique n’a de chance d’être entendue et reçue si elle est prise dans un climat abstrait, climatisé et aseptisé. L’apprentissage du « vivre ensemble » est le préalable indispensable à tout accord théologique. C’est souvent à la cuisine que se dénouent les noeuds et les incompréhensions accumulées au cours des siècles. En particulier, celles qui opposaient catholiques et protestants comme chiens de faïence.

Dans ma région, on aime répéter ce proverbe : « Avant de tutoyer quelqu’un, il faut avoir mangé avec lui un sac de sel. ». Autrement dit, un long compagnonnage est nécessaire avant d’aborder les choses sérieuses. Le frère dominicain Serge de Beaurecueil se réjouissait d’avoir partagé des années durant avec ses amis afghans musulmans « le pain et le sel ». Une communion de vie intense, prémices et signe d’une eucharistie encore à venir. Celle-ci tombera en son temps comme un fruit mûr sur la table de ceux qu’une profonde amitié aura déjà réunis.

 

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