Méditation chrétienne,

Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.
Méditation chrétienne

Au nom de la Mère

Imprimer Par Erri de Luca

Auteur : Erri de Luca est né à Naples en 1950 et vit aujourd’hui près de Rome. Venu à la littérature « par accident » avec Pas ici, pas maintenant, son premier roman mûri à la fin des années quatre-vingt, il est depuis considéré comme un des écrivains les plus importants de sa génération, et ses livres sont traduits dans de nombreux pays. En 2002, il a reçu le prix Femina étranger pour Montedidio.


PRÉFACE
Ce que nous savons sur Miriàm/ Marie provient des pages de Matthieu et de Luc. On agrandit ici un détail qu’ils ont évoqué : le démarrage de la nativité dans le corps féminin, le plus parfait mystère naturel. Au fond, le concours masculin est sans poids, le crachat d’une minute. Dans cette histoire, il manque sans qu’on en ressente le manque. Leurs livres ne disent pas que dans l’étable se trouvaient des sages-femmes ou autre personnel autour de l’accouchement. Ce qui n’est pas écrit fait également partie du récit : il n’y en avait pas. Elle accoucha seule. C’est le plus grand prodige de cette nuit de nativité : l’habileté d’une fille mère, sa solitude assistée. C’est bien autre chose qu’une étoile filante et trois Mages sur des pistes chamelières, la sagesse d’accouchement de Miriàm/ Marie.
On agrandit ici des détails pour tenter une proximité. « Au nom du père » : inaugure le signe de la croix. Au nom de la mère s’inaugure la vie.

Note sur le nom Miriàm En hébreu, il existe deux m , un normal qui se met à n’importe quel endroit du mot et un qui ne se met qu’à la fin. Miriàm a deux m , un de début et un terminal.
Ils ont deux formes opposées. Le m final, mem sofìt en hébreu, est fermé de chaque côté. Le m
initial est gonflé et a une ouverture en bas. C’est une consonne enceinte. Miriàm a été à l’origine d’un fils, mais il lui a fallu aussi être au pied de la fin. Le double m de son nom annonce son destin. Sa valeur numérique (290) coïncide avec celle de prì, fruit.
Marie est un très beau nom, mais dans cette histoire il est nécessaire d’ajouter aussi l’autre
nom.

STANCE
Mistral de mars

Il n’est pas étrange dans la nature de se féconder au vent, comme les fleurs.
Fleur est le nom du sexe des vierges, qui le cueille, effleure.
Miriàm/Marie fut enceinte d’un ange en avent toutes portes ouvertes, à l’heure de midi.
Le vent s’enroula sur son flanc, déliant sa ceinture il laissa une semence en son sein.
Elle fut montée sans écarter le bord de sa robe.
À la première récolte de blé on comptait trois mois à partir du mistral de mars qui baisa son souffle la faisant matrice d’un fils de décembre, qui est lune de kislev pour elle Miriàm/ Marie Juive de Galilée.

(…)

Joseph demande à Marie :
“Sais tu ce qu’est la grâce ?
“Non pas précisément”, lui dit elle.

Et Joseph lui transmit :
“Il ne s’agit pas d’une allure séduisante,
ni d’une belle démarche de certaines de nos femmes bien en vue.
C’est la force surhumaine d’affronter le monde seul, sans effort, de le défier en duel tout entier sans même se décoiffer.
Elle n’est pas féminine, c’est un talent de prophète.
C’est un don et toi tu l’as reçu.
Qui le possède est affranchi de toute crainte.
Je l’ai vu sur toi le soir de la rencontre et depuis lors tu l’as sur toi.
Tu es pleine de grâce.
Autour de toi, il y a une barrière de grâce, une forteresse.
Toi, tu la répands, Miriam: même sur moi.”

C’étaient des paroles qui méritaient des étreintes.
Nous restâmes allongés sans une caresse.
J’y pensai un moment et je répondis par jeu : »tu es fou amoureux, Ioseph »

(…)

En est-il ainsi pour chaque mère ou bien cette nuit est-elle unique au monde? Avec toi, j’apprends le doute d’être n’importe qui, prise au hasard, ou bien la plus secrète. Seule certitude, c’est que tu m’écoutes.

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