Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 13e dimanche T.O. (A)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Gardons courage!

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 10,26-33.

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu.
Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits.
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps.
Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille.
Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés.
Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux.
Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux.
Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. »

COMMENTAIRE

Au Québec, nous venons de fêter la St-Jean. Nous sommes encore un peu dans la fête. Le rapprochement entre saint Jean Baptiste et la Fête nationale des Québécois donne à penser qu’à l’origine la dimension religieuse donnait le ton et son sens à nos réjouissances du 24 juin. Pourtant, de nos jours, l’événement n’a plus grand-chose à voir avec Jean, le prophète et précurseur du Christ. On doit plutôt parler d’une déconnexion presque totale entre le religieux et le spirituel de la St-Jean d’autrefois et notre appartenance au Québec que nous célébrons ce jour-là.

Notre monde et notre société d’ici s’affichent même loin de la foi et de l’espérance chrétiennes. Nous sommes devenus un petit nombre, bientôt ridiculisés et persécutés, à mettre de l’avant la foi et son rapport à Jésus Christ, à professer explicitement les valeurs évangéliques et notre héritage spirituel chrétien.

C’est la situation religieuse minoritaire qui avait cours au temps du prophète Jérémie et plus tard dans les sociétés juives et romaines du 1er siècle de l’ère chrétienne. Témoigner alors de sa foi demandait du courage et de l’entêtement. Nous courons toujours le risque d’être désavoués par nos proches et nos concitoyens. Les faits et les tendances semblent même leur donner raison. D’où la tentation qui nous vient de nous évader de ce monde, en attendant, et de laisser faire.

L’évangile et le prophète Jérémie nous disent pourtant qu’il faut tenir, être courageux, mettre de l’avant notre espérance dans le projet de Dieu. Même s’il ne faut pas en attendre la pleine réalisation dans le monde présent.

Nous ne sommes pas en train de bâtir le Royaume pour de bon. « Mon Royaume n’est pas de ce monde », nous a dit Jésus. Nous en préparons seulement l’accomplissement qui, lui, ne se fera pas dans ce monde. Il reste qu’il se prépare chez nous et que c’est même très important d’en porter le message, d’anticiper déjà quelque chose de sa venue prochaine. Mais ce monde parfait et tout à fait nouveau nous ne le verrons pas de notre vivant. Il nous faut y tendre pourtant, sachant que nous le vivrons pleinement par-delà la mort.

La tentation nous guette de ne plus vouloir nous impliquer. De ne faire qu’attendre, en nous disant qu’un jour viendra où ce sera le Grand Jour, qu’il nous suffit pour le moment de profiter de la vie. Menons une vie juste pour ne pas nous faire mal et cela suffit. Cette attitude n’est pas plus saine que celle de vouloir tout de suite implanter le Règne de Dieu envers et contre tous.

Alors que faut-il faire? Sommes-nous justifiés de vouloir mener une bonne vie, vivre et dire l’Évangile? Nous répondons que c’est là un besoin urgent, une nécessité. Il ne faut pas perdre la flamme, nous laisser voler notre espérance. Nous avons mission d’annoncer déjà les couleurs du Royaume, d’en vivre à l’avance, de préparer notre monde à y accéder le moment venu.

En fait la Parole d’aujourd’hui nous demande d’éviter deux écueils : le premier étant de penser que nous bâtirons de force et malgré tout le Royaume chez nous, que nous y parviendrons par nous-mêmes. Et l’autre, de penser que si le Règne de Dieu ne va pas advenir en force ici-bas, alors il ne sert à rien de travailler à son avènement. Or il nous appartient de témoigner des promesses de Dieu, de tendre de toutes nos forces vers notre avenir par-delà la mort, sachant que déjà il advient en toutes nos morts et nos résurrections. « Ne craignez pas, répète Jésus. Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu ». Gardons courage et témoignons de l’espérance du Royaume!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois